Dossier 64 – Jussi Adler-Olsen

Par Michel Dufour

dossier64Date de publication originale : 2010 (Journal 64)olsen
Date de publication française : 2014 (Albin Michel)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal : Carl Morck, inspecteur de police (Copenhague)

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark
Shakespeare

C’est la quatrième enquête du Département V et de l’inspecteur Morck dont rend compte Sang d’Encre Polars. Vedette incontestée dans les pays scandinaves, Adler-Olsen m’a rapidement séduit, au début, mais je ne suis pas certain de vouloir continuer à m’engouffrer dans ces brumes impitoyables. Même si je reconnais volontiers que ses romans sont élaborés avec minutie et cohérence.

Le trio formé de Carl Morck, presque toujours dépassé par les événements, Assad, mystérieux et efficace, et Rose, recherchiste de talent et inlassable mouche du coche, est confronté à un problème apparemment insoluble. En réalité, nos trois lascars, en opérant des recoupements, construisent ce problème, qui n’existe peut-être que dans leur tête. Il semblerait qu’en automne 1987 cinq personnes, que rien ne relie a priori, soient disparues sans laisser de trace. Pour y comprendre quelque chose, on devra mettre à jour un complot visant à purifier la race danoise en stérilisant les handicapés moraux et en limitant l’accès des immigrants. Celles qui étaient directement ciblées étaient des femmes démunies économiquement qu’on faisait passer pour folles avant de les stériliser sans les mettre au courant. Le lecteur se déplace de novembre 2010, année de l’enquête, à août/septembre 87, moment des disparitions, jusque dans les années 50 où sont survenus les premiers traumatismes de celle (Nete Rosen) que nous suivrons jusqu’à aujourd’hui, fil conducteur d’un récit extrêmement complexe. L’auteur profite de l’occasion pour développer une critique sévère de la société danoise qui continue de fermer les yeux sur des idées et des pratiques qui prétendent la protéger contre toute contamination étrangère et la débarrasser de toute pollution interne susceptible de souiller les bases mêmes de cette société. Ce mouvement s’est consolidé aujourd’hui et a pris la forme d’un parti politique dont les partisans auront presque la tête d’Assad et de Borck.

Telle est la trame principale du roman, qui contient en outre plusieurs autres intrigues, drames personnels et crimes secondaires, qui viendront distraire nos policiers. Le nombre de personnages est plutôt hallucinant, les malheurs qui s’abattent sur Morck ne se comptent plus, et les déplacements dans l’espace et dans le temps exigent que le lecteur attache solidement sa ceinture. Pour ma part, j’ai noirci quatre pages de notes serrées pour espérer pouvoir suivre jusqu’au bout. La dernière fois, j’avais dit qu’il y avait 200 pages de trop. Ce n’était pas très subtil. Voyons ça autrement : Adler-Olsen pousse à l’extrême cette tendance à écrire des romans de plus de 600 pages, dans lesquels on côtoie de près, très intimement, les principaux personnages : la grippe d’Assad, les diarrhées de Borck, les dédoublements de Rose, par exemple. Le superflu s’articule avec la capacité de décrire de façon nuancée un personnage : le fasciste Wad, par exemple, est tendrement attaché à sa femme mourante, et éprouve sûrement une sorte de solidarité avec ce qu’il y a de mieux dans son peuple. Mais on comprendra aussi que plus on accorde de l’importance à ces dimensions, plus l’intrigue elle-même risque d’être négligée ou noyée sous des subtilités psychologiques, des plaidoyers politiques ou des discours moralisateurs. En soi, je n’ai rien contre : ça donne une certaine épaisseur et crédibilité au récit. Sauf que, s’il y en a trop, ça devient un autre genre littéraire ou une catégorie particulière de polars.

Tout ça pour avouer le caractère ambigu de mon évaluation : ce roman d’Adler-Olsen est un chef-d’œuvre de composition, mais je n’aime pas tellement le genre. Comme on peut dire : c’est un excellent Sancerre, mais je n’aime pas tellement les sauvignons de la Loire.

Extrait : 
« Excusez-moi une seconde », dit-il en se précipitant vers les toilettes à tout petits pas et les fesses serrées. Il jura devant Dieu que plus jamais il ne boirait cette cochonnerie.
Il s’assit sur le trône, le pantalon à mi-mollets et le front entre les genoux. Incroyable de constater avec quelle lenteur ce breuvage avalé si rapidement pouvait traverser l’organisme, emportant tout sur son passage. Il y avait là un grand mystère de l’existence que Carl se fichait complètement de résoudre.
Il essuya la sueur de son front et essaya de penser à autre chose (…).
« On a trouvé quelque chose, chef », entendit-il de l’autre côté de la porte des toilettes.
« J’ai fini dans une seconde, Assad », dit-il, convaincu du contraire. Il ne sortirait pas d’ici avant que ses crampes abdominales cessent. Pas question de courir le moindre risque.
Carl entendit claquer une porte dans le corridor. Il resta encore un moment sur le trône, respirant calmement tandis que les spasmes s’espaçaient. (…)
Il rattacha sa ceinture au bout d’une demi-heure. Il avait mal au cul et il avait perdu au moins deux kilos.

Ma note : (3,5 / 5)

Copenhague

Copenhague

 

 

 

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