Les arpenteurs – Kim Zuplan

Par Raymond Pédoussaut

lesarpenteursDate de publication originale : 2014 (The Ploughmen)Zupan
Date de publication française : 2015 chez Gallmeister
Genre : Roman noir
Personnages principaux : John Gload, vieux tueur – Val Millimaki, jeune adjoint au shérif

John Gload est un assassin qui a compris très jeune, qu’en tuant des gens il n’aurait plus jamais besoin de travailler un seul jour dans sa vie. Ainsi à 77 ans, il a derrière lui un certain nombre de cadavres qu’il a démembrés froidement pour éviter leurs identifications. Mais sa carrière est brutalement interrompue quand les adjoints du shérif viennent l’arrêter pour le jeter en prison sans ménagement. C’est un complice qui l’a fait tomber.
Val Millimaki est le plus jeune adjoint du shérif, le dernier arrivé. C’est à lui qu’on confie les heures de garde la nuit. Pour passer le temps Millimaki commence à parler au vieux tueur. Petit à petit s’installe une routine : le prisonnier installe sa chaise près des barreaux et fume, de l’autre côté le gardien installe sa chaise dans le couloir de la prison, face au détenu. D’abord c’est le prisonnier qui raconte des épisodes de sa vie puis le gardien commence à exposer ses propres problèmes. Bientôt ces conversations nocturnes deviennent indispensables aux deux personnages.

C’est donc une histoire d’amitié difficile entre un prisonnier et son gardien qui se noue à travers les barreaux d’une prison du Montana. Précisons que c’est une affection dénuée d’attirance sexuelle. Mais ce qui rend encore plus délicate cette amitié c’est la personnalité du criminel. En effet John Gload n’est pas un assassin banal : il découpait ses victimes sans le moindre état d’âme puis dispersait les morceaux pour éviter que les identités des cadavres ne soient établies. Qu’un tel monstre froid se prenne d’affection pour le jeune homme qui le surveille en prison paraît étonnant. Mais le vieux psychopathe est capable de juger la qualité des hommes. Il a tout de suite remarqué l’humanité dont a fait preuve l’adjoint Millimaki, qualité totalement absente chez ses collègues. Quant au jeune adjoint, Val Millimaki, il est en plein marasme conjugal. Ses ennuis le rendent insomniaque et il est à la dérive. C’est auprès du prisonnier que, toutes les nuits, il retrouve un peu de réconfort. Le vieil homme lui dispense quelques leçons de vie. Il devient le confesseur du jeune adjoint. Une amitié trouble, à cause de leur statut, naît entre eux. Le tueur assume pleinement le fait qu’ils soient devenus amis, mais le représentant de la loi n’ose pas le reconnaître ouvertement.

Le style de l’auteur est très descriptif et le rythme est lent. De belles pages sont consacrées à la description de la nature du Montana. Une ambiance mélancolique imprègne ce roman qui, malgré les horreurs décrites par le vieux tueur, devient poétique par moments.

Un bon roman noir d’un auteur bourlingueur qui a attendu d’avoir 61 ans pour écrire un premier roman tout à fait remarquable.

Extrait : 
— Je vous ai raconté beaucoup de choses, Val, au cours des mois qu’on a passés ensemble, et je sais que vous en avez rapporté quelques-unes au chef, et je vous en veux pas du tout, parce que je sais que c’est votre boulot. Que c’était votre boulot, du moins. Mais je vais vous parler d’une dernière chose et j’ai besoin avant tout que vous me fassiez une promesse. Je veux votre parole que ça reste entre nous.
— Mais bon sang, comment pouvez-vous me demander de promettre une chose pareille après tout ce que vous avez fait ?
— Parce qu’on est amis, Val, pas vrai ? Vous pouvez vraiment me regarder dans les yeux et me dire qu’on n’est pas amis ?
— Je ne sais pas ce qu’on est.
— Des amis, bon Dieu. On est des amis, voilà ce qu’on est.
— John, je ne sais pas si on peut être ami avec un type qui vous trancherait la gorge à la moindre occasion.

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Les mains de Gload apparurent. Il empoigna les barreaux de sa cage et avança le visage dans la lumière des néons.

Ma note : (4 / 5)

 

 

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