L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski – Romain Slocombe

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (La Bête noire)
Genre : Historique
Personnage principal : Léon Sadorski, chef de brigade de voie publique à la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux

Nous sommes en 1942, la France est occupée par les troupes allemandes. À Paris la police française collabore avec les forces d’occupation nazies. Elle est chargée, entre autres, du contrôle du port de l’étoile jaune par les juifs, ordonné par les Allemands. Léon Sadorski, chef de brigade aux Renseignements généraux, est affecté au Rayon juif. Il déploie beaucoup de zèle dans la vérification et la détection des juifs, surtout des juives, qui ne respectent pas la consigne. Il jouit de la crainte et de la peur qu’il suscite et abuse de son statut de policier, la conscience parfaitement tranquille. C’est aussi un enquêteur. Il va être chargé de la recherche des auteurs de l’attentat du bar-tabac Chez Moreau qui visait les Brigades spéciales. Spéciales surtout par les tortures et les traitements brutaux infligés dans les salles d’interrogatoire. Sadorski aura aussi la chance de découvrir, dans une forêt de banlieue, le cadavre d’une femme nue. Là aussi il va mener l’enquête. Une des autres occupation de notre homme est de participer à la rafle du Vél d’Hiv. Un collabo exemplaire Léon Sadorski !

Ce livre retrace des événements historiques relativement récents (1942) et bien connus qui ont fait l’objet d’une littérature abondante sur laquelle s’appuie l’auteur. La forme du roman permet à l’auteur de situer ces événements au niveau des personnages. Le choix de Slocombe a été de se placer à la hauteur d’un policier français, collaborateur convaincu, raciste, antisémite, anticommuniste et pervers : Léon Sadorski. C’est un choix audacieux de faire d’un tel salaud un héros de roman et même de plusieurs romans. Je n’ai pas lu le premier tome, L’affaire Léon Sadorski, je ne lirai pas le(s) suivant(s). Ce n’est pas pour fermer les yeux sur un passé honteux de l’histoire de France mais je trouve qu’il y a une forme de masochisme à ressasser à longueur de temps les turpitudes de certains Français de l’époque. D’autant plus qu’aucun personnage positif ne vient contrebalancer la noirceur des principaux acteurs. Même les résistants n’obéissent pas à des objectifs nobles. Il y a soit des persécuteurs, soit des victimes. De ce fait la lecture du livre m’a parue assez pénible. Plus de 550 pages difficiles à avaler, truffées de documents d’archives publiés intégralement, de notes de police, de témoignages, de fiches des juifs, de listes de noms, de noms des rues de l’époque, des commissions rogatoires … Bref, des longueurs pas vraiment utiles dans le cadre d’un roman.

C’est le deuxième volet des aventures de Léon Sadorski. Il y en aura probablement un troisième, les trilogies sont à la mode. Espérons que ça s’arrêtera là, que nous n’aurons pas droit à la tétralogie, à la pentalogie …

Au crédit de l’auteur je mettrai le fait qu’il se soit tenu au plus près de la vérité historique et qu’il a dû faire des recherches importantes pour cela. Et aussi un talent indéniable pour décrire la noirceur humaine et la bassesse des hommes dans des temps difficiles.

L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski est un roman historique particulièrement bien documenté qui s’attarde sur les atrocités commises par l’administration française en 1942. La mise en avant d’un héros détestable ne procure pas un énorme plaisir de lecture mais rappelle opportunément que la bête immonde n’est pas si loin.

Extrait :
Un nouveau défilé d’autobus longe le trottoir du Vél’d’Hiv, cerné de gardes mobiles et entouré de petits groupes de badauds. Les gendarmes ont reformé la double haie, des familles montent sur les plates-formes. Il y a une intense bousculade. Sadorski observe en grignotant machinalement une madeleine. Il remarque le manège d’une femme qui tient un nourrisson dans ses bras. Elle s’approche le plus possible de la haie d’uniformes noirs, jette un regard pressant à une Française parmi les spectateurs. Les gendarmes font ce qu’ils peuvent pour contenir la foule. La Française et la Juive ne sont plus qu’à un ou deux mètres l’une de l’autre, la seconde ballottée par les mouvements de la masse des internés extraits du centre sportif, et des hommes armés qui viennent de former une chaîne. La bousculade augmente ainsi que les cris, les pleurs, les vociférations. La mère jette prestement le bébé à l’autre femme, qui le récupère.
Les gendarmes n’ont rien vu, il n’y a que Sadorski. Il étudie cette Française, vêtue d’une robe et d’une cape sombres. Un petit crucifix en argent brille à son cou. Elle s’éloigne comme si le bébé était le sien, le serrant contre sa poitrine sous la cape. Traverse la rue en diagonale pour se rapprocher de la Seine. La Juive, les bras vides, entre deux gendarmes, pleure. On la pousse dans l’autobus. Sur le trottoir opposé, la Française ouvre soudain sa cape, retourne le nourrisson pour le positionner face à la mère. Sourit à celle-ci. Un sourire calme, accompagné d’un long regard, comme pour lui inspirer confiance. Serrée sur la plate-forme, l’internée regarde la femme à qui elle vient d’abandonner son enfant. Puis à nouveau le bébé. Une dernière fois.

Niveau de satisfaction : 
(4 / 5)

 

 

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