Deux coups de pied de trop – Guillaume Morrissette

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2018 (Guy Saint-Jean)
Genre : Enquête
Personnage principal : Inspecteur Héroux

C’est le quatrième polar de Guillaume Morrissette mettant en vedette l’inspecteur Jean-Sébastien Héroux et son équipe; j’ai déjà rendu compte de L’affaire Mélodie Cormier (2015), Terreur domestique (2016) et Des fleurs pour ta première fois (2017).

À Trois-Rivières, Yves Quessy a tellement harcelé Élaine Proulx que la Cour a fini par lui interdire de communiquer avec elle. Une nuit de juin 2013, Vincent Brassard, le conjoint d’Hélène, téléphone à la police pour dire qu’il vient de tuer Yves Quessy. Les enquêteurs arrivent chez lui pour les interroger : Élaine dormait et elle fut réveillée par le bruit et les cris de son conjoint; Brassard raconte qu’il a entendu du bruit au bas de l’escalier, a aperçu Quessy, l’a affronté et assommé à mort. Habituellement, Brassard passe à Québec la nuit du lundi au mardi pour affaires. L’hypothèse première pour l’équipe de Héroux, c’est que Quessy s’est introduit chez les Brassard-Proulx, ayant sans doute appris qu’elle était habituellement seule dans la nuit du lundi, dans le but de rencontrer Élaine. Ce qui regarde mal pour Quessy, c’est aussi qu’on a retrouvé dans ses poches du tape électrique.

En chef d’orchestre compétent, Héroux utilise les compétences des membres de son équipe pour vérifier leur hypothèse de départ. Brigitte Soucy, agente de terrain expérimentée, établit rapidement qu’il n’y a pas eu effraction, que la victime a d’abord été assommée par un objet lourd; puis, elle entreprend d’interroger Élaine. Alexandra Caron, spécialiste des scènes de crime, recherche des empreintes de toutes sortes et multiplie les photographies. Christian Berberat, technicien en identité judiciaire, analyse les traces de sang, complète le travail d’Alexandra et s’efforce de reconstituer les allées et venues des personnes impliquées. Stéphane Larivière, expert en incendies et en accidents de voitures, est chargé de reconstituer le trajet de Quessy en voyant ce que livrent les caméras de surveillance entre la demeure de Quessy et celle de Brassard. Jérôme Landry est le doyen du groupe; intelligent et expérimenté, il accompagne souvent Héroux dans ses démarches. Héroux lui demande de fouiller le passé de Quessy, Brassard et Élaine pour comprendre leur fonctionnement individuel et les interactions. Des plénières régulières tiennent les membres de l’équipe informés et leur permettent de raffiner les hypothèses. Puis, les tâches sont redivisées.

Alors que plusieurs polars d’enquête finissent pas nous lasser à cause des redondances et de la monotonie des démarches, Morrissette nous tient en haleine par son intelligence ludique : tout semble clair, et pourtant : un petit détail par-ci, une petite découverte par-là, un événement inattendu forcent un recadrage de ce qui avait été imaginé. Puis, un nouvel élément oblige à changer de voie. Et, quand on formulera l’hypothèse décisive, comment pourra-t-on trouver des preuves qui convaincront le procureur, puis le jury ?

Loin des lourdes spéculations psychologiques et des beaux hasards, on a plutôt l’impression que Morrissette s’inspire de la méthode des sciences expérimentales1 qu’il applique aux techniques policières. Il en résulte un roman intéressant aux multiples rebondissements, qu’on ne peut pas interrompre trop longtemps.

1 Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Paris, 1865

Extrait :
L’appel au 911 entra à 2 h 23 du matin, précisément. C’est Claire, qui assurait le quart de nuit, à la centrale, qui le reçut. Avec près de 14 années de métier à répondre à toutes les requêtes possibles, le bruit caractéristique de la sonnerie ne la faisait même plus sourciller. Elle laissa sa grille de mots croisés pour répondre.
– 911, quelle est votre urgence ?
Quelqu’un haletait au bout de la ligne.
– Je… je pense que je viens de tuer un gars ! Y’ est rentré chez nous pendant qu’on dormait!
– Gardez votre calme, je vous en prie. Quelle est votre adresse, monsieur ?
L’homme respirait fort, Claire attendit qu’il reprenne son souffle. Elle entendait quelqu’un pleurer derrière lui.
– 2110, de Turenne, 2110.
– Je vous envoie une patrouille immédiatement.
De son pied droit, Claire appuya sur la pédale qui lui permettait de communiquer avec les agents sur le territoire. De cette façon, elle pouvait assurer une réponse immédiate tout en maintenant la communication avec le citoyen. Ce dernier n’entendait pas ce qu’elle disait lorsqu’elle s’adressait aux policiers, alors elle pouvait mener simultanément les deux conversations.
– Invasion de domicile au 2110, de Turenne. Je répète, invasion de domicile au 2110, de Turenne.

Niveau de satisfaction : 
(4,3 / 5)

 

 

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