La chance du perdant – Christophe Guillaumot

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 – Liana Levy
Genres :
Policier, enquête, Thriller
Personnage principal : Renatto Donatelli, dit le Kanak, policier au SRPJ de Toulouse

Renatto Danatelli est un géant débonnaire de 1,99 mètres. Natif de la Nouvelle Calédonie, on le surnomme le Kanak. Il est policier affecté à la section Courses et jeux du SRPJ de Toulouse. Il fait équipe avec son chef, le jeune lieutenant Jérôme Cussac. Tous deux ont été mutés dans ce service par mesure disciplinaire. On ne leur demande pas de résultats, juste de se tenir tranquille et de se faire oublier. Ce n’est pas leur genre, surtout pour le Kanak. Celui-ci va abattre une vache dans un traditionnel loto-bouse (je ne détaille pas ici les règles de ce jeu, bien que ce soit assez savoureux). Pendant ce temps le SRPJ est sous tension après la découverte d’un cadavre dans un bloc de déchets compactés et qu’une vague de suicides bizarres semble toucher des joueurs invétérés. Autre bizarrerie tous ces joueurs étaient porteurs d’une carte : la dame de pique. L’équipe Courses et jeux, renforcée de deux nouvelles recrues, va mener une enquête difficile dans le cercle des jeux clandestins dominé par un mafieux local au bras long.

Ce roman se distingue par une série de personnages originaux et hauts en couleurs. D’abord, il y a le Kanak, un gros et grand balèze, redouté pour ses gifles amicales qui laissent groggy le bénéficiaire. Son mot doux, destiné à ses amis, c’est gros chameau. Sous ses airs de sauvage mal dégrossi, c’est un excellent policier. Pas toujours maîtrisable par sa hiérarchie. Et ce n’est pas son chef, le jeune inexpérimenté lieutenant Cussac, qui peut le contrôler car l’expérience, le savoir, la force de l’équipe sont détenus par le Kanak. D’autant plus que le lieutenant est complètement brisé par le sort funeste réservé à son amour, une fille de la DGSE. L’équipe a été renforcée par un tricheur magicien et par un mathématicien truqueur. Leur apport à l’enquête sera bien utile. Et puis il y a May, une graffeuse de talent, une artiste des rues qui embellit les murs hideux de la ville. Elle aussi contribuera à l’enquête, de façon bien involontaire.

L’intrigue, alambiquée, est construite comme un jeu de puzzle. Elle fait le grand écart entre le loto-bouse et les paris clandestins sur des épreuves mortelles. On ne voit pas de prime abord le lien entre le street art pratiqué par May et les jeux clandestins. Mais si, il y en a un, vous verrez ! La fin du livre ne boucle pas l’histoire, l’auteur semble s’être ménagé un marche-pied pour une probable suite.

Quelques invraisemblances subsistent : je ne sais pas comment se passe le recrutement au SRPJ de Toulouse, dont l’auteur est capitaine, mais d’après lui il semblerait que ce soit facile d’embaucher des renforts. Renforts qui n’offrent pas toutes les garanties de moralité ni d’honnêteté : un tricheur et un truqueur de jeux intègrent l’équipe policière au pied levé. Bon d’accord, c’est un roman mais j’apprécie que, dans un polar, on ne s’éloigne pas trop des réalités.

Le livre se lit facilement et accroche bien le lecteur. Un humour de bon aloi et une bonne part d’humanité rendent ce livre bien agréable. Avec ses personnages pittoresques et un sujet original, c’est un polar sympathique qui ne bouleverse pas le genre mais offre simplement un bon moment de lecture.

Extrait :
Serge Nicolo cherche l’adjectif le plus adapté à la situation.
– Disons, originaux.
– Un homme a tenté de traverser sur une poutrelle entre deux immeubles, intervient Jules Letocart.
– Splash, huit mètres plus bas pour l’équilibriste de pacotille, ajoute Serge. Un autre s’est installé sur une voie de chemin de fer. Le conducteur du train qui l’a percuté a déclaré que l’individu avait tenté d’éviter la locomotive dix mètres avant qu’elle n’arrive sur lui. Le pauvre a été happé sous les roues et déchiqueté en morceaux.
– Bien entendu, nous avons notre nageur dans les bouteilles en plastique du centre de tri ainsi que la vieille dame qui s’est jetée sous les roues d’un camion sur le périphérique, ajoute l’adjoint de sécurité.
– Et les deux derniers ? demande le Kanak.
– Une femme qui a tenté de traverser l’enclos des lions au zoo de Plaisance-du-Touch et un étudiant qui a descendu la colline de Jolimont à vélo. Les résidents du quartier ont déclaré aux policiers qu’à aucun moment le cycliste n’a fait usage de ses freins pour céder le passage ou respecter un stop. Résultat, le jeune garçon s’est écrasé comme une crêpe contre un 38 tonnes.

En remerciement, Renato entame a cappella 25 Minutes to Go, de Johnny Cash. L’histoire d’un condamné à mort qui égraine les vingt-cinq dernières minutes de sa vie.

Johnny Cash – 25 Minutes To Go

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

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