Le livre que ne je voulais pas écrire – Erwan Larher

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Quidam éditeur)
Genre : Humain
Personnage principal : Erwan Larher, écrivain

Les attentats du 13 novembre 2015 en France, revendiqués par l’organisation terroriste Ėtat islamique (Daech), sont une série de fusillades et d’attaques-suicides islamistes perpétrées dans la soirée à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts … L’attaque la plus longue et la plus meurtrière a lieu dans la salle de spectacle du Bataclan (également dans le 11e arrondissement), où 1 500 personnes assistent au concert du groupe américain de rock Eagles of Death Metal et où trois autres djihadistes ouvrent le feu sur le public, avant qu’un assaut des forces de l’ordre n’y mette fin et ne tue les terroristes. (Wikipédia).

Le 13 novembre 2015 Erwan Larther était au Bataclan. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Il a pris une balle. Une balle de Kalachnikov de calibre 7.62, tirée à bout portant, ça fait des dégâts. Pas uniquement physiques. Ce livre raconte l’épreuve traversée par l’auteur et ses proches, avant, pendant et après le carnage. Ce n’est pas le récit des événements, pas uniquement du moins. C’est un parcours. Un parcours avec un gros obstacle en plein milieu. Mais un obstacle franchi.

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer ce genre de bouquins, mon domaine c’est la littérature noire, les polars. Donc je me limiterai à un bref ressenti. Je ne connais pas Erwan Larher, je ne l’ai jamais rencontré et probablement que je ne le rencontrerai jamais. Nos chemins dans la vie ont peu de points en commun. Je suis un lecteur lambda. Mais à travers son histoire je me suis senti très proche de lui. Pendant ce temps où j’ai lu son livre c’est devenu un frère, un frère humain. C’est pour cela que cette chronique est plus personnelle, moins technique et que je me permets de tutoyer l’auteur.

Erwan, à travers ce livre, j’ai partagé pendant quelques heures tes souffrances, tes angoisses, tes doutes. Tes colères et tes révoltes. Tes bonheurs aussi. Je me suis même dit : tu es un sacré veinard Erwan ! Bien sûr ça parait bizarre, voire déplacé, de traiter une victime d’attentat de veinard. Je persiste : veinard parce que la balle, à quelques millimètres près, aurait pu te tuer ou te laisser grabataire pour le restant de tes jours. Mais chanceux aussi parce que dans ton malheur tu as été entouré de beaucoup d’amour. Cet événement dramatique a servi de révélateur pour des sentiments qui existaient mais qui ne devaient pas s’être manifestés avec autant de force. Ça m’a presque rendu jaloux ! J’en arrivais à me demander si pour obtenir autant de preuves d’amour je n’étais pas prêt à me prendre une balle dans le cul comme toi. Évidemment c’est parce que je ne l’ai pas prise que je peux penser ainsi. Mais si Iblis, un des trois terroristes, celui qui t’a tiré dessus, avait bénéficié d’autant d’affection, d’amitié, peut être qu’il n’aurait pas été là à prendre des vies en y laissant la sienne. Peut être …

Finalement, tu le sais maintenant, tu as bien fait de l’écrire ce livre que tu ne voulais pas écrire. Tu as donné de l’émotion aux gens. C’est ça la littérature et tu es écrivain.

Merci pour ce moment d’humanité, Erwan. Bonne route et fais gaffe à tes fesses !

Extrait :
Alors, on fait quoi ? Certains écrivent des livres, des tribunes, des appels. Ils n’y étaient pas. Leur corps ne sait pas. Ce qui n’empêche certes pas de donner son avis. Ni les romanciers de transformer les faits divers en prix littéraires. Avoir pris une balle ne te donne pas plus de légitimité pour l’ouvrir, ni plus de clairvoyance. On se fâche sur les réseaux sociaux, marigot pullulant de rageux qui pensent que respirer donne droit de roter des avis inargumentés, cloaque grouillant d’illettrés, de jaloux, de bilieux, ramassis de petits nombrils agressifs et anonymes, agressifs parce qu’anonymes, avatars surs incapables de penser plus loin que le bout racorni de leur « moi je ». On s’engueule, plus de sécurité, Etat d’urgence contre laxisme, coups de menton, bruits de bottes, insultes et distribution de points Godwin. C’est ce qu’ils recherchent, ceux qui ont une stratégie. Du moins tu le supposes —tu ne peux pas croire que ce serait gratuit, qu’il n’y aurait rien derrière que l’ennui, la frustration ou l’envie d’exister. Non. Ils veulent : déchirement de la société civile. Ils veulent : la haine. Ils veulent: le communautarisme. Ils veulent: nous monter les uns contre les autres.

Eagles of Death Metal – Complexity

Niveau de satisfaction :
(4,5 / 5)

 

 

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