N’envoyez pas de fleurs – Martin Solares

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2015 (No manden flores)
Date de publication française : 2017, Christian Bourgois
Genre :
Roman noir
Personnages principaux : Carlos Treviño, enquêteur et ancien policier Magarito Gonzáles commissaire de police

La fille d’un riche homme d’affaires mexicain a été enlevée, rien d’étonnant : les enlèvements sont monnaie courante à La Eternidad, région du golfe du Mexique. Mais là, les parents ont les moyens et ils ont la ferme intention de récupérer leur fille. Inutile de faire appel à la police, elle est corrompue. Leur ami, le consul des États-Unis à La Eternidad, leur conseille d’engager Carlos Treviño, un ancien policier, pour la retrouver.
Magarito Gonzáles est commissaire de Police. Bien entendu il a profité du système de corruption généralisé en place. Maintenant il est en bout de course et va être incessamment remplacé, pour peu que son successeur ait le temps de s’installer. Avant de prendre sa retraite il tient à clore cette affaire du kidnapping de la fille de l’homme d’affaires. Il a de bonnes raisons pour le faire. Évidemment l’enquêteur Carlos Treviño et le policier Magarito Gonzáles vont se rencontrer.

L’intrigue est bâtie autour des personnages de l’enquêteur et du commissaire. Si Carlos Treviño, est intègre et honnête, chose rare pour un ancien policier, Magarito Gonzáles est corrompu jusqu’à la moelle. Les deux hommes ont en commun d’être des coriaces, des tenaces dont il est difficile de se débarrasser. Pourtant nombreux sont qui ont essayé de le faire. Tous les deux en prennent plein la tête mais ils ne sont jamais totalement anéantis. Ce sont ce que les américains appellent des Hardboiled, des durs à cuire qui tombent parfois mais se relèvent toujours.

L’autre aspect marquant de ce roman, c’est le cadre : le Mexique, plus précisément la bien mal nommée région de La Eternidad où bon nombre de citoyens ne font pas de vieux os. L’auteur nous dépeint une société gangrenée par le crime et la corruption. Les gangs de trafiquants font régner leur loi. Les assassinats, les enlèvements, le chantage et la torture sont leur moyens de s’imposer. La guerre entre les différents cartels est féroce. La violence s’élève encore d’un cran avec l’avènement des Nouveaux, un cartel barbare qui gagne des territoires en faisant régner la terreur. Les victimes ne doivent surtout pas s’adresser à la police, elles ne feraient qu’empirer leur situation car la police est corrompue et noyautée par les membres des gangs. D’ailleurs les policiers ne représentent pas un obstacle pour les truands, ceux qui ne coopèrent pas sont rapidement éliminés : le successeur de Magarito Gonzáles fraîchement nommé est liquidé deux heures vingt minutes après sa prise de fonction. Et ce n’est pas le record de brièveté d’une carrière, le record c’est une heure quinze minutes, le temps qu’a tenu un nouveau commissaire avant de se faire descendre. Dans ce contexte la vie des deux personnages principaux ne pèse pas lourd, mais ils y tiennent. Ils vont la défendre âprement.

Le ton tranquille et détaché utilisé par l’auteur, comme si c’était la vie quotidienne et banale de ce coin du Mexique, n’en donne que plus de force au récit. N’envoyez pas de fleurs est un roman noir, puissant, qui nous éclaire sans juger sur le poids des cartels dans le Mexique contemporain.

Extrait :
Il y a vingt ans, n’importe qui aurait porté plainte. Mais maintenant, ils sont partout. Ils veulent des maisons ? Il leur suffit de les confisquer. Qui s’y opposera ? Ils veulent des armes ? Ils peuvent les acheter à des Centraméricains, ou les échanger contre de la drogue à leurs potes américains ; et s’il les leur faut d’urgence, ils peuvent toujours en trouver en ville… Ils veulent des femmes ? La mafia russe peut leur fournir des blondes de n’importe quel pays ayant survécu au rideau de fer. Ils ont donné de l’argent à l’église, ils ont construit des routes et des hôpitaux, ils ont fait alliance avec la police… Avant, le gouvernement en arrêtait un de temps en temps pour se faire bien voir des Américains, mais maintenant que le milieu et les politiques travaillent main dans la main, c’est fini tout ça. Et qui va oser en parler à la presse ?
Le rédacteur en chef d’un des journaux de La Eternidad a été placé là par les criminels eux-mêmes. Il arrive quand le numéro est houclé, il s’assied, il relit attentivement tout ce qui concerne la vie nationale et locale et il oblige les chefs de service à éliminer les articles qui disent du mal de la bande d’assassins pour laquelle il travaille. Il lui arrive même de taire disparaître certains mots. Ou alors il fait remplacer gang criminel par groupe rebelle ; trafic de stupéfiants par commerce ; enlèvement par arrestation ; lésions par marques ; assassinat par disparition. Comme si les mots leur appartenaient, à ces salauds. Bientôt, on ne pourra même plus les nommer.

Il s’est dit que tout ça allait mal finir quand il a entendu une adaptation  de Beach Samba de Walter Wanderley dans les hauts-parleurs de la cafétéria : le genre de chansons qui plaisait à Carlos Treviño.

Walter Wanderley – Beach Samba

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5) 

 

 

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