Le blues des sacrifiés – Richard Ste-Marie

Par Michel Dufour

lebluesdessacrifiesDate de publication originale : 2016 (Alire)Ste-Marie
Genre : Enquête
Personnage principal : Francis Pagliaro, sergent-détective (SPVM)

J’ai déjà commenté les trois premiers romans de Ste-Marie, L’Inaveu, Un ménage rouge, et Repentir(s). C’est un auteur très apprécié au Québec, qui se classe bien à Saint-Pacôme et à Toronto (Arthur Ellis), un homme cultivé (le sergent-détective Francis Pagliaro en porte les traces) et un artiste (peinture, musique). Ses expériences personnelles servent souvent de contexte à ses récits; dans Repentir(s), on se familiarisait avec l’univers des peintres; dans Le blues des sacrifiés, on louvoie parmi les musiciens.

Nicolas Turmel, un jeune policier spécialisé en informatique, est abattu froidement d’une balle dans la tête. Le lendemain, Geneviève Collard, décoratrice de théâtre et épouse d’un professeur de musique à l’Université Laval, est victime d’une balle en plein cœur. Au même moment, mais on le découvrira plus tard, le musicien Roch Rancourt est tué d’une balle en plein front. Aucun rapport apparent entre les trois assassinats, sauf qu’il s’agit de la même arme et d’un modus operandi assez semblable.

Francis et son adjoint Martin Lortie se lancent dans une enquête qui les amènera à côtoyer la mafia russe et les islamistes radicaux, la petite pègre de Vegas et les policiers ripoux du Québec. Filatures, interrogatoires, intuition et quelques beaux hasards leur permettront de résoudre les principaux problèmes.

Cette histoire nous est rapportée en partie par le personnage de Louis Collard, en partie par Francis. De sorte que, comme dans le roman précédent, nous ne sommes pas directement jetés dans l’action, mais nous passons par la médiation d’un conteur. Parfois, ça ne porte pas à conséquence, mais parfois ça diminue l’impact des événements. L’enquête est longue et on a l’impression que ça parle plus que ça agit. Pour nous distraire, l’auteur développe beaucoup de personnages secondaires comme Louis Collard ou Bill Dugas. Ste-Marie puise aussi beaucoup dans son expérience personnelle, ici particulièrement dans le milieu des studios d’enregistrement : de fait, l’essentiel de l’intrigue implique une plongée dans les méandres des enregistrements sonores et dans l’art de dissimuler des informations dans des bandes magnétiques, des cd et des dossiers d’ordinateur. Les détails techniques remplissent beaucoup d’espace et intéresseront probablement les amateurs. Par ailleurs, un long détour par la supposée filière islamique au Québec servira surtout à accroître notre connaissance de Louis Collard.

Ce roman s’est mérité le 3e prix de la Société des romans policiers de Saint-Pacôme en octobre 2016.

Extrait : 
Tout a commencé à basculer pour moi le mardi 5 août à quatorze heures.
Entre deux leçons, j’étais en train d’essuyer l’intérieur de mon saxophone à l’aide de l’écouvillon de coton quand on a frappé à l’étroite fenêtre de mon cubicule. Je me suis demandé pourquoi mon prochain étudiant n’entrait pas tout simplement, puisque la porte n’était jamais barrée. Inutile de lui crier  « Entre ! » : les minuscules chambres de répétition sont parfaitement insonorisées è la Faculté de musique de l’Université Laval. Le jeune devait le savoir, depuis le temps qu’il suivait mes cours d’été. Après une deuxième série de coups insistants sur la vitre, je me suis levé et j’ai ouvert. À deux policiers en uniforme.
Après avoir vérifié qu’il s’adressait bien à Louis Collard, le plus âgé des deux patrouilleurs m’a prié de m’asseoir. Il me regardait droit dans les yeux, visiblement catastrophé de m’apporter une mauvaise nouvelle. J’ai pensé tout de suite à Geoffroy, mon fils adoptif de vingt-cinq ans, handicapé intellectuel qui fugue de temps en temps. J’espérais qu’il n’avait pas fait trop de grabuge cette fois-ci.
Mais il s’agissait de Geneviève.

Un des mentors de Louis Collard, c’est Johnny Winter : le voici à Barcelone en 1990 :

Johnny Winter – Stranger Blues

Ma note : (3,5 / 5) leblues-amb

 

 

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