Monsieur Émile – Nadine Monfils

Par Michel Dufour

monsieurEmileDate de publication originale : 1998 (Gallimard, Série Noire)
Genre : Fantaisie policière
Personnages principaux : Monsieur Émile (chien), Niky (enfant)

Sentant que j’avais besoin d’un roman policier léger pour me reposer, mon libraire me suggéra ce Monsieur Émile de Nadine Monfils, que je connaissais très peu. Écrivaine et réalisatrice belge, Monfils vit à Montmartre, où elle est surtout connue pour son personnage ubuesque de Cornemuse (Les Vacances d’un serial killer, La Petite fêlée aux allumettes, La Vieille qui voulait tuer le bon dieu …). Elle a écrit une quarantaine de romans et de pièces de théâtre, a tâté aussi le cinéma, a publié pendant dix ans des textes dans le Père Ubu, journal satirique belge, a tenu une Galerie d’art et donné des ateliers d’écriture dans une école de comédiens et dans une prison à Rouen. Parcours assez original et très diversifié dans la mesure où Monfils adore les commencements. Dénominateur commun : elle est stimulée par la dérision et la symbolique des contes de fées. Tenter de reproduire en littérature les images déconcertantes de son compatriote Magritte. Pas facile, malgré tout, de lui trouver des précurseurs : le jardinier Alfonse rappelle un peu le Bérurier de San-Antonio; la petite Niky invente des expressions poétiques comme le font des personnages de L’Écume des jours; on y retrouve aussi la vulgarité surréaliste du Père Ubu de Jarry, le sens de l’absurde d’Ionesco.

Qu’est-ce que ça donne dans un roman policier?

Quelque part, apparemment en banlieue, vit une famille heureuse : la jolie Marie, le romantique Luc, et leur petite fille, la très éveillée Niky. Le malheur leur tombe dessus quand Agnès, l’institutrice à laquelle Niky s’est attachée, est retrouvée morte, noyée et déchiquetée par les rochers. La petite ne l’accepte pas et entre dans une prostration véritable. Et elle aura beaucoup de mal à ne pas haïr Bettina, leur nouvelle voisine, qui habite dans l’ancienne maison d’Agnès. D’autant plus que Bettina a loué l’étage supérieur de sa nouvelle maison à une infirme mystérieuse que Niky a tôt fait d’associer à une sorcière.

Le chien Émile, délaissé, déprime un peu. Marie trouve que Bettina tourne un peu trop autour de Luc. Niky continue à croire qu’Agnès est vivante et qu’elle lui envoie des messages. Elle se lie à l’étrange Carmen Dubouchon, qui écrit des BD pornos, qui subit de fulgurantes crises d’angoisse et qui élève chez elle une quarantaine de lapins nains. Puis, les malheurs se multiplient : la sœur de Marie est assassinée sauvagement; Marie elle-même adopte des comportements qui étonnent même le chien Émile; le lapin que Carmen avait donné à Niky est retrouvé décapité; Marie est retrouvée baignant dans son sang : elle raconte que c’est l’infirme qui habite chez Bettina qui l’a attaquée à coup de canne qu’elle lui a enfoncée dans le ventre : le fœtus est foutu. Et c’est au tour du facteur d’être tué.

Le commissaire Kamikaze enquête. On retrouve Carmen en pièces détachées. Alfonse est interrogé. Kamikaze s’isole pour mieux tricoter et réfléchir. Il découvre la clé de l’énigme et disparaît. Enfin, le finale se prépare avec les principaux personnages : poursuites infernales dans une maison qui aurait pu être hantée. Tout semble réglé. Mais seul Émile détient une information qui pourrait vraiment clarifier la situation.

On le constate : ça ne chôme pas. Et les dialogues sont fignolés avec entrain et humour. Comme chez San Antonio, on ne lit pas que les scènes d’action. Au contraire, ce sont les différentes réparties et les réflexions canines qui maintiennent notre sourire en place tout au long de la lecture, indépendamment des horreurs qui se produisent. Ceci dit, c’est un genre de roman qui ne plaira pas à tous. Monfils écrit pour s’amuser et pour nous amuser. L’aspect policier comme tel est traité de façon fantaisiste. C’est vrai que ça repose des thrillers morbides et des romans noir foncé. Si on laisse de côté la connotation péjorative, compte tenu de la subtilité de l’écriture et de l’habileté de la composition, il s’agit d’un très bon roman de gare.

Extrait : 
Émile avait encore attrapé des puces. Ces sales bestioles n’arrêtaient pas de l’embêter. Lui, il n’emmerdait personne ! Peinard dans son panier, il attendait l’heure du repas. Alors, pourquoi est-ce que ces saletés lui empoisonnaient l’existence ? Derrière l’oreille, passe encore, mais sous la queue, là, il n’aimait pas du tout ! Mais alors, pas du tout !
Émile voulait la paix. Il avait des goûts simples et son plus grand plaisir était de se masturber sur les bottines ! En général, ça se terminait par un coup de pied ! Mais il venait de faire une découverte qui le rendait follement heureux : la nouvelle amie de la maison se laissait faire ! La salope ! Émile était sûr qu’en plus elle y prenait son plaisir ! Mais comment séduire une jolie fille en étant affublé d’un nom aussi prolétaire ? Lui, il aurait voulu s’appeler Monsieur Émile. Ça c’était un beau nom pour un chien de race comme lui ! Parce que oui, monsieur n’était pas n’importe qui. Quand on demandait au grand benêt qui embrassait les babines de sa maîtresse : « C’est quoi votre chien ? », il répondait : « Un corniaud ». Pour sûr, c’était pas un kiki de lavabo !

Ma note : (3,5 / 5) monsieurEmile-amb

 

 

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