Message personnel – Arne Dahl

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2011 (Viskleken)
Date de publication française : 2014 (Actes Sud, Babel Noir)
Genre : Enquête internationale
Personnage principal : Paul Hjelm, chef du groupe Opcop

C’est mon troisième Arne Dahl. J’ai été charmé par le premier, Misterioso; puis, Jusqu’au sommet de la montagne m’a semblé aussi solide mais un peu laborieux. Je dirais un peu la même chose de Message personnel.

Europol crée une unité opérationnelle internationale pour faire face au crime organisé, qui s’est aussi internationalisé. Le nouveau groupe est constitué de représentants des plus grands pays européens : Opcop compte sur 11 collaborateurs expérimentés, spécialisés dans les luttes anti-mafia, la délinquance économique, la criminalité électronique… En principe, ils peuvent aussi demander la collaboration de la police locale.

Au moment où se tenait à Londres un sommet du G20, un homme est frappé à mort par une automobile et s’effondre dans les bras d’un membre du groupe en lui murmurant un message en langue étrangère. Puis, une jeune femme est assassinée et on découvre, dissimulé dans son rectum, un message crypté adressé au groupe Opcop, dont l’existence est pourtant secrète.

La première enquête du groupe est déclenchée : les agents se démèneront de New York à Riga, de Stockholm au sud de l’Italie. Pédophilie sur le net et trafic d’enfants, déménagements et déversements de produits toxiques dans la mer Baltique, circulation de drogues, entreprises privées de sécurité qui dissimulent des contrats de meurtres exécutés par des mercenaires, stratégie d’enrichissement personnel par la ruine économique de pays politiquement et moralement discrédités : c’est tout cela qu’affronte en même temps Opcop, et on comprend que le groupe y perdra des plumes.

On comprend aussi que le travail prend bien du temps et bien des pages. Malgré la liste de la douzaine de membres d’Opcop, affichée dès le début, le lecteur aura intérêt à prendre des notes, parce que le nombre de personnages ne s’arrête pas là. Le nombre de missions non plus; c’est comme si nous lisions plusieurs romans en même temps. On finit par connaître un peu les membres d’Opcop, mais pas assez pour qu’on s’y attache vraiment.

Les médias électroniques jouent un rôle important dans la cueillette et l’interaction des informations; cet aspect magique aide plus les enquêteurs que les lecteurs débordés de renseignements. Toutes ces données seraient plus facilement absorbables dans un film. Sans doute serait-il aussi plus aisé de reconnaître les spécialités de chacun, l’image livrant d’un seul coup l’équivalent de bien des pages. Depuis Les canons de Navarone ou Les sept mercenaires, l’attrait d’un groupe de spécialistes continue de fasciner autant, à condition que la complémentarité des différences soit bien rendue. Le roman est trop touffu pour y parvenir. J’ai l’impression que Dahl n’a pas eu le temps de faire bref.

Message personnel n’en a pas moins reçu le prix du meilleur roman policier suédois de 2011. Peut-être parce que la description du caractère international de la criminalité est pertinente dans la mesure où ces réseaux criminels sont complexes eux aussi. Pour ma part, je relirai probablement les cent dernières pages pour être certain que j’ai bien compris les ramifications de cette organisation criminelle qui rassemble associations pédophiliques suédoises, mafia italienne, triades chinoises et banquiers américains.

Extrait :
– Au fond, c’est très simple, continua Paul Hjelm. La criminalité internationale est en train de nous échapper. Pour avoir la moindre chance de faire face à une criminalité organisée qui, désormais, ne se cantonne jamais à l’intérieur des frontières d’un seul pays, la police doit elle aussi devenir plus internationale. Nous sommes tout simplement les pionniers, l’avant-garde, les éclaireurs. Nous devons prouver qu’il est possible de mener à bien une enquête de police au niveau européen.
Il s’interrompit et promena son regard bleu sur son auditoire. Les policiers expérimentés venus des quatre coins de l’Europe échangèrent des regards pour le moins sceptiques. C’était prévisible. Il espérait juste que son regard ne trahissait pas trop son propre scepticisme.
Ce fut bien entendu Corinne Bouhaddi qui résuma l’impression générale :
– Mais enfin, comment faire pour mener une enquête en cachette ?
– Excellente question, dit Paul Hjelm. Il n’est pas question de se cacher. Juste de ne pas clamer sur les toits l’existence du groupe Opcop. Mis dos au mur, nous devons pouvoir nous référer à nos autorités de tutelle nationales. Vous recevrez des directives plus précises par mail dans la matinée.
– Serons-nous armés ? demanda la Roumaine Lavinia Potorac.
Elle aimait beaucoup les armes.
– Pour mener des enquêtes complexes, nous devons avoir la possibilité d’être armés, donc la réponse est oui. Mais nous devons être bien conscients de l’enjeu : on risque de sortir du cadre de la routine si des coups de feu venaient à être tirés. Ma mission est d’empêcher qu’on puisse remonter jusqu’au groupe, mais il n’est pas certain que ce soit toujours possible.

Riga et la Baltique

Niveau de satisfaction : 
(3,7 / 5)

 

 

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