The Figaro Murders – Laura Lebow

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2015 (Minotaur)
Genre : Enquête, historique
Personnage principal : Lorenzo Da Ponte, Mozart

Peu souvent nous publions un compte rendu d’un roman écrit en langue anglaise et pas encore traduit. Ce Figaro Murders est premier roman de l’américaine Laura Lebow. Elle a étudié l’Histoire européenne à l’Université de Brandeis et a acquis une maîtrise au MIT en planification urbaine. Lebow se passionne pour l’Histoire, l’Opéra et les romans policiers, ce qui se reflète parfaitement dans sa première œuvre : la Vienne fin XVIIIe siècle est tirée de l’oubli avec une précision remarquable, les amateurs d’opéra vivront de près les relations entre Mozart, Da Ponte et l’empereur Joseph II, et les mordus de polars seront captivés jusqu’à la fin par un enchevêtrement d’intrigues imaginées de belle façon.

Alors que Lorenzo Da Ponte met la dernière main aux Noces de Figaro de Mozart, dont la première doit avoir lieu bientôt, plusieurs éléments antagonistes se liguent contre lui : le comte Rosenberg, directeur de la compagnie de l’opéra de l’empereur, charcute le livret et va même jusqu’à en brûler quelques parties; le compositeur Casti, ami de Rosenberg, se moque publiquement de Da Ponte; des truands, sur l’ordre d’on ne sait qui, rossent Da Ponte en le traitant de sale juif; son barbier Vogel le charge d’une mission qui lui prendra beaucoup de temps; enfin, il est arrêté par la police de l’empereur et quasiment accusé de meurtre à moins qu’il n’accepte d’enquêter sur le meurtre en question et qu’il dénonce un espion (engagé probablement par la Prusse) pour voler des documents au baron Gabler et le discréditer par le fait même, ce qui nuirait considérablement à l’empereur d’Autriche. Or, Da Ponte n’a rien d’un James Bond : poète romantique (et plutôt lymphatique), aux émotions vives et difficilement contrôlables (surtout lorsqu’il s’agit d’une jolie femme), dont le temps est employé à écrire des livrets et à convaincre compositeurs et directeurs de leur pertinence.

Pour l’introduire au Palais Gabler, le comte le présente comme le maître de poésie au service de son épouse, l’attachante Caroline. La victime est le jeune Florian Auerstein, protégé de Gabler, et fils du prince Auerstein, à la tête d’une des plus anciennes et puissantes familles de Vienne. C’est donc le souci immédiat et primordial de Joseph II de découvrir l’assassin.

Ce qui paraît certain, c’est que le meurtrier n’est pas venu de l’extérieur. On se retrouve donc dans une espèce d’huis-clos. Qui avait intérêt à tuer le jeune Florian? Le comte lui-même, s’il avait estimé que c’était lui l’espion qui lui dérobait des documents importants. Son épouse Caroline, parfois volage, si Florian la faisait chanter. Le docteur Rausch, mystérieux et antipathique personnage, surprotecteur de Caroline, qui ne supportait peut-être pas les désirs lubriques que lui manifestait Florian. Le valet du comte, Gottfried Bohm, s’il était l’espion découvert par Florian qui fouinait partout. Sa fille Antonia, à qui Florian avait promis mer et monde, pour obtenir ses faveurs. La servante de Caroline et la fiancée de Vogel, Marianne Haiml, très attachée à Caroline. Le secrétaire du baron, Jacob Ecker, dont la fonction était très compatible avec la mission d’espion, peut-être découvert aussi par Florian. Serait-ce encore le maître de musique Tomaso Piatti, chez qui Da Ponte découvre un sympathique compatriote, qui mène une vie indépendante. Enfin, peut-être aussi l’intendante et cuisinière Rosa Hahn, dont l’existence semble dissimuler de lourds secrets.

Pour Da Ponte, c’est beaucoup. D’autant plus que le meurtre de Florian a peut-être peu de rapport avec l’histoire d’espionnage. Parallèlement à cette enquête, il continue de chercher la mère de son barbier, ne serait-ce que parce qu’il trouve Marianne très charmante. Au palais, rien ne va plus : comme on cherche à l’assassiner, il se dit qu’il doit être sur la bonne piste. Mais son principal suspect se fait tuer à son tour. Et on essaie d’égorger son suspect numéro 2 ! Il aimerait bien abandonner l’enquête et se donner entièrement à la grande répétition des Noces, en costume, qui aura lieu demain. Mais, s’il laisse tomber l’enquête, le ministre de la police, le comte Pergen, l’assure qu’il le considérera comme coupable. L’Autriche a besoin d’un coupable, et ça presse !

On a l’impression de lire La vie quotidienne à Vienne à l’époque de Mozart. Les principaux personnages sont décrits avec une grande finesse psychologique et une juste insertion sociale. Les réformes entreprises par Joseph II n’enchantent pas tout le monde. On est loin de la révolution française, mais la grande aristocratie du passé ne soutient plus tellement l’empire et se fait supplanter par une riche bourgeoisie de marchands et d’entrepreneurs. C’est sur cette toile de fond brossée avec soin que se multiplient les péripéties de cette trépidante histoire.

Bref, un premier roman très prometteur.

Extrait :
« I know we don’t have the evidence to charge you, » Pergen said, « but the prince doesn’t care about evidence. He wants someone to pay for the crime ».
Troger’s voice came from behind me. « A quick trial in secret, with only the testimony of the witness who heard you, then—» He made a choking sound.
I slumbed in the chair. Pergen was examining his manicure. « You see, Da Ponte, it seems that we both have a problem ». He stared down at his hands, deep in thought. « There is something we could do, though, » he said, looking at me. « To clear you of suspicion, I mean ».
« I’ll do anything! » I cried.

Mozart – Les noces de figaro – K492 Ouverture

Vienne

Ma note : 4.5 Stars (4.5 / 5)

 

 

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2 réponses à The Figaro Murders – Laura Lebow

  1. Lina Lhers dit :

    Mais quelle déception de tomber sur cet article écrit par un québécois, si je ne m’abuse, concernant un livre écrit en anglais! Jusqu’à maintenant j’étais restée sur l’impression que les Québécois étaient plus attachés à la langue française que les Français eux-mêmes (je suis Belge). Il n’y a pas assez de livres écrits en français pour devoir en chercher en anglais? Pourquoi ne pas avoir poussé la démarche jusqu’au bout et écrire aussi votre article en anglais? Le monde change, le Québec aussi, pas en bien.

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