Premier arrêt après la mort – Jacques Attali

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Fayard)
Genre :
Enquête
Personnage principal : Fatima Hadj, policière chargée de l’enquête

Quand j’étais étudiant, Attali passait pour un intellectuel à la mode, conseiller des grands de ce monde, capable de nous fasciner par ses grandes œuvres, même si on y comprenait peu. Comme disait l’autre : « Le prix de la clarté, c’est la perte de la profondeur ! », donc nous le trouvions très profond. Curieux, je me suis demandé ce qu’il venait faire aujourd’hui dans cette galère qu’est le roman policier.

La toile de fond est dramatique : les Pays Bas, l’Allemagne, la Belgique et l’Italie subissent de foudroyants attentats terroristes. Dans la Mer de Chine s’affrontent les Chinois, les Russes et les Américains. Le Japon menace de se lancer dans le nucléaire si la Corée du Nord risque d’utiliser ses armes contre lui. Dans toute l’Afrique, des milliers de personnes meurent de faim et s’arrangent pour passer au Nord.

Et à Paris ? Rien, sinon un macchabée, découvert brûlé, décapité et amputé des mains et des pieds, attaché à un arrêt d’autobus, avec un message écrit en anglais fixé au cadavre. Puis, un deuxième. Et un troisième… Les Français commencent à s’émouvoir et les autorités chargent la jolie Fatima Hadj de gérer cette affaire efficacement et rapidement.

Les ballets guerriers continuent de s’agiter en Extrême-Orient. Plusieurs pays européens réclament un Guantanamo international pour emprisonner les suspects extrêmes. On s’agite dans le corridor des ministres français. Les journalistes se perdent en conjectures. Et les morts se multiplient à la douzaine en France, toujours selon le même modus operandi.

Et bien, tout cela semble fort prometteur.

Et pourtant… D’abord, du côté de la Chine, on avance et on recule, style raspa. Les Chinois envoient des femmes et des enfants vivre sur quelques îles qu’ils ont créées, et ça s’arrête là. Les pays européens discutent et rediscutent. En France, le Président se promène et proclame qu’une innocente victime est préférable à dix victimes d’un attentat terroriste; ses conseillers lui téléphonent, le Ministre de l’Intérieur frise la dépression, et la policière a toujours un coup derrière le (ou les) tueur(s), constamment rongée par ses problèmes existentiels, du genre : comment élever mes enfants en travaillant, et comment traiter mes amants sans me faire du mal ?

L’enquête comme telle piétine et notre pauvre Fatima ne fait pas grand-chose contre la terrible catastrophe qui doit s’abattre sur la France. Heureusement, à la fin, pendant une bonne vingtaine de pages, on nous expliquera, en même temps qu’à elle, ce qui était en jeu dans cette sale affaire et qui était derrière tout ça.

Comme il est triste, après avoir si bien imaginé un cadre stimulant, de se contenter d’y agiter des répétitions assez stériles et d’y faire figurer des personnages plutôt stéréotypés dans une histoire dont la vraisemblance relative aurait mieux passé avec un humour à la Vargas ou la sobriété percutante d’un Manchette.

Extrait :
En ces jours terriblement sombres pour le monde et dérisoirement joyeux pour la France, le premier meurtre, si horrible et spectaculaire fût-il, passa tout-à-fait inaperçu.
Ce lundi 16 juillet 2018, un peu avant 6 heures du matin, Marie Lefurt, jeune infirmière à peine diplômée, venue prendre son tour de garde au Centre hospitalier général de Longjumeau, claque, furieuse, la portière de la petite voiture de sport conduite par son compagnon, un interne au service de pédiatrie de l’hôpital Bichat − dispute d’amoureux, pensa-t-il, rupture définitive, décida-t-elle.
Pressant le pas devant l’abribus situé devant le 53, rue du Président-François-Mitterand, juste devant l’hôpital, elle sursauta d’horreur : un corps nu, à demi calciné, lui faisait face, placé debout contre une des parois vitrées de l’abribus; un corps d’homme, sans tête, ni mains ni pieds; les bras en croix attachés, comme les chevilles, par des fils électriques; une feuille de papier violet coincée au niveau du poignet droit par un des fils. Elle hurla, faillit s’évanouir, se précipita à l’intérieur de l’hôpital et réveilla le vigile, à l’accueil, qui appela la police.

Niveau de satisfaction :
(3 / 5) 

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Enquête, Français, Moyen, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*