Faire mouche – Vincent Almendros

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (Éditions de Minuit)
Genre : Roman noir
Personnage principal : Laurent Malèvre de retour au village de son enfance

Laurent Malèvre revient dans le hameau de son enfance pour assister au mariage de sa cousine. Il est accompagné de Claire qu’il présente comme s’appelant Constance. À Saint-Fourneau, il retrouve ceux qu’il avait connu jeune et avec qui il n’avait plus de lien depuis vingt ans. Les retrouvailles ne sont pas franchement chaleureuses.

Dans ce retour de l’enfant du pays, l’auteur crée une ambiance pesante où les gens se retrouvent mais ne s’en montrent pas particulièrement ravis. Il y a des choses que les gens savent où qu’ils devinent mais ne disent pas. Des sous-entendus, des non-dits altèrent la spontanéité et la franchise. Même entre la mère et son fils, il y a une grande distance, presque de l’hostilité. Le poids du passé se fait sentir : des événements inquiétants se sont alors déroulés dont on n’a jamais vraiment su le fin mot. Plusieurs interprétations étant possibles, chacun choisit celle qui lui convient. Un climat délétère règne dans ce petit bled paumé, fait de ragots et de suspicions. À cela s’ajoute un secret personnel pour Laurent qui fait que ce retour ne se fait pas dans la joie, ni dans la sérénité. On sent bien qu’il y a quelque chose d’étrange et d’intrigant dans le fait que Laurent présente sa compagne Claire sous un autre prénom, aux gens du village.

Ce n’est pas un sujet original. Bon nombre de romans, de films ont traité ce retour au pays souvent difficile. Mais même avec un tel sujet rebattu, Almendros réussit à créer une ambiance pesante presque palpable, c’est une des qualités de ce roman.

L’écriture, sobre et efficace, est très visuelle, quasiment cinématographique. On visualise chaque scène, chaque détail. Tout le talent de l’auteur consiste à faire ressentir, presque physiquement, l’atmosphère viciée du village.

L’éditeur, Les Éditions de Minuit, n’ayant pas de rayon polar a placé ce roman en littérature générale mais c’est un roman noir qui aurait sa place dans les rayons spécialisés en littérature noire des librairies.

Faire mouche est un livre court qui se lit d’une traite. Il plonge le lecteur dans une ambiance sombre. L’écriture dépouillée donne une grande force à ce retour au pays sous tension. C’est un roman concis mais intense.

Extrait :
Ma cousine, entre autres choses, avait toujours été certaine de la responsabilité de ma mère dans l’accident de la sienne.
Lucie, dis-je, tu sais très bien que ta mère avait bu.
Elle ricana avec méchanceté.
Oui, oui, elle avait bu, mais elle avait bu quoi ? Tu peux me le dire ?
Ce sont des rumeurs, dis-je.
Des rumeurs ? s’offusqua-t-elle.
Oui, dis-je, des rumeurs de village. Tu ne sais rien, en vérité. Tu décides de croire à certaines choses et pas à d’autres.
Je ne vois pas pourquoi je parle avec toi, dit-elle. Je perds mon temps.
Ce n’était pas la première fois, bien sûr, que nous avions cette conversation. Je savais très bien ce qu’elle allait me répondre, et je tentai, comme à chaque fois, de ressentir le moins d’émotion possible.

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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2 réponses à Faire mouche – Vincent Almendros

  1. Ingannmic dit :

    « Un été », de cet auteur, ne m’a pas du tout convaincue. Trop concis, justement, et donc trop superficiel, et l’écriture ne m’a pas emballée, je suis restée à distance de l’intrigue du début à la fin..

    • Ray dit :

      Pour « Un été » je ne sais pas, je ne l’ai pas lu. Par contre pour « Faire mouche » c’est l’économie de moyens et la sobriété du style qui m’ont impressionné. Ce livre était dans la sélection du Prix du Livre Inter dont j’étais un des jurés, il n’a pas remporté le prix mais il a été cité plusieurs fois, c’est justement la concision qui a été remarquée favorablement. Comme quoi chacun lit avec sa propre sensibilité.

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