La fille de Kali – Céline Denjean

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 chez Marabout
Genres :
Enquête, thriller
Personnages principaux : Éloïse Bouquet, capitaine de gendarmerie – Amanda Kraft, journaliste – Danny Chang, détective privé – Nilin Hartmann, jeune femme d’origine indienne

Toulouse – Avril 2013 – Dans une grande maison de Vieille Toulouse deux gendarmes découvrent un cadavre sans tête au dessus duquel on a dessiné un swastika, la croix gammée; au pied du lit on a retrouvé des pétales de fleurs, des fruits et quelques pièces de monnaie. Par contre, aucune trace de la tête de la victime. Les gendarmes sont perplexes jusqu’à ce qu’un deuxième meurtre, entouré du même rituel macabre, soit signalé dans le département voisin, le Gers. Les analyses montrent que c’est une femme qui a agi. Une tueuse en série ? D’autres macchabées, ayant subi le même sort accompagné du même cérémonial, viendront confirmer cette crainte. Amanda Kraft, une journaliste pleine d’ambition, va voir dans ces événements une occasion de faire un scoop et d’enfin s’imposer comme la grande journaliste d’investigation qu’elle rêve de devenir. Elle va mener sa propre enquête. Pendant ce temps Danny Chang, ancien flic reconverti en détective privé, est sollicité pour prouver que le suicide d’un homme, retrouvé mort dans une gravière, n’en était pas un. Sans le vouloir l’enquête du détective va télescoper celle des gendarmes et de la journaliste.

L’auteure situe l’intrigue dans sa région d’origine : Toulouse, la Haute-Garonne et ses départements limitrophes : Gers, Tarn-et-Garonne, Hautes-Pyrénées. Mais elle nous amène aussi faire une promenade au cœur de l’Inde traditionnelle. Ce mélange de local et d’exotique donne au roman un côté mystérieux, accentué par l’étrangeté des crimes perpétrés. Quand on habite soi-même la région qui sert de cadre au livre, c’est un plaisir supplémentaire de connaître les villes, les rues, les villages, les lieux où se déroule l’action. Mais ce n’est pas vraiment nécessaire pour apprécier l’histoire.

La première moitié du roman se présente comme une enquête classique ou plutôt trois enquêtes : celle des gendarmes, celle de la journaliste et celle du détective privé. Là le rythme est assez lent. On analyse les indices, on fait des recoupements, on avance pas à pas, précautionneusement. Puis tout s’accélère, la pression se fait intense quand les cadavres se multiplient et qu’on s’approche de la criminelle. La dernière partie tourne au thriller haletant dans un final à couper le souffle. Un rythme qui va crescendo donc, parfaitement maîtrisé par l’auteure.

Les personnages sont intéressants même si certains ne sont pas totalement originaux. Éloïse, est capitaine de gendarmerie. Trentenaire, elle est ambitieuse et décidée mais aussi fragile et parfois accablée par le doute. La journaliste Amanda, elle ne doute pas beaucoup. Elle a les dents longues et n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour obtenir des informations. Le Privé Danny Chang, ancien flic, a la carrure d’un pilier de rugby. Son côté ours mal léché ne l’empêche nullement d’être efficace. La tueuse Nilin, détestée par sa mère, s’est trouvée une nouvelle maman dans la déesse Kali, une déesse puissante, agressive et dominante qui la protège contrairement à sa vraie mère.

La fille de Kali est un excellent thriller au rythme maîtrisé mettant en scène une tueuse inspirée par une déesse de l’hindouisme. Un livre qui tient le lecteur en haleine. Un côté mystique assez troublant. Frissons garantis.

Céline Denjean est née à Toulouse en 1974, et a grandi dans les Hautes-Pyrénées. Après des études de droit dans « la ville rose », elle cède à son attrait pour la psychologie et les sciences humaines en intégrant la formation d’Éducatrice Spécialisée. Depuis huit ans, elle est chef de service auprès de jeunes présentant un handicap mental et elle consacre son temps libre à sa passion : l’écriture. En 2015 elle publie son premier roman : Voulez-vous tuer avec moi ce soir ? En 2016 c’est La fille de Kali. À paraître en 2017 : Le Cheptel.

Extrait :
La femme approcha en poursuivant sa danse hypnotique et macabre. Moulée dans une combinaison intégrale bleu sombre, le visage également fardé de bleu avec un point rouge dessiné sur le front entre deux yeux aussi verts que l’émeraude et des dizaines de bracelets indiens en or autour des poignets et des chevilles. Un collier de crânes miniaturisés en ivoire pendait autour de son cou et une ceinture de bras du même effet ornait sa taille. À chacun de ses mouvements, les bras et les crânes cognaient les uns contre les autres dans des claquements mats qui contrastaient avec les bruits plus tintinnabulants des bijoux. Amanda sentit son ventre se contracter douloureusement sous l’effet d’une peur viscérale. Elle songea un instant à la chanson déjantée de Patti Smith, « Ghost Dance », et réprima une terrible envie de hurler en voyant l’apparition se rapprocher dangereusement. Le monstre de folie qui se tenait dressé devant elle s’arrêta tout près.

Patti Smith – Ghost Dance

Déesse Kali

Ma note : 4.25 Stars (4.25 / 5)

 

 

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