Cirque mort – Gilles Sebhan

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Éditions du Rouergue)
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Dapper, lieutenant de police – Ilyas, adolescent psychotique – Docteur Tristan, directeur du centre des enfants psychotiques.

Théo, le fils du lieutenant de police Dapper a disparu. Depuis des mois Dapper le recherche. En vain, mais il ne se résigne pas. Dans la ville où il officie, dont on ne sait rien, il se passe des événements aussi étranges qu’inquiétants : tous les animaux d’un cirque installé pour Noël ont été abattus à la hache. Quand on a demandé aux gens qui avaient vu les animaux morts de dessiner la scène, Théo a écrit sur son dessin « Cirque mort ». Peu de temps après ce massacre deux adolescents ont disparus. Leurs cadavres sont retrouvés, grossièrement maquillés pour ressembler à des animaux. Les recherches de Dapper l’emmènent à un hôpital pour enfants psychotiques dirigé par le docteur Tristan. Ce médecin a développé une théorie selon laquelle le pouvoir passerait aux mains des anormaux qui ont des facultés plus étendues que les normaux. Il considère ses protégés comme des êtres supérieurs. Parmi ses petits insensés, comme il les appelle, il y a Ilyas qui a des visions. Théo et Ilyas se connaissaient, ils étaient amis. Dans une de ses visions Ilyas a vu Théo. Pour Dapper c’est une piste pour retrouver son fils. La seule à laquelle il peut se raccrocher.

Cirque mort est un polar bien singulier. L’intrigue est relativement classique de prime abord : un policier enquête sur la disparition de son fils qui s’ajoute à d’autres disparitions. Mais très rapidement le roman bascule dans une ambiance étrange à la limite de la réalité et du paranormal. Il y a le massacre des animaux du cirque, les visions d’Ilyas, la mise en scène des cadavres. Et surtout il y a les théories du docteur Tristan. Ce ne sont pas des idées farfelues que l’on pourrait balayer d’un revers de main, des élucubrations de savant fou, comme on peut en trouver dans de nombreux romans. Il y a là matière à réflexion, cela en est même assez perturbant. Pour Tristan, les enfants dont il s’occupe sont des êtres exceptionnels qui n’ont pas perdu l’instinct et l’intuition de l’enfance, contrairement aux gens normaux. Il faut les aimer mais tout ce que les médecins sont capables de faire c’est d’infliger des médications et une pensée toute faite. Par une salutaire inversion, un jour ce sera les anormaux qui détiendront le pouvoir. Ce triomphe de la folie assurerait la survie de l’espèce compromise par les gens normaux qui finalement se conduisent de la façon la plus folle.

L’enquête policière n’est pas négligée mais elle est aussi un prétexte pour aborder d’autres thèmes tels que : la normalité et la folie, les traitements psychiatriques, les capacités paranormales. La différence et la transgression qu’elle entraine sont également des sujets abordées. Ainsi :
– les codes de la société sont évoqués au sujet des enfants qui ont un comportement anormal
– la norme sexuelle est questionnée par l’épouse de Dapper qui a une liaison homosexuelle
– les méthodes conventionnelles des soins psychiatriques sont remises en question par le docteur Tristan.

Cirque mort est un roman court (147 pages) mais il est dense et consistant. Il interpelle et bouscule les idées établies. Il est servi par une belle écriture. Polar complètement atypique, il étonne jusqu’aux dernières lignes de la dernière page par une conclusion inattendue.

Extrait :
Dans la demi-obscurité, le médecin pensa à tous ses grands prédécesseurs, se dit qu’il y avait là une situation inédite mais nullement inattendue. Il se fit encore une fois la réflexion attristée mais résignée de l’extrême naïveté des hommes. Il était vraiment temps d’en finir avec l’homo sapiens. Quelle erreur de langage d’ailleurs, car l’homme qui régnait sur la terre depuis maintenant des centaines de milliers d’années, ne savait rien : plus il se perfectionnait, plus il s’éloignait des merveilleux pouvoirs que recélait son cerveau. Au lieu de développer ses dons, l’homme n’avait eu de cesse de les déléguer à des objets qui finissaient par l’asservir. Bien sûr, le docteur Tristan se considérait comme un précurseur et en tant que tel, il n’espérait pas voir l’avènement d’un nouveau monde : son enseignement visait à préparer les esprits. Il devait bien admettre aujourd’hui que quelque chose avait échoué.

Niveau de satisfaction : 
(4,3 / 5)

 

 

Partager sur les réseaux sociaux
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Ce contenu a été publié dans Français, Remarquable, Roman noir, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.