Colibri – Michael Draper

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Leméac)
Genres : Aventures, enquête
Personnages principaux : Lara O’Malley et Réal Beauregard

J’ai déjà rendu compte de Mafia Blues, L’Invité et Le 489. Draper est un auteur original : expert en coopération internationale, il a beaucoup voyagé, des Seychelles à l’Australie, et il a vécu en Asie du Sud-Est, en Afrique et dans les Caraïbes; ces expériences lui servent d’aide-mémoire et de toile de fond pour ses romans. C’est maintenant l’ex-agente de la CIA Lara O’Malley qui est au centre des aventures, assistée de Réal Beauregard, tueur à gages au grand cœur qu’on a connu dans Mafia Blues et dans L’Invité.

Lara est chargée par les hautes autorités de la police de Bangkok d’assassiner la Femme sans nom, alias Leo, dirigeante d’une puissante organisation criminelle qui sévit dans le Sud-Est asiatique. Son ami-amant Réal accepte de lui donner un coup de main. De Singapour au Laos, et grâce au concours de plusieurs alliés occasionnels, Lara et Réal mettent au point les détails de leur attentat. Par ailleurs, Lara a de bonnes raisons de penser qu’une fois la cible éliminée, elle sera pourchassée par les triades asiatiques aussi bien que par les dirigeants de la police de Bangkok : l’organisation de leur fuite doit être planifiée aussi précisément que le projet d’assassinat.

On ne doit pas s’attendre à une suite d’aventures palpitantes avec d’énervants et inattendus rebondissements. Draper s’inspire plutôt d’un style chirurgical : comment s’opère la mise au point d’un assassinat risqué, quelles en sont les principales étapes, quels outils seront utilisés compte tenu du contexte, quels lieux privilégier, quelles sont les habitudes du client… ? Le lecteur est un peu en position d’étudiant qui consulte un document; la plupart du temps, il n’est pas mis directement en contact avec l’action; les informations que collectent et analysent Lara et Réal leur parviennent au cours de conversations ou de courriels. De plus, comme c’est Lara qui raconte une bonne partie de l’histoire, nous sommes en relation avec le récit plutôt qu’avec les choses mêmes. Le lecteur n’est pas jeté dans l’action. Il n’a donc pas besoin de retenir les noms des nombreux personnages et organisations criminelles qui surgissent dans le récit. Et, comme l’histoire semble racontée un peu après coup, nous ne nous en faisons pas trop avec nos deux personnages principaux, dont on se doute bien qu’ils vont s’en sortir.

L’intérêt est maintenu grâce aux connaissances géographiques et techniques de Draper. Le repos des guerriers aux Iles Moluques nous rappellent le climat enchanteur des Seychelles (Mafia Blues) mais, pour l’essentiel, les petites villes du Laos sont loin de constituer des attraits touristiques, polluées qu’elles sont par les lieux de toutes les débauches gérés par des bandes cruelles peu fréquentables. Côté technique, plusieurs types d’armes sont décrits avec minutie, de même que les véhicules recommandés pour ces routes ingrates et l’hélicoptère que Leo doit emprunter et qui servira de cible au moment opportun. Draper insiste aussi sur le rôle des pourboires qui ouvrent toutes les portes et qui rendent définitivement plus facile la mission de nos deux héros.

Bref, on sortira de ce roman pas nécessairement plus ému, mais à coup sûr plus instruit.

Extrait :
– Nous disposons maintenant de toutes les armes qui pourraient nous être utiles, quelle que soit la tournure des événements. Mais le plus important reste à faire : Reconnaître les lieux et développer des scénarios plausibles en prévision de l’élimination de Leo, une fois qu’elle sera là; repérer les endroits où elle ira et d’où elle repartira, mais aussi le lieu précis où elle dormira; et savoir comment il sera possible de la piéger, et à quel moment de la journée. Tout devra être réglé au quart de tour, car la visite de la 489 du Hai San sera de courte durée : deux, peut-être trois jours.
– Mon partenaire et moi entreprenons de parcourir, lui en voiture et moi à moto, à plus de cinq cents mètres l’un de l’autre, la route qui mène de Huay Xai à Ton Pheung. Au-delà du premier kilomètre, récemment asphalté, la route qui longe le fleuve n’est plus qu’une large bande de latérite sur laquelle roulent les autocars transportant par milliers les joueurs venus du Yunnan via le poste frontalier de Boten. Nous filons tout droit et, sur vingt-cinq kilomètres, je ne vois aucun uniforme : ici, rien n’indique que le pays vit à l’heure de la dictature. Puis, en approchant de Ton Pheung, la population se fait légèrement plus dense et chaque drapeau rouge du parti communiste laotien jouxte une oriflamme rouge et verte annonçant le Casino et ses dépendances. Étonnamment, aucune présence policière ne se manifeste là non plus, et les passants, sans doute des travailleurs birmans font paisiblement le trajet entre le Casino ou le Shangri-La Palace et leur quartier résidentiel.

Investissement chinois à Ton Pheung

Niveau de satisfaction : 
(3,7 / 5)

 

 

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