Justice soit-elle – Marie Vindy

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Sang neuf)
Genres :
Enquête, judiciaire
Personnages principaux : Déborah Lange, avocate – Laurine, 11 ans, dont la mère a été assassinée

Encore une ! Encore une fille assassinée dans cette région du Morvan où en l’espace de 26 ans 18 meurtres de jeunes filles ou adolescentes ont été perpétrés. Seulement 4 ont été résolus. 14 sont restés non élucidés. Affaires classées. Cette fois les autorités envoient leur meilleur enquêteur sur les lieux et surtout le cabinet d’avocats Mendez confie à Déborah Lange la mission de prendre contact avec les familles et éventuellement de rouvrir des dossiers classés. Tâche difficile : les familles, les mères surtout, se sont senties abandonnées par la justice et se sont renfermées sur elles-mêmes. Résignation et lassitude ont succédé à la douleur, elles n’attendent plus rien. Déborah va tenter de les convaincre qu’il subsiste un espoir de trouver les assassins. Il y en a une qui n’a pas abandonné et qui veut savoir comment sa mère est morte et qui l’a tuée, c’est Laurine, 11 ans, un garçon manqué qui n’a pas froid aux yeux. Elle va contribuer à sa façon à faire apparaître la vérité.

D’entrée la dédicace donne le ton : le livre est dédié aux filles et femmes violentées, aux enfants violés. L’avertissement qui suit expose les faits réels qui ont inspiré le roman. Même si le lecteur ne connaît pas la réputation de Marie Vindy et son militantisme pour la condition féminine, il s’apercevra immédiatement qu’il s’agit là d’une œuvre s’inscrivant dans un combat contre les violences faîtes aux femmes. C’est à travers le ressenti de huit femmes que l’auteure retrace, de façon romancée, les événements qui se sont déroulés en Saône-et-Loire le long de l’autoroute A6. Les Disparues de l’A6 était le titre employé par la presse de l’époque. Ces huit points de vue différents permettent à l’auteure d’exprimer tantôt la douleur, la tristesse, l’abattement, le renoncement mais aussi la colère, la hargne et finalement l’espoir. Ce qui est aussi mis en évidence c’est le peu de considération voire le mépris envers les familles de victimes dont ont fait preuve police et justice. Marie Vindy a eu l’habileté de ne pas s’en tenir à un discours accusateur qui aurait pu devenir rébarbatif, elle a su créer une intrigue qui rend captivantes les avancées de l’enquête et l’évolution des personnages.

Les femmes tiennent une place prépondérante dans ce roman et presque tous les rôles : mères, sœurs, amies, avocate, journaliste, même les procureurs sont des femmes. Et les hommes ? Les hommes sont quasi-inexistants dans l’histoire. Seul le capitaine Humbert, responsable de l’enquête sur le dernier meurtre, apparaît de façon neutre, ni bon ni mauvais. Les autres sont au mieux considérés comme absents ou lâches, plus souvent comme prédateurs, jamais comme protecteurs. Le fait d’être militante féministe implique-t-il forcément d’avoir une si piètre opinion des hommes en général ? Si j’avais un reproche à faire à l’auteure ce serait bien celui-là. Le seul.

Justice soit-elle de Marie Vindy est un roman engagé contre les violences faîtes aux femmes. L’auteure a eu l’intelligence de présenter son plaidoyer sous forme de fiction. Cependant l’intrigue s’appuie sur des faits réels. Les personnages sont imaginaires mais inspirés de ceux qui ont vraiment vécu ces événements. Un bon roman pour une juste cause.

Extrait :
Humbert soupira. Il s’apprêtait à plier l’affaire et a renvoyer Laurine et sa tante chez elles. Mais, en avisant Cathy Mangin, qui camouflait son visage entre ses mains, il eut un instant de doute. Laurine, avec son acuité naturelle, surprit l’hésitation de l’enquêteur et désigna à son tour sa tante, en la montrant ostensiblement du doigt :
— Elle sait, elle. Elle sait tout. C’est elle qu’a dit aux gendarmes qu’elle était avec mon père l’après-midi où ma mère a foutu le camp. Comme si mon père allait aider Cathy à faire quoi que ce soit, de la compta en plus! Et pourquoi pas du ménage! Mon oncle a confirmé, ce débile. C’est pour ça qu’ils flippent tous, maintenant. Parce que je suis sûre, moi, que quand Cathy a lu le journal, quand y a eu l’article sur Déborah, elle a commencé à se faire du mouron.

Niveau de satisfaction
(4,3 / 5) 

 

 

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