Mafia Blues – Michael Draper

Par Michel Dufour

mafiabluesDate de publication originale : 2012 (Klemt édition) Draper
Genres : Description psychosociologique, thriller
Personnages principaux : Réal Beauregard, tueur à gages sympathique
Site de l’auteur : Michael Draper

C’est le troisième roman commis par Michael Draper en trois ans. Je n’ai pas lu les deux premiers, mais Spehner avait souligné les qualités du premier, Jazz cool et morts subites. Formé en sociologie et en administration, Draper est expert-conseil en développement international. De là, sans doute, sa connaissance de plusieurs pays, pour nous un peu exotiques : Australie, Singapour, les Seychelles… où tentent de vivre dans le luxe, le calme et la volupté son héros Réal Beauregard et sa conjointe (sa blonde, dirait Réal) Rosalie.

Réal Beauregard est un tueur à gages et un joueur de contrebasse, grand admirateur de Mingus. C’est parce qu’il est si compétent dans son premier métier qu’il n’a pas beaucoup de temps pour développer ses habiletés musicales. Reconnu pour tuer sans laisser de traces, Beauregard a reçu quelques commandes du parrain de la mafia sicilienne à Montréal, Big Joey Scalpino. Mais Beauregard n’accepte de tuer que des malfrats qui le méritent. D’où le début de ses problèmes quand il refuse d’honorer un contrat qu’il avait accepté : assassiner la jolie Rosalie qui s’est enfuie après avoir dérobé une somme d’argent considérable à Big Joey, destinée à payer pour une importation de drogues. Beauregard la retrouve mais, au lieu de la tuer, lui confie la nature de sa mission : les deux tombent en amour et, dorénavant, sillonneront le monde pour fuir la douzaine de tueurs que le parrain envoie à ses trousses.

Dans Mafia Blues, Rosalie et Réal sont installés en Australie, mais Réal vient d’accepter un contrat d’une très séduisante, mais ambitieuse, aventurière : il a éliminé son mari, un triste sire, mais est maintenant soumis à un chantage mené impitoyablement par la veuve, pas du tout éplorée. On commence à comprendre pourquoi il n’a pas tellement le temps de développer son potentiel artistique, d’autant plus qu’il joue de la contrebasse, ce qui passe moins inaperçu que de la musique à bouche. Ne dévoilons pas comment il s’en sort; on le retrouve aux Seychelles via Singapour. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, quand une catastrophe s’abat sur lui : il s’avère que les sbires de Big Joey l’ont retrouvé grâce à un étrange hasard que la fin nous dévoilera. Réal doit rentrer au pays pour régler ses comptes en direct et au plus haut niveau.

Le roman est très bien écrit et se lit avec plaisir : écriture alerte avec une pointe d’humour souvent subtile, une vingtaine de chapitres d’une dizaine de pages qui nous baladent dans l’espace et dans le temps, sans qu’on puisse parler d’un polar géographique, et accent qui décrit la mentalité d’un tueur sympathique dans un univers mafieux, sans qu’on puisse parler de roman sociologique. En réalité, et c’est là l’originalité du roman et les limites du polar : ça se lit comme des mémoires que Beauregard aurait écrit dans ses vieux jours, les mémoires d’un petit gars de Saint-Tite qui a affronté le chef de la mafia sicilienne qui opérait au Québec. On le suit dans sa vie quotidienne; Draper a le souci du détail. Mais c’est comme si, en même temps, on ne sortait pas de sa tête. Le suspense est atténué parce qu’on sent bien que, s’il nous raconte tout ça, c’est qu’il s’en est sorti. Les quelques scènes d’action sont préparées d’avance, et souvent expliquées. Le lecteur suit tout ça avec un certain intérêt mais ne vibre pas vraiment. Intéressant plutôt qu’excitant. Ce n’est pas une critique à l’auteur, car je crois qu’il a parfaitement réalisé ce qu’il voulait; mais ça explique un peu mes réserves : comme dans le cas de la suédoise Karin Alvtegen qui écrit de très solides histoires de crimes, on a pratiquement plus affaire à une étude psychologique, une tranche de vie par lui-même d’un tueur à gages romantique et surdoué, qu’à un polar comme tel.

Souvent quand on vient de terminer la lecture d’une biographie bien faite, on se dit que ç’aurait pu faire un très bon roman, plus captivant que simplement divertissant et attachant (ce qui est quand même pas mal). C’est un peu l’impression que j’ai eue. Je suis pourtant loin de penser que Michael Draper soit un tueur à gages.

Extrait :
Nous écoulâmes des journées entières ensemble, à converser, mais surtout à regarder, à goûter, à sentir, à toucher, à écouter, très souvent main dans la main. Je me rendais très souvent compte de toutes les rationalisations, mais aussi des non-dits et des demi-vérités que je formulais en présence de ma dulcinée, et de cela, je n’étais vraiment pas fier.
Pendant que Rosalie, grande liseuse, se délectait des aventures loufoques que Donald Westlake faisait vivre à son héros Dortmunder et à ses petits camarades, j’écoulai des heures à phraser joyeusement sur ma contrebasse et me plongeai dans l’écoute attentive des compositions du prodigieux contrebassiste Charles Mingus, plus particulièrement de l’album The Black Saint and The Sinner Lady, enregistré bien avant ma naissance (p. 81-82)
 

Charles Mingus - The Black Saint and The Sinner Lady - Solo Dancer

 
 

Ma note : (3,5 / 5) mafiablues-amb

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