Les clefs du silence – Jean Lemieux

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Québec Amérique)
Genres : Enquête, historique
Personnage principal : André Surprenant, sergent-détective au SPVM

C’est le quatrième roman de Lemieux, après On finit toujours par payer, 16/7/12, La lune rouge, 18/8/12, et Le mauvais côté des choses, 6/6/15. Les clefs du silence me semble le plus ambitieux, le plus complexe, le plus long.

Pendant le Festival de jazz de Montréal de l’année 2009, le docteur Pereira est assassiné dans son bureau-clinique du CHUM, poignardé et scalpé. Un jeune patient qu’il devait rencontrer en fin de journée est disparu. Deux jours plus tard, un ancien ministre du gouvernement Trudeau pendant la crise d’octobre de 1970, Pierre Lefebvre, est retrouvé étranglé alors qu’il promenait son chien sur le Mont Royal. Il était le grand-père du jeune qui est porté disparu depuis qu’il devait rencontrer Pereira. Plusieurs pistes sont offertes au sergent-détective Surprenant et à son équipe : d’un côté, l’affaire semble reliée au Front de libération du Québec (FLQ), qui avait enlevé et, apparemment, tué le ministre Laporte : le premier-ministre canadien Trudeau avait alors imposé la loi sur les mesures de guerre et Lefebvre avait démissionné. D’un autre côté, Pereira avait dénoncé la gestion du CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal) et laissé entendre que des relations crapuleuses s’étaient développées entre la direction de l’hôpital universitaire, le gouvernement provincial libéral et la compagnie Iberex qui gérait la construction du CHUM.

Les indices abondent, les pistes se multiplient, des agents violents non identifiés recherchent quelque chose d’important, maltraitent le fils de Surprenant et s’en prennent à Surprenant lui-même, bref les policiers ne savent même pas qui combattre : des ex-felquistes, les sbires qui assurent la sécurité du CHUM, la GRC, la CIA, ou un simple malade mental. Surprenant sera bien chanceux de rencontrer des informateurs qui le guideront vers le pot aux roses.

Les critiques ont souligné que Lemieux maîtrisait avec art les ramifications alambiquées de cette histoire. C’est bien écrit, évidemment, avec quelques pointes d’humour subtil ici et là. Malgré la confusion dans laquelle se retrouve souvent le lecteur, on doit admettre que l’ensemble se déroule avec cohérence, même si bien des morceaux resteront dans l’ombre. Souvent, la vie personnelle des personnages principaux sert de transition pour à la fois ménager le suspense et donner plus de corps aux personnages en question. Dans ce cas-ci, j’ai trouvé que c’était trop et que ça n’aidait pas à garder le fil directeur ni à soutenir l’intérêt : l’histoire est déjà trop complexe, compte trop de personnages de sorte qu’on s’attache à très peu d’entre eux, et se perd dans des détails. Et la description précise de Montréal ne peut pas dispenser le même charme que celui des Iles de la Madeleine.

Un grand roman, néanmoins, qu’il faut lire rapidement pour ne pas être perdu. Et, en finale, un coup fumant de Surprenant qu’il faut applaudir.

Extrait :
À l’aide de son meilleur couteau, il scinda l’oignon en deux moitiés presque parfaites. Pereira avait été tué parce qu’il représentait un danger. Pour qui ? Pour la direction du CHUM ? Pour Iberex ? Pour le gouvernement ? Pour les anciens du FLQ ? Que faire des blocs FLQ ? De la référence à la Grande Recrue qui menait directement à trois acteurs du drame, Desautels, Guertin et Hunault ? Des ancêtres amérindiens de ce dernier ? Les assassins ne s’amusant généralement pas à laisser derrière eux des traces les incriminant, il fallait chercher ailleurs ou envisager une ruse particulièrement perverse.
La coupe de l’ail et des poivrons s’accompagna de réflexions au sujet du rôle équivoque de Dominique Bernier. Trois fois, la comédienne avait retenu de l’information ou effacé des pistes. La fouille de la maison de l’avenue Champagneur pendant les funérailles était-elle plausible ? La veuve cachait-elle d’autres faits ? Que penser du changement de testament favorisant Keith Hunault ? Ce dernier l’ignorait-il ou feignait-il de l’ignorer ?

Le CHUM

Niveau de satisfaction :
(3,8 / 5)

 

 

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