Le pain perdu – Pierre Pelot

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1974 (G.P.) – Réédition 2016 (Bragelonne/Milady)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Lou Carmaux, de retour chez lui après 10 ans de prison

Lou Carmaux est de retour chez lui après dix ans de prison. Il a été condamné suite à une bagarre de bal qui a mal tourné, il a tué accidentellement son adversaire. Lou retrouve la maison familiale abandonnée. Ses anciens amis d’enfance ne sont pas vraiment ravis de le revoir, sauf celui qu’ils surnomment Patte-folle, qui n’était pas pourtant son plus proche copain. Et puis il y a la tribu Millot : le père, la mère, cinq frères et une sœur. C’est de cette famille qu’il a tué un des enfants. Ils n’ont pas oublié, bien sûr. Ils espéraient même qu’il reviendrait. Maintenant il est là. Il y a des comptes à régler.

L’intrigue est simple : un ancien taulard revient dans le village de son enfance et se heurte au désir de vengeance de la famille de sa victime. Le roman est court (150 pages) mais dense. L’accueil que reçoit Lou et ses rapports avec les gens du village sont subtilement analysés. L’amitié, les rapports humains et leur évolution dans le temps sont aussi intelligemment décrits. Il y a également une belle réflexion sur le passé, sur l’impossibilité de retrouver ce que l’on a laissé. On ne retrouve pas, on recommence. Tout est à reconstruire.

Ce roman est un mélange de nostalgie et de violence. La nostalgie est symbolisée par la recette du pain perdu, une recette ancienne, la seule qui soit une affaire d’homme, c’est en général le père qui s’en occupe : du pain rassis, du lait, des œufs, des épices … et il faut que ça fume ! La violence c’est celle de la vengeance. Même si Lou a payé, pour les parents de la victime ce n’est pas assez puisque lui est vivant alors que le fils, le frère, est mort. Une ambiance semblable à celle du western est alors mise en place par l’auteur.

Le pain perdu est un roman d’une grande humanité qui, sous l’aspect de la simplicité, aborde des thèmes aussi complexes que l’amitié, le passé, la vengeance, la paternité.

Ce livre a été adapté pour la télévision par Pierre Cardinal en 1977.

Extrait :
Le passé, dit-il, ça n’existe plus. Je le sais, maintenant. On veut recommencer en s’accrochant à ce qui reste d’avant, et ce n’est pas possible. Parce que toujours, ce qui reste, c’est avant, justement. Tu comprends ?

— Dis pas de bêtises, Lou.
— Non, Janot, c’est pas des bêtises.
Il baissa les yeux, et Patte-Folle aussi – il n’y avait que sa sœur pour l’appeler Janot, parce qu’un jour il lui avait avoué qu’il n’aimait guère son surnom.
— C’est pas des bêtises… Que tu te souviennes dans n’importe quelle direction, à un moment donné il y a le trou. Il y a ce qui sépare avant de maintenant.
Lou eut un sourire forcé. Il soupira et dit :
— Tu sais pourquoi je suis revenu ? Pour mon gamin. Voilà. Pas pour Huguette, ni rien. Pas même pour les copains, Janot, ni toi ni un autre… C’était pour le gamin que j’avais jamais vu. Combien de fois je me suis dit : « Tu as un fils, mon vieux », et je m’écoutais pour savoir quelle impression ça faisait. Rien. Pas d’impression. Je me suis forcé, tu entends ? Avoir un fils, c’était des mots. Je me suis forcé pour que ça représente autre chose. Et, finalement, ça a représenté quelque chose…

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

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