Le cheptel – Céline Denjean

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Marabout)
Genres :
Policier, enquête, thriller
Personnages principaux : Éloïse Bouquet, capitaine de gendarmerie à Toulouse – Bruno verdoux, jeune garçon de 13 ans – Louis Barthes, septuagénaire à la recherche de ses origines – Anne Poey, socio-anthropologue et grande prêtresse Virinaë

Une fille sans identité a été abattue comme un chien d’une balle de fusil dans le dos. Son cadavre a été retrouvé au bord d’une route peu fréquentée de Lozère. Ce qui est étrange c’est son look du Moyen-Âge : sandales faites main, vêtements solides et grossiers, jambes poilues, soins dentaires d’une autre époque. Ce meurtre est relié à celui de six autres personnes également non identifiées. Les victimes avaient en commun la même constitution athlétique, le même style de tenue vestimentaire, le même genre de dossier dentaire. C’est ce que le capitaine Merlot d’Interpol apprend aux enquêteurs. Il est sur le dossier depuis 15 ans. Les indices laissent à penser à un trafic d’êtres humains et à une chasse à l’homme (à la femme dans le cas présent). L’enquête des gendarmes gardois les conduira jusqu’à Toulouse où ils vont collaborer avec l’équipe du capitaine Éloïse Bouquet. Devant l’ampleur de l’affaire, la gendarmerie va y mettre les moyens : la cellule TEH (Trafic d’Êtres Humains) sera constituée, avec la participation d’Interpol. C’est vers les Pyrénées que va s’orienter l’enquête.
Pendant ce temps Louis Barthes, ancien notaire septuagénaire, découvre ahuri, son propre acte de décès dans sa maison d’enfance, en classant les papiers de son père. Il va alors partir à la recherche de sa vraie identité. Cela le conduira dans les Pyrénées.
Dans les Pyrénées, le jeune Bruno Verdoux, va tomber malencontreusement dans un torrent. Il sera porté disparu malgré les recherches. Il s’en sortira avec beaucoup de chance pour atterrir dans un endroit qui semble hors du temps.

Les Pyrénées, tout converge vers elles. C’est là aussi que l’histoire se dénouera, comme dans le précédent roman de l’auteure La fille de Kali. C’est la région de prédilection de Céline Denjean. Pas étonnant qu’elle la choisisse comme cadre de ses romans, surtout quand il faut trouver un décor sauvage, imposant et austère.

L’intrigue, relativement complexe, se développe sur trois branches : l’enquête de la gendarmerie, la recherche des origines de Louis Barthes et l’arrivée accidentelle du jeune Bruno dans un lieu oppressant où le temps semble s’être arrêté. Ces diverses ramifications vont finir par se rejoindre dans la dernière partie. C’est habilement construit et parfaitement équilibré.

Le roman est dense, il aborde plusieurs thèmes :
– La manipulation mentale
– Le trafic d’êtres humains
– L’oisiveté et la recherche de sensations fortes de jeunes dégénérés, fils ou filles à papas riches.
– Le dark web, le web qui permet d’échanger de façon anonyme des contenus souvent illégaux.

Les personnages sont nombreux, que ce soit les personnages principaux ou les secondaires. Ils sont attachants, sauf les méchant(e)s bien sûr. S’il fallait faire une critique ce serait que la maturité et la capacité de réflexion des adolescents a été un peu surévaluée, surtout celles des filles qui n’ont connu qu’un milieu fermé, vivant en complète autarcie et adorant une mère-déesse. La remise en question de leur façon de vivre, leur ouverture d’esprit et leur rapide évolution me paraissent un peu miraculeuses. On pardonnera cette petite exagération répondant aux besoins du roman, quand l’action doit avancer. Il faut reconnaître à l’auteure a un talent particulier pour camper des personnages de femmes, résultat d’un mélange explosif d’intelligence et de folie : c’était Nilin Hartmann dans La fille de Kali, c’est Anne Poey dans Le cheptel. Elles sont démoniaques !

Dans ce gros roman de 650 pages on ne s’ennuie jamais. Le rythme soutenu va en s’accélérant plus on avance dans le scénario. C’est un thriller palpitant dans la partie finale. La situation à la dernière page du roman peut laisser supposer que l’auteure s’est ménagé une suite à cette histoire. Je ne serais pas surpris de retrouver Éloïse Bouquet et Anne Poey dans un prochain roman.

Le cheptel est un excellent thriller, dense, touffu et toujours captivant.

Extrait :
Il avait fallu des heures entières de discussion pour que la jeune fille commence à se représenter la manipulation dont le cheptel faisait l’objet. Virinaë constituait pour chaque membre de la communauté un repère fixe et tellement fort que l’idée de sa corruption était presque insoutenable. Bruno avait gagné du terrain pas à pas, par la force du raisonnement et l’évidence de sa bienveillance. Progressivement, face au flot de questions qui demeurait sans réponse, Élicen avait commencé à mesurer l’étendue de ignorance. Son visage s’était fermé au fil de l’échange, ses traits s’étaient crispés et les larmes lui étaient montées aux yeux. Elle comprenait peu à peu la gravité des lacunes de leur pensée grégaire et l’étendue de la duperie qu’un cerveau normalement formaté aurait dû détecter. Il y avait dans ce processus de révélation une dimension terriblement humiliante pour elle, et à maintes reprises Bruno avait dû masquer son effarement pour ne pas ajouter à l’intensité du drame.

— Avez-vous jamais entendu la chanson de Reggiani, « Quand la guerre sera finie » ? reprend-elle en levant un sourcil ironique. Elle est inspirée d’une histoire vraie, le saviez-vous ?

Serge Reggiani – Quand la guerre sera finie


Niveau de satisfaction :
(4,3 / 5)

 

 

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