Station Eleven – Emily St. John Mandel

Par Raymond Pédoussaut

stationelevenDate de publication originale : 2013 (Station Eleven)st-john-mandel
Date de publication française : 2016 (Payot & Rivages)
Genres : Apocalyptique, Science-fiction
Personnages principaux : Arthur Leander, célèbre acteur – Les membres de la troupe la Symphonie Itinérante

À Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander meurt sur scène en jouant le Roi Lear. C’est le dernier jour normal de notre civilisation. Dans les jours qui suivent la grippe de Géorgie va décimer la population. La pandémie se répand à grande vitesse. La société telle que nous la connaissons va s’effondrer : plus d’électricité, plus d’essence, plus d’eau courante, plus de télécommunications, plus d’informatique. Les infrastructures disparaissent, les villes sont désertées. Un nouveau monde se met en place, sans technologie, sans confort.
Vingt ans après le cataclysme, une troupe d’acteurs et de musiciens, se déplace en caravane, formée d’anciens pickups délestés de leur moteur et tirés par des chevaux. C’est la Symphonie Itinérante, sa devise est : Parce que survivre ne suffit pas. Elle se déplace de villages en bourgades où les survivants se sont installés en petites communautés. Elle joue alternativement des pièces de Shakespeare et de la musique. Elle est accueillie diversement : parfois reçue avec chaleur, parfois chassée d’endroits hostiles. La Symphonie perpétue une des rares choses à avoir survécu : la culture.

L’intrigue ne se distingue pas par sa rigueur. La période pré-apocalypse, avec les tranches de vie de l’acteur Arthur Leander, alterne avec la période post-apocalyptique de la déambulation de la Symphonie Itinérante. L’histoire se fractionne dans plusieurs directions, comme si l’auteure enchaînait les idées qui lui viennent à l’esprit. Ainsi nous avons les amours d’Arthur Leander, avec ses trois épouses successives, qui succèdent aux aventures de la Symphonie Itinérante puis il est question d’une bande dessinée fantastique qui donne son titre au livre. On a un peu de mal à trouver une cohérence dans tout cela. L’intrigue est davantage le résultat d’un assemblage d’éléments disparates que celui d’un plan élaboré. Dans l’interview ci-dessous Style et influences Emily St. John Mandel explique sa façon particulière de raconter une histoire.

Malgré ça, l’auteure a parfaitement réussi à imprégner son livre d’une grande nostalgie. Les survivants les plus âgés évoquent avec mélancolie le monde d’avant, avec toutes ses technologies et les commodités qu’elles procuraient. Les plus jeunes, ceux qui n’ont pas connu le monde précédent, sont ébahis en apprenant que ces carcasses de ferraille rouillées sont des avions qui étaient capables de transporter des passagers d’un bout du monde à l’autre, que les rues étaient éclairées la nuit par une lumière artificielle, que l’on pouvait communiquer à distance avec des téléphones, que les ordinateurs étaient capables de réaliser des calculs très compliqués, que toutes ces merveilles faisaient partie du monde disparu. Quelqu’un a même créé le Musée de la Civilisation. C’est un endroit où sont rassemblés des vestiges de la civilisation précédente. Entre autres on y trouve : des ordinateurs portables, des iPhones, des chaussures à talons aiguilles, une boule à neige, des moteurs de voitures, une moto aux chromes étincelants … tous ces objets sans aucun usage pratique aujourd’hui.

Emily St. John Mandel parvient à rendre indéniable la fragilité de notre monde actuel en l’évoquant sous forme d’agréables souvenirs. L’espoir dans l’humanité reste malgré le désastre : la culture a survécu et le livre se termine même sur une note optimiste : au loin les gens aperçoivent un village dont les rues sont éclairées, signe d’un monde qui renaît.

Une belle écriture contribue à créer la mélancolie et la douceur qui se dégage de ce roman malgré le thème de l’apocalypse.

Bien sûr on rapproche ce roman de celui de Cormac McCarthy : La Route, référence dans le domaine. Si le thème est le même, les deux œuvres sont très différentes, celle de McCarthy est beaucoup plus sombre et puissante alors que celle d’Emily St. John Mandel est plus mélancolique et finalement plus optimiste.

Extrait :
Vers la fin de sa deuxième décennie à l’aéroport, Clark se prit à réfléchir à la chance qu’il avait eue. Non seulement de survivre, ce qui était déjà extraordinaire en soi, mais d’avoir assisté à la fin d’un monde et au début d’un autre. Non seulement d’avoir connu les splendeurs de l’ancien monde, les navettes spatiales, les systèmes d’éclairage et les guitares électriques, les ordinateurs qui tenaient dans la paume de la main et les trains à grande vitesse qui reliaient les villes entre elles, mais d’avoir vécu si longtemps parmi toutes ces merveilles. D’avoir bénéficié de ce monde spectaculaire pendant cinquante et une années de sa vie. Quelquefois, la nuit, couché dans le Hall B de l’aéroport de Severn City, il se disait : « J’y étais » – et cette pensée le transperçait d’un mélange de tristesse et d’allégresse.

Emily St. John Mandel – Style et influences (ces propos concernent un autre de ses livres mais ils peuvent s’appliquer à Station Eleven).

Ma note : (4 / 5) stationeleven-amb

 

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