Le salaire de la peur – Georges Arnaud

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1950 (Julliard) – Réédité en 1973 (Julliard) et en 2011 (Pocket)
Genres : Aventures, roman noir
Personnages principaux : Gérard et Johnny, chauffeurs de camion

Après avoir lu le livre de Philippe Jaenada La serpe qui retrace la vie d’Henri Girard alias Georges Arnaud, j’ai eu envie de lire son premier roman, le célèbre Le salaire de la peur. L’ancienneté du livre n’ôte ni l’intérêt ni le plaisir de lecture, toujours présents.

Dans la plaine de Zulaco, au Guatemala, la Crude and Oil Limited extrait le pétrole. Un jour c’est l’accident : une explosion, un puits s’enflamme. Une colonne de feu immense s’élève dans le ciel. Il y a des morts. Éteindre un puits en flamme n’est pas une mince affaire : il faut souffler le puits, comme on souffle une allumette. Mais il faut y aller fort, utiliser des explosifs, y aller à la nitroglycérine. Cet explosif, ils ne l’ont pas sur place, il faut l’amener du camp de base situé à Las Piedras. Las Piedras est un trou à rats où se sont réfugiés des aventuriers et des mercenaires qui n’ont jamais eu les moyens d’en repartir. Aussi quand La Crude décide d’embaucher sur place quatre chauffeurs pour convoyer ce dangereux chargement de nitroglycérine, les candidats sont nombreux malgré le risque énorme. Après les épreuves de sélection, ils sont quatre, deux par camion, a être engagés : Gérard Sturmer (Français), Johnny Mihalescu (Roumain), Juan Bimba (Espagnol) et Luigi Stornatori (Italien). Deux bombes roulantes conduites par quatre hommes à qui il faudra beaucoup de courage et encore plus de chance pour arriver à destination.

C’est avec l’équipage Gérard-Johnny que l’auteur nous fait vivre ce périple où la mort peut survenir à chaque instant. La moindre secousse, le plus petit choc, une manœuvre trop brutale et la déflagration réduirait le véhicule et les chauffeurs en poussière. Aussi, en plus de nerfs d’acier, il faut beaucoup de sensibilité et de délicatesse sur les pédales pour éviter les secousses fatales. D’autant plus que la piste n’est pas uniformément plate. Il y a des trous, des nids de poule, il faut les aborder lentement, tout en douceur mais en d’autres endroits c’est la tôle ondulée : des milliers de petites rigoles, peu profondes et très serrées. Là, au contraire, il faut rouler vite, 80 kilomètres-heure au moins, afin que le camion vole à la surface des cannelures sans s’y accrocher. Une fausse manœuvre, une vitesse trop rapide ou au contraire trop lente suivant la configuration du terrain et tout pète. L’angoisse et la peur sont omniprésentes. C’est une rude épreuve, à la fois physique et psychologique. Gérard a une grande maîtrise et une énorme détermination mais Johnny craque, se bat contre ses démons. C’est ce voyage hallucinant que l’auteur décrit en détail. Le suspense est total concernant la réussite ou l’échec de la mission. Au passage l’auteur montre le cynisme de la société américaine qui joue avec la vie des paumés de Las Piedras : c’est la solution le plus économique d’utiliser de vieux camions que l’on confie à des locaux nouvellement embauchés dont la perte n’affecterait pas la compagnie. Le comportement des yankees qui pillent le pays, méprisant complètement les populations est aussi exposé.

Le salaire de la peur est un roman âpre, d’une haute intensité avec un suspense permanent. Il a été adapté pour le cinéma par Henri-Georges Clouzot, sorti en salles en 1953 avec comme interprètes principaux : Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli, Peter Van Eyck.

Extrait :
Johnny recule toujours devant les phares. Dans ce cauchemar de boue, il piétine et trébuche comme dans un rêve ; comme dans un rêve il trébuche, et tombe à la renverse. Mais ce n’est pas un rêve puisque de crier ne le réveille pas. La tête dressée au-dessus du liquide qui recouvre entièrement son corps affalé, il crie, crie encore. Le camion continue son avance implacable sur lui. Gérard a tout vu, il ne relève pas le pied pour ralentir; ce qu’il faut, c’est passer. Le pneu avant droit atteint le pied du Roumain, y appuie, le presse dans la boue qui se solidifie sous l’énorme pression. Il se débat, Johnny, crie, il sent sa jambe se broyer, il hurle à la mort ; Sturmer, les yeux fixés sur le haut de la pente qu’il va attaquer dans un instant, ne fait pas attention à cette carcasse désarticulée qu’il est en train de fouler aux roues, écrasée ou noyée, est-ce qu’on sait ; qu’est-ce que ça peut faire, il faut passer. Il faut passer.

Niveau de satisfaction :
(4 / 5)

 

 

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