La fille sous la glace – Robert Bryndza

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (The girl in the ice)
Date de publication française : 2017 (Belfond)
Genres : Enquête, thriller
Personnage principal : Erica Foster, DCI (inspecteur-détective en chef) dans un poste de police londonien

C’est le premier roman policier de Robert Bryndza, de nationalité anglaise mais qui vit en Slovaquie (la DCI Foster a été élevée en Slovaquie également). Il est déjà connu pour avoir publié avec succès un grand nombre de comédies romantiques. Ce polar est le premier d’une série qui met en vedette la policière Erica Foster; devenu rapidement un best-seller, il a été traduit en 27 langues. De fait, je l’ai lu tout d’une traite sans comprendre exactement pourquoi.

Jeune femme de 23 ans, Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel britannique, est portée disparue. C’est peut-être elle qu’on a retrouvée dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Le Chief Superintendent Marsh fait venir de Manchester la DCI Erica Foster et lui confie l’affaire. Les deux se connaissent depuis longtemps. Marsh lui fait confiance, même si Erica se remet difficilement de la mort de son époux lors d’une mission qu’elle dirigeait et qui a mal tourné.

Les Douglas-Brown ont l’habitude de tout diriger autour d’eux et supportent difficilement la présence tapageuse de Foster qui brasse pas mal la cage. Ils aimeraient bien, évidemment, qu’on découvre ce qui est arrivé à leur fille, mais sans trop entrer dans les détails, surtout si ceux-ci s’avèrent déplaisants. L’aide qu’elle reçoit de ses confrères policiers est mitigée : Foster vient d’ailleurs et c’est une femme ! Et les autorités s’entêtent à lui faire suivre une piste qui plaît beaucoup à la famille Douglas-Brown, qui a le bras long. La tâche de l’inspectrice ne sera donc pas facile, d’autant moins que l’assassin a décidé de l’éliminer.

De multiples rebondissements nous tiennent en haleine. L’enquête est menée dans une Londres moderne, où l’auteur souligne les oppositions sociales; une société actuelle dans laquelle les couples homosexuels semblent acceptés et bien intégrés. Le milieu policier est décrit sans complaisance : rivalités, conflits, rapports difficiles avec les journalistes, nécessité de ne pas déplaire à ceux qui ont le véritable pouvoir, c’est-à-dire les riches. Par contre, une réelle solidarité se manifeste également, le cas échéant. À ces facteurs positifs s’ajoute une description substantielle de plusieurs personnages secondaires. La trame policière se déroule donc dans un milieu vivant passablement réaliste. Le roman est captivant parce qu’on a hâte de voir comment vont se dénouer plusieurs destins, en plus de l’intrigue principale.

Beaucoup de points forts, donc, dans ce roman. Quelques faiblesses, cependant, selon mes exigences personnelles : d’abord, à court terme, malgré un bon travail accompli par les enquêteurs, deux événements imprévisibles permettent au problème de se solutionner, genre de deus ex machina un peu frustrant pour les lecteurs qui apprécient la force suffisante des petites cellules grises. Deuxio : plusieurs événements dramatiques sont dus à l’impétuosité de Foster, qui se targue de marcher à l’instinct, ce qui l’amène à se mettre souvent les pieds dans les plats. Elle compte sans doute sur sa bonne étoile qui lui permet, effectivement, de se sortir de situations extrêmes où plusieurs auraient laissé leur peau. Elle est rudement amochée mais ne sombre pas, ce qui est souhaitable parce qu’on espère une suite, mais ça se produit trop souvent pour nous faire frémir pour vrai.

Dans un premier polar, on peut passer l’éponge. L’auteur accorde peut-être plus d’importance aux aspects sociologiques et psychologiques de son travail.

Extrait :
Tandis qu’elle avançait vers la porte, prenant soin de poser les pieds bien à plat et sans bruit à chaque pas, la sonnerie de son téléphone se déclencha et la trahit, déchirant le silence. Bordel ! Quelle putain d’erreur débile ! Son cœur se mit à battre à cent à l’heure tandis que les pas se dirigeaient vers sa chambre. Maintenant, c’étaient des pas lourds, assurés, qui ne cherchaient pas à être discrets; les pas de quelqu’un qui n’avait plus peur qu’on l’entende.

La suite se produisit dans un éclair : l’intrus ouvrit la porte d’un coup de pied et, vêtu de noir des pieds à la tête, encagoulé, les mains gantées de cuir, il se jeta sur elle et l’agrippa à la gorge. La poigne était si puissante qu’elle fut sonnée et sentit sa trachée s’écraser. La lampe lui échappa de la main tandis que son agresseur la poussait sur le lit sans la lâcher. Elle essaya de le frapper avec ses pieds, se débattit à l’aide de ses jambes mais il esquiva tous les coups et la cloua sur le matelas. Elle essaya alors de lui arracher sa cagoule; cette fois, il lui rabattit les bras brutalement, avec la pointe de ses coudes. Il serrait toujours plus fort. Elle ne pouvait plus ni inspirer ni bouger.

Horniman Museum

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

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2 réponses à La fille sous la glace – Robert Bryndza

  1. lewerentz dit :

    Je ne connais pas du tout mais votre billet donne envie. Je le note; merci !

    • michel dufour dit :

      C’était le premier d’une série mettant en vedette l’inspecteur détective en chef Erica Foster. Cinq romans ont été publiés en anglais et devraient bientôt être traduits.

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