Querelle de Dieppe – Frédéric Lenormand

Par Michel Dufour

querellededieppeDate de publication originale : 2016 (Createspace Independant lenormandPublishing Platform)
Genres : Enquête, humour, historique
Personnage principal : Voltaire

Ce petit roman d’une centaine de pages (« une novella », dixit l’éditeur) s’inscrit dans la série des Voltaire enquête, habituellement publiée chez Lattès ou au Masque. Probablement à cause de sa brièveté, celui-ci est publié chez Createspace Independant Publishing Platform, une maison d’édition, si je puis dire, qui permet à un auteur d’imprimer et de distribuer un texte à ses frais (je crois), dans le cas où, pour différentes raisons, il ne peut pas (ou ne veut pas) le publier ailleurs. Ceci dit, d’un point de vue littéraire, ce roman fait vraiment partie de la série des Voltaire enquête, même si on peut regretter l’absence de la divine Marquise.

À l’automne 1728, Voltaire revient en France de son exil londonien sous le pseudonyme de Sir Francis Volty. Comme il se croit encore traqué de près à Paris, il s’installe à Dieppe chez l’apothicaire Tranquillain Féret. Il en profite pour s’initier à la médecine pour vaincre son « état de langueur ». Féret lui prescrit l’exercice physique pour se distraire et relaxer la surchauffe de son cerveau. Or, justement, au cours d’une de ses rares promenades (en chaise à porteurs !), il découvre le cadavre d’une jolie femme en capeline rouge écrasée au bas d’une falaise. Puis, son copiste disparaît. Enfin, invité à souper au manoir de Varengeville, dont le vicomte était soupçonné du meurtre de ses épouses et de sa belle-mère par les potins qui nourrissaient les légendes urbaines, Voltaire accepte dans l’espoir de se sustenter d’un petit banquet qui le changerait des repas bien intentionnés de son hôtesse dieppoise et des potées londoniennes. La tempête fait rage et le vicomte invite Voltaire et Féret à passer la nuit au manoir. Ils acceptent, faute de mieux, mais Voltaire se sent de moins en moins à l’aise chez cet hôte qui lui fait de plus en plus penser à un savant fou.

Le lendemain, à Dieppe, M Deboulets, l’époux jaloux et violent de l’épouse disparue, soupçonné du meurtre de sa femme, est châtié par ses voisins et emprisonné par le policier Flochard, même si on n’a pas encore établi que la femme retrouvée au bas de la falaise était son épouse. Voltaire émet quelques doutes sur la culpabilité de Deboulets. Et il lance sa propre enquête, armé d’une étrange casquette, d’une pèlerine à carreaux et d’une pipe en bruyère. Une fois qu’il a éliminé le bien fondé de toutes les hypothèses plausibles, celle qui reste, malgré son improbabilité, est la bonne; et elle nous surprendra tout en mystifiant la population de Dieppe.

Jusqu’ici, j’ai suivi de près le déroulement de l’intrigue, mais l’essentiel est peut-être ailleurs. D’abord, historiquement parlant, c’est vrai que Voltaire a passé l’hiver de 1728-29 à Dieppe et qu’il a été hébergé par l’apothicaire Tranquillain Féret. Ce dernier lui enseigne les rudiments de la médecine et n’hésite pas à déclarer que, eût-il continué ses leçons plus longtemps, le disciple eut dépassé le maître.

Puis, surtout, les moqueries de Lenormand sur l’hypocondrie de Voltaire, sa vanité, son chauvinisme et sa bonne conscience sont accomplies avec trop de soin pour ne pas être admiratives, puisqu’elles suscitent spontanément notre sympathie pour ce précurseur, pas tellement de Poirot (comme l’insinue la quatrième de couverture), mais de Sherlock Holmes.

Bref, un roman qu’on déguste avec bonne humeur.

Extrait : 
Dans la calèche qui ramenait en ville les enquêteurs et l’assassin, Tranquillain Féret ne cessait de s’ébaubir de la légendaire sagacité britannique. Su contraire, Sir Volty pria le policier de bien vouloir prendre sur lui toute la gloire et de le citer nulle part. Cela tombait bien, Flochard n’aurait pas su comment le placer dans son rapport. Cet accès d’humilité suscita un regain d’adulation chez les pharmaciens dieppois. Les Anglais étaient des modèles de modestie, en plus de résoudre des intrigues !
− Monsieur, vos mérites, vos qualités, votre discrétion d’anglican font honte aux catholiques !
− C’est bien mon intention, répondit Voltaire.
Il allait vivre en héros méconnu la fin de son hiver dieppois, en attendant d’affronter les périls du printemps dans une capitale où nul ne songeait à le prendre pour un héros.

querellededieppe-amb

Manoir à Varengeville-sur-mer

Ma note : (4 / 5)

 

 

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