Les chiens de Détroit – Jérôme Loubry

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Calmann Lévy)
Genres : Enquête, roman noir
Personnages principaux : Sarah Berkhamp et Stan Mitchell, policiers à Détroit

Sarah Berkhamp et Stan Mitchell mènent une opération policière dans le but d’arrêter Simon Duggan, soupçonné d’enlèvements et de meurtres de plusieurs enfants. Duggan attend, tranquillement assis, l’intervention des policiers. Quand ceux-ci se présentent il leur déclare simplement : «Aidez-moi. Vous êtes ma rédemption.» Cette demande énigmatique n’ébranle pas la conviction des policiers : l’homme appréhendé est bien celui que les médias ont surnommé le Géant des brumes en rapport à la légende du Moyen Âge : « Chaque nuit, lorsque la lune voilée par les nuages n’éclairait qu’à moitié et que la brume humide léchait les maisons, il venait enlever les enfants qu’on ne revoyait jamais.» Le criminel n’a été aperçu que furtivement mais on sait qu’il est de grande taille, d’où son surnom. Il est accusé de la mort de sept enfants et de la disparition de cinq autres. Il avait déjà sévi quinze ans plus tôt avant de totalement disparaître. Personne n’était parvenu à l’identifier. Il a repris sa macabre activité dernièrement, mais là on a réussi à le coincer. Cependant l’histoire n’est pas finie, il reste bien des mystères à éclaircir.

L’intrigue est complexe et fort bien construite pour ménager le mystère et le suspense. C’est une gageure pour l’auteur de réussir à faire preuve d’originalité sur une sujet rebattu, celui du tueur en série. Dès le début nous sommes perplexes devant l’attitude et la demande du criminel. Longtemps persistent l’incertitude et le sentiment que quelque chose n’est pas clair, qu’une partie importante de l’histoire nous échappe. Et, effectivement, la dernière partie va totalement bouleverser notre vision des événements. C’est très habilement réalisé. L’auteur possède la malice nécessaire pour mener le lecteur en bateau et mieux le surprendre à la fin.

L’intrigue est bien servie par les deux personnages de policiers. Stan, est surnommé Molosse, à cause de sa réputation de ne jamais rien lâcher, tel un chien avec son os. Pourtant malgré sa détermination, quinze auparavant, il n’a pu arrêter le Géant des Brumes. Il ne s’en est jamais vraiment remis. Maintenant que ce monstre réapparaît, il est prêt à tout pour ne pas échouer une seconde fois. Il travaille sur l’enquête jour et nuit. L’alcool l’aide à tenir le coup. Quant à Sarah, elle est perturbée par ses impressions : ces voix que personne d’autre qu’elle ne perçoit. Des hallucinations auditives mineures d’après les spécialistes. Elle souffre également de sa non maternité. Elle n’arrive pas à avoir un enfant. Elle traverse des périodes de dépression. Ces deux personnes en souffrance vont se trouver et s’unir dans la traque du meurtrier d’enfants.

Le cadre du roman est la ville de Détroit. Une ville qui a connu la gloire du temps où l’industrie automobile était florissante. Maintenant c’est une ville sinistrée que les habitants fuient. Les bâtiments et les maisons sont laissés à l’abandon. Détroit : le contre-exemple du rêve américain. C’est dans ce décor de décrépitude que des enfants disparaissent et sont assassinés. La pluie et la brume ajoutent à cette toile de fond une ambiance crépusculaire propice à la réapparition d’un personnage de légende maléfique.

Pour un premier roman Jérôme Loubry fait preuve d’une maîtrise remarquable tant sur l’intrigue que sur les personnages et l’ambiance. L’ensemble fait de ce livre une belle réussite. C’est un excellent roman noir.

Extrait :
Mais ses paroles restèrent suspendues dans l’air climatisé de la salle. Simon les laissa virevolter sans y prêter attention, ou même y répondre. D’ailleurs, ces mots furent prononcés sans intonation précise. Le policier assis face à lui les avait lancés tel un constat. Inamovible. Définitif. La ville entière autour d’eux était en proie au délire. Les habitants fuyaient Détroit. Le nombre de sans-abri augmentait de manière délirante. Les politiciens baissaient la tête, car ils ne trouvaient aucune solution, les familles transportaient leurs valises et leurs idéaux vers un ailleurs aussi flou qu’utopique… La folie fut de penser que cela passerait, que les premières secousses n’étaient en aucun cas les prémices d’une crise plus importante. L’erreur fut de croire que ce « délire » retrouverait sa raison.

Niveau de satisfaction :
(4,2 / 5)

 

 

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