Des fleurs pour ta première fois – Guillaume Morrissette

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Éd. Guy Saint-Jean)
Genres : Enquête, psychopathe
Personnage principal : J-S Héroux, inspecteur de la police de Trois-Rivières

Ce troisième polar de Guillaume Morrissette met en scène l’inspecteur Jean-Sébastien Héroux, un type intègre dans la quarantaine, parfois même un peu naïf, bon gestionnaire qui sait répartir le travail entre ses hommes et ses femmes. L’affaire Mélodie Cormier avait remporté le prix du Meilleur premier polar et le prix Coup de cœur à la Société du roman policier de Saint-Pacôme en 2015. Terreur domestique a suivi en 2016.

Des fleurs pour ta première fois se passe encore à Trois-Rivières (c’est là qu’habite Morrissette), où l’équipe de l’inspecteur Héroux est aux prises avec un violeur en série spécialisé dans l’agression des jeunes filles, de préférence vierges, mais c’est négociable. Deux caractéristiques remarquables : ces assauts seraient commis sans violence (si je puis dire, parce que les victimes n’étaient quand même pas consentantes), accompagnés d’une longue période de massages et d’honneurs à la beauté. Non seulement l’agresseur s’efforce de ne pas faire mal à ses victimes, mais il vise à leur procurer un très grand plaisir, « des fleurs pour ta première fois ». Il s’explique mal d’ailleurs leur résistance. Bref, c’est un original, pas moins psychopathe pour autant.

Deuxième caractéristique liée aux scènes de crime : un indice important est abandonné sur le corps des victimes : du sperme, donc de l’ADN probablement identifiable. Pourtant, les deux premières fois, le jeune homme s’était efforcé de cacher son visage et avait emprunté la voiture dont il s’était servi.

Héroux confie à son équipière de terrain Brigitte Soucy, qui tient le grand rôle dans cette histoire, le soin de s’entretenir avec les jeunes femmes, de recueillir leur déposition et de les consoler un peu comme le ferait une grande sœur. Et, comme les traces d’ADN ont permis d’identifier leur propriétaire, il ne semble pas que l’enquête traînera en longueur.

On retrouve avec plaisir, cependant, le sens du jeu de Morrissette : alors que l’utilisation de l’ADN à fin d’identification se heurte à des problèmes substantiels, une troisième victime est assaillie; bientôt, une quatrième sera enlevée.

L’histoire se déroule à un rythme lent mais cohérent : on passe par toutes les étapes du travail policier, chacun creuse une piste et on se rassemble pour faire la synthèse; le lecteur suit le progrès de l’enquête minutieusement. Ça se lit tout seul et avec intérêt.

La découverte et la neutralisation du coupable ne me paraissent pas, cependant, être le souci majeur de l’auteur. Comme dans un Colombo, on sait d’avance qui est le coupable, mais on ignore comment le détective va l’apprendre, quel piège il va lui tendre, et comment il va l’appréhender : le suspense est maintenu jusqu’à la fin. Pas ici, malheureusement. Le lecteur sait que le coupable rencontre régulièrement une psychologue, qui doit l’évaluer pour déterminer la nature et le degré de sa maladie, et le traitement dont il a besoin. La préoccupation de Morrissette semble être d’expliquer, de faire comprendre le comportement déviant du violeur. Ce souci jette un peu d’ombre sur la dernière scène (magnifique) entre Brian et son ultime victime, suivie de sa neutralisation prévisible par les forces de l’ordre. Tout cela au profit des explications de la psychologue Oriana Mancini. Même Héroux finit par se prendre pour un psychologue au cours de sa dernière entrevue avec Brian.

Je n’aime pas les romans policiers qui mettent en scène un malade mental incohérent, parce que n’importe quoi peut se produire sans motif (ou raison) nécessaire. Quand tout est possible, c’est trop facile. Ce n’est pas vraiment le cas dans ce roman-ci : notre psychopathe agit et pense selon une certaine logique; comme Hannibal Lecter. Mais quand on accorde trop de place aux explications psychologiques, au lieu d’interpréter de vrais indices et de créer une véritable tension, le suspense se dissout. Je n’accuse pas Morrissette de manquer de rigueur, mais je préfère sa tendance ludique à sa dérive psychologique.

Extrait :
− Je l’ai pas violée ! Un viol, c’est quand tu fourres la fille par en arrière en te crissant d’elle ! Moi, j’ai été doux !

− Pas si doux que ça, la victime était couverte d’égratignures
− C’est sa faute ! C’est elle qui sait faite ça ! Toute seule !
Héroux se rassit et ne rajouta rien.
− Vous essayez de me faire passer pour un sale ! poursuivit Brian.
L’enquêteur planta les yeux dans les siens et ferma le magnétophone de la main gauche. C’en était trop, il décida d’outrepasser légèrement son rôle et de dire le fond de sa pensée. Lesage fut surpris lorsqu’il remarqua le changement d’attitude et il eut un mouvement de recul instinctif.
− Êtes-vous un sale, monsieur Lesage ?
− Non !
− Dans ce cas, comment expliquez-vous vos petits dérapages psychologiques, ces derniers temps ?
− Hein ?
− Quand vous tombez dans les pommes, les yeux hagards, comme ça ? (Héroux mimait de la tête)
− C’est quoi le rapport ?
− Vous ne supportez pas vos propres gestes, Brian, voilà ce qui se passe. Je ne suis pas psy, mais je parierais que vous vous détestez pour ce que vous faites. Vous vous trouvez sale vous-même.

Ma note : (3,8 / 5) 

 

 

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