Je vis, je meurs – Philippe Hauret

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Gigal)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Franck Mattis, policier – Serge, retraité amoureux

Franck Mattis est un flic à la dérive : alcoolique, Junky, joueur invétéré couvert de dettes. Il est, avec son équipier, sur la piste d’un dealer qui irrigue la cité en drogue.
Serge, fraîchement retraité, ne sait pas trop comment employer son temps disponible. Il le passe le plus souvent dans un bar, observant d’un œil énamouré la belle serveuse Janis. Janis se fait bastonner par son mec. Un soir elle confie à Serge qu’elle a décidé de ne plus supporter les coups sans rien dire. Quand elle va rassembler ses affaires pour partir, Serge y voit une occasion inespérée de se placer auprès d’elle. Il lui propose de l’héberger. Ce geste plus intéressé que généreux n’est pas sans risque car le petit ami cogneur est un violent qui n’apprécie pas le départ précipité de sa compagne. C’est le début d’une spirale de la violence qui va totalement modifier la vie des protagonistes.

Les deux personnages principaux de l’histoire sont des hommes vieillissants, usés, pas satisfaits de leur vie. Le flic Mattis se traîne un nombre considérable de problèmes personnels dont il ne sait comment se dépêtrer : alcool, drogue et jeu. Il ricane en observant son équipier mener une vie familiale exemplaire, un type stable et efficace sur qui il peut compter. Quelque part il envie cette tranquillité. Mattis a pleinement conscience du processus d’auto-destruction dans lequel il est engagé depuis des années. Il n’a pas le courage d’en sortir. Serge, lui, a l’impression d’avoir gâché sa vie, il est désenchanté. Quand les circonstances vont lui mettre dans les bras une belle jeunette, il va se révéler, d’abord à lui-même. À 62 ans sa vie va changer. Elle sera beaucoup plus intense et dangereuse.

Le livre est d’un grand classicisme dans son genre. Un peu trop même. On frôle l’utilisation des stéréotypes de la catégorie : le flic border line mais tenace; le vieux type blasé retrouvant énergie et jeunesse grâce à l’amour; le méchant trafiquant de drogue aussi dangereux qu’impitoyable; le gentil truand se rachetant pour les beaux yeux d’une belle. Des personnages maintes fois rencontrés dans ce type de roman.

L’auteur a choisi de ne pas noircir le tableau. Le sort final réservé aux personnages principaux est en contradiction avec leur façon de vivre : il s’avère qu’il est moins dangereux de picoler et de se shooter que d’aimer. Cette conclusion noire pour les uns, rose pour d’autres, devrait laisser une majorité des lecteurs satisfaits. C’est un roman noir et rose !

Pour un premier roman on pardonnera à l’auteur d’avoir un peu trop collé aux codes du roman noir. Après ce début fort honorable, il serait bon qu’à l’avenir l’auteur élabore des personnages un peu plus originaux.

Extrait : 
— Regarde-moi ! J’ai passé ma vie à obéir, toujours aux ordres du réveil et du patron, celui qui ne fait jamais de vagues, celui qui se tait, qui s’efface. Je ne sais pas pourquoi j’étais comme ça, ou plutôt, si, ça venait de cette boule d’angoisse que j’avais au fond de l’estomac, elle ne me quittait jamais et m’empêchait d’agir, de me révolter ou même seulement de donner mon avis. Et tu sais ce que c’est cette angoisse? C’est la peur du rien, voilà! J’avais peur du rien. C’est quand je me suis retrouvé à la retraite que j’ai commencé à me poser des questions. J’étais seul, je ne savais pas quoi faire de ma peau, et pour me remercier de toute une vie d’obéissance on me versait une pension minable. Et puis je t’ai rencontrée, et tout a changé. Comment te dire? Quelque chose est monté en moi, quelque chose qui attendait depuis longtemps mais qui n’osait pas sortir. C’est pour cette raison que j’ai tiré sur José. Il n’était plus question que j’obéisse, que je me soumette ou qu’un autre choisisse à ma place…

Mattis sortit des mignonnettes de vodka du frigo, alluma sa radio de voyage et positionna le curseur sur une station classique. Pavarotti entamait « Una furtiva lagrima ». Assis sur le rebord du lit, ils burent leur vodka au goulot tout en se laissant prendre, les yeux fermés, par la voix puissamment mélancolique du ténor lyrique.

Pavarotti – Una furtiva lagrima

Ma note : (3,5 / 5)

 

 

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