Profil Perdu – Hugues Pagan

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Rivages)
Genres :
Enquête, roman noir
Personnage principal : Schneider, policier ombrageux

Schneider est inspecteur principal, chef du groupe criminel. C’est un flic bizarre qui a l’habitude de parcourir seul la ville la nuit au volant de sa voiture. La hiérarchie policière lui confie l’enquête sur l’agression mortelle d’un de ses collègue du groupe des stupéfiants. Un premier suspect est identifié et arrêté. Celui-ci avoue tout. Affaire rapidement bouclée. Jusqu’à ce qu’une nouvelle information remettre toutes les conclusions en cause. L’enquête doit se réorienter dans une nouvelle direction beaucoup plus douloureuse pour Schneider. Il devra passer outre les liens d’une amitié tumultueuse, datant de la guerre d’Algérie, avec un ex-avocat, maintenant homme d’affaire puissant et influent.

L’intrigue est un peu confuse au début du roman avant de se recentrer sur l’enquête de l’agression d’un policier. Toute la première partie a pour objectif de mettre en scène Schneider, ce flic étrange qui a l’air souvent absent mais qui est d’une redoutable efficacité. Pour le montrer l’auteur en fait des tonnes. Il le dépeint comme un gros dur, ancien militaire, blessé au combat, maintenant flic confirmé et respecté mais aussi détesté. C’est une forte tête qui n’hésite pas à s’opposer à sa hiérarchie. Un type ombrageux, pas du tout séducteur, ni lèche-botte, même pas beau ni marrant mais quel tombeur ! Sans bouger le petit doigt, les femmes chavirent devant tant de charme viril. C’est le mâle alpha convoité par toutes les femelles ! Et bien sûr c’est un bon coup au lit. Les phrases à la gloire de Schneider parsèment toute cette histoire : « On n’échappait pas à une procédure conduite par Schneider. Aucun prévenu n’avait la moindre chance face à son implacable minutie – Schneider avait un physique d’acteur de cinéma, ce qui ne gâchait rien –  Schneider, c’était comme un torrent auquel elle acceptait de s’abandonner tout entière – Un animal de combat, rapide, impitoyable … » Cette façon d’ériger en permanence la statue du mâle dominant, finit par devenir irritante. D’autant plus que le personnage est contrasté, pour ne pas dire incohérent. À d’autres endroits Schneider est décrit comme : « Un homme maigre aux traits durs qui avait sans doute eu son heure et sa chance comme tout le monde, mais était sur le point à présent d’attaquer la rampe de sortie – Un homme maigre, de taille moyenne –  Un camé et un malade. On ne décelait pas la moindre trace de vie dans les yeux couleur d’étain poli. » Ajoutons qu’il se drogue aux amphétamines et à la benzédrine, qu’il fume un nombre incalculable de cigarettes et qu’il est dépressif. Le tableau devient alors beaucoup moins flatteur.

La compagne de Schneider, Cheroquee, m’a paru aussi exaspérante que lui : cette fierté imbécile de s’afficher au bras d’un tel homme et cette façon de parler de son mec comme si c’était un trophée d’une inestimable valeur. En outre la donzelle à l’orgasme facile : ça lui arrive en écoutant Schneider jouer divinement du piano, ou plus souvent à seulement attendre son mec, c’est alors un orgasme aussi violent qu’imprévisible. Simplement évoquer l’image de Schneider la fait jouir ! Elle aussi, c’est un sacré bon coup !

La période où se situe l’histoire est non précisée mais elle n’est pas contemporaine : pas d’ordinateur, pas de téléphones portables. On utilise des machines à écrire et du papier carbone, on communique par storno (émetteur-récepteur portable de l’époque). On peut se situer dans les années 1980-1990. Hugues Pagan, né en 1947, a exercé le métier de policier dans les années 1970-1980. Son roman se situe dans un environnement et un passé qu’il a connu. Il ne lui a pas semblé utile d’actualiser ses connaissances et de placer son polar dans un contexte actuel. Il est resté bloqué dans le temps, celui où il était plus jeune et lui-même flic. L’époque où se déroule l’histoire n’est pas assez ancienne pour prétendre que le bouquin est un polar historique ni assez récente pour qu’il devienne un polar moderne.

Profil perdu, est simplement un polar à l’ancienne. Publié en 2017, il est écrit comme il l’aurait été en 1980, avec des héros comme on n’en fait plus aujourd’hui. Il plaira probablement aux nostalgiques d’une époque révolue. Le charme du vintage ?

Extrait :
– Tu es foutu. Rien qu’à la gueule que tu fais quand on te parle d’elle, ça se voit que tu es accroché à mort. Je pensais pas que ça t’arriverait un jour. C’est arrivé. Tu es foutu, dans tous les cas de figure. Qu’elle se casse et tu es mort, qu’elle reste et tu es mort. Les gosses, le pavillon de banlieue. Un jour, la piscine. Pourquoi pas, tous les ans, les vacances d’été en caravane à Palavas ?

Au lieu de répondre, Schneider se contenta d’allumer une cigarette. L’autre lui adressa un bref coup d’œil incisif :
– Toi et moi, on n’était pas taillés pour ça.
– Pour ça, quoi ?
– Ces vies de merde. Une fois dans ton existence, tu as eu ta chance. Le jour où le Chaoui t’a flingué au vol. Une chance de t’en tirer les cuisses propres. La grande fenêtre, Schneider. Tu as eu ta chance et on ne t’a pas laissé la saisir. Ces connards d’infirmiers sont allés te ramasser. C’est jamais les vivants, qu’on ramène. Tu ne fais plus partie des vivants, Schneider. Tu es rayé du monde des vivants. Et ta gonzesse, un jour ou l’autre, il faudra bien que tu en fasses ton deuil.

Le Wild Man Blues s’éleva presque tout de suite et presque tout de suite, on entendit sinuer les volutes maléfiques d’une clarinette basse à la contre-mélodie puissante et dure. C’était une rare version enregistrée en 1936 par les Johnny Dodds Black Bottom Stompers.

Johnny Dodds’ Black Bottom Stompers – Wild Man Blues

Niveau de satisfaction :
(3 / 5) 

 

 

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