L’assassin avait toujours faim – Christiane St-Pierre

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (Éd. Perce-Neige)
Genre : Enquête, humour
Personnage principal : Mariella Marconi, inspecteur en chef au Bureau des homicides

Christiane St-Pierre n’est pas très connue au Québec, même si elle est née au Cap-de-la-Madeleine. D’ascendance acadienne, elle s’est installée à Caraquet (Nouveau Brunswick) en 1980, puis à Shippagan, où elle a poursuivi une carrière de professeure de langue française et de littérature à l’Université de Moncton. Avant de se lancer dans son premier polar, elle a publié des nouvelles, une pièce de théâtre pour la jeunesse et quelques romans.

Dans un petit restaurant de quartier, Chez Jos, où se réunissent des gens qui se connaissent, le déjeuner de plusieurs est perturbé du fait qu’on vient de découvrir aux alentours le cadavre mutilé d’une jeune femme. Mariella Marconi, inspectrice en chef du Bureau des homicides, était justement en train d’y prendre son café. Elle apprendra qu’il s’agit du corps de Liliane Demers, psychologue à la Polyvalente, célibataire, étranglée, à qui on a coupé le majeur de la main gauche avant de lui enfoncer dans le vagin. L’équipe de Marconi se met en branle : Julien Deschamps, son adjoint; le beau ténébreux Marc-André Gauthier; Julie, l’as de l’informatique; et Catherine Mongeau, la directrice générale adjointe, qui a un faible pour Marconi. L’enquête à la Polyvalente permettra à l’auteure de peindre un tableau satirique des administrateurs, douce revanche d’une enseignante, j’imagine. L’ironie s’applique aussi à la journaliste Barbie, du journal Le Matin, qui talonne les enquêteurs à la recherche d’un scoop.

Le seul qui n’a pas été troublé par la découverte de Liliane Demers, c’est Donald Grant, qui a été surnommé Arnold par la serveuse Rita, en mémoire du petit cochon des Arpents verts. Arnold est, en effet, en train de terminer son deuxième déjeuner #8, et ne cesse d’asticoter la vieille serveuse. On verra, par ailleurs, que c’est un électricien serviable, un bon vivant dont la principale perversion est la danse en ligne, un mangeur normal quand il ne vient pas de tuer quelqu’un et, donc, que c’est lui l’assassin; qui a déjà commis d’autres crimes du même genre dans la Capitale, et qui en commettra encore d’autres, qui donneront du mal à l’équipe de Marconi.

Indépendamment du fait que, comme dans un Columbo, on connaît d’avance l’assassin et que le problème est de savoir comment les policiers finiront par mettre la main dessus, on aura compris qu’il s’agit d’un polar humoristique. St-Pierre intervient d’ailleurs souvent pour livrer un commentaire entre parenthèses, ce qui dédramatise forcément l’histoire. Même son style traduit à l’occasion un humour de carabin, du genre « il rentre chez lui en catastrophe et en camion ». Il s’en faut de peu qu’on prenne même en souriant la manie de fourrer l’index de la victime dans son vagin, et avec une tendresse compréhensive les allusions aux relations saphistes entre l’inspectrice Marconi et la directrice Mongeau.

Tout cela n’empêche pas l’histoire de bien se tenir et de se dérouler avec cohérence et selon un rythme qui s’accentue dans la dernière partie du récit, où l’auteure n’intervient pratiquement plus. J’ai eu l’impression que St-Pierre n’osait pas vouloir écrire un vrai polar, ce qui lui aurait peut-être paru prétentieux, d’où le fait d’y distiller une bonne dose de moquerie. Le lecteur évite ainsi d’éprouver des émotions trop violentes; mais, pour un critique invité à en lire une centaine par année, avouons que c’est plutôt reposant quand c’est bien fait. Et, dans ce cas-ci, ce fut fort plaisant.

Extrait :
Pat et Don continuent à danser et, à la fin, ils se gardent toujours du temps pour prendre une dernière bière. Ils terminent la soirée en écoutant les dernières notes. Lentement, les lumières du club commencent à s’allumer pour que les préposés à la fermeture fassent leur travail. Toujours sans parler, ils prennent leur manteau au vestiaire et, dehors, ils se font la bise en se disant qu’ils se reverront la semaine prochaine. Ils vont chacun dans une direction opposée. Don est heureux. Assis dans son véhicule qu’il laisse un peu chauffer avant de démarrer, il écoute encore de la musique puis il prend la route. La circulation est à peu près inexistante à cause de l’heure tardive. Il a commencé à neiger et le paysage est féerique. Il aime la douceur de la neige et il a tout son temps. Plus loin, sous un lampadaire, une femme fait de l’auto-stop. Non, pas question de la faire monter. Il est bien tout seul. Il passe près d’elle sans s’arrêter. En regardant dans son rétroviseur, il la voit qui vient de lui faire un doigt d’honneur, frustrée que le gars ne se soit pas arrêté. Oh ! Que non ! Ça ne se passera pas comme ça! Il va lui en faire un doigt d’honneur, à elle. Il fait demi-tour et s’arrête à sa hauteur. Elle ouvre la porte, le regarde et monte.

Niveau de satisfaction :
(3,8 / 5)

 

 

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