Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent message

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2016 (Seuil) – 2017 (Points)
Genres : Science-fiction, conte philosophique
Personnage principal : Malo Claeys, employé dans un ministère

Dans un futur indéterminé, les hommes ne sont plus les maîtres du monde. Ils ont été supplantés par une civilisation venue de l’espace. Il y a eu affrontement, les hommes ont été soumis. Les nouveaux maîtres ont classé les humains en trois catégories : – ceux qui travaillent pour eux – ceux qui leur tiennent compagnie – et ceux qu’ils mangent. Exactement comme jadis les hommes considéraient les animaux. Malo Claeys a sauvé une femme humaine d’élevage de la boucherie. Il en a fait une femme humaine de compagnie, de façon illégale. Il l’a appelé Iris, il s’y est attaché. Aussi quand Iris, profitant d’un peu de liberté, sort de l’appartement et se fait renverser par une voiture, Malo est d’autant plus contrarié qu’à l’hôpital on exige des papiers officiels pour la soigner. Or Iris est une clandestine sans papiers car à l’origine elle était destinée à l’élevage et à la consommation. Pour la sauver, Malo va tout tenter et s’enfoncer davantage dans l’illégalité.

L’histoire commence tranquillement, on ne sait pas que c’est un extraterrestre qui la raconte. Peu à peu on se rend compte qu’il y a quelque chose d’étrange et d’inquiétant dans sa façon de voir. Ainsi petit à petit nous découvrons que les humains sont asservis par une race supérieure qui a d’abord sauvé la terre de la destruction. On progresse ainsi jusqu’à atteindre l’horreur lors de la description du sort réservé aux humains d’élevage, le même que celui infligé par les hommes aux animaux, avant la venue des démons, comme les nomment les hommes. Il faut dire que ces démons venus de l’espace ressemblent étrangement aux humains dans leur façon de se considérer les maîtres et d’opprimer toutes les autres créatures vivantes. Cependant certains d’entre-eux militent pour adoucir la condition humaine, d’autres au contraire se demandent s’il ne vaudrait pas mieux éradiquer complètement les humains pour préserver les ressources de la terre. Le débat fait rage, il est passionné. Et finalement, c’est l’argent et la corruption qui l’emportent. Ces démons sont vraiment une espèce mimétique qui adopte rapidement les façons de vivre de l’endroit qu’ils ont investi !

Ce roman de science-fiction est aussi un conte philosophique qui permet à l’auteur de dénoncer l’irresponsabilité de ceux qui détruisent ou polluent les ressources de la planète jusqu’à créer leur propre perte. Il met aussi en évidence la cruauté avec laquelle l’espèce dominante traite les autres. Finalement les hommes ne méritent-ils pas de subir ce qu’il font subir aux autres êtres vivants ?

Défaite des maîtres et possesseurs est un livre troublant, parfois dérangeant, qui fait réfléchir sur notre position au sommet de l’échelle du vivant, peut être pas acquise pour l’éternité.

À noter que le titre reprend la formule de Descartes dans le Discours de la Méthode :
« … et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. »

Extrait :
« Un dernier mot. Une question simple à laquelle je ne résiste pas. Pourquoi nous faudrait-il prendre des gants avec cette espèce qui, elle, n’a jamais cherché à moraliser ses rapports avec les autres ? Car vous savez bien que les hommes, en leur temps, ne faisaient pas autant de manières avec leurs animaux. Pourquoi mettrions-nous, à notre propre détriment, un point d’honneur à nous montrer moraux avec cette espèce immorale ? Parce que nous leur sommes supérieurs ? Mais les tenants de cette réforme disent eux-mêmes que cette supériorité est relative et ne nous autorise pas à nous ranger à part. Alors. De deux choses l’une. Soit nous leur sommes de beaucoup supérieurs, et il n’y a pas de raison de nous soucier outre mesure de leurs besoins et de leurs intérêts. Soit nous ne le sommes pas tant que ça, et alors il serait malvenu, incongru, purement idéologique de nous en demander plus à nous qu’ils ne s’en sont jamais demandé à eux-mêmes. »

Niveau de satisfaction : 
(4,2 / 5)

 

 

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