Minuit sur le canal San Boldo – Donna Leon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016 (The Waters of Eternal Youth)
Date de publication française : 2017 (Calmann Lévy)
Genre : Enquête
Personnage principal : Commissaire Brunetti

Finalement, pour moi, Donna Leon c’est un peu comme une drogue : je jure que c’est fini et pourtant j’y retombe avec un certain plaisir. Dans Sang d’Encre Polars, j’ai rendu compte d’au moins 7 de ses romans. Toujours à Venise, toujours avec le commissaire Brunetti. Et les personnages récurrents : la famille de Brunetti (sa femme Paola, son gars et sa fille), le vice-questeur Patta, le visage à deux faces Scarpa (la ressemblance avec Scarpia n’est pas un hasard), la jolie et débrouillarde senora Elettra, son fidèle ami et adjoint le colosse Vianello, qui laisse un peu de place, de ce temps-ci, à la commissaire Griffoni, qui aime bien travailler avec Brunetti. C’est un groupe qu’on retrouve avec plaisir, et qui joue un rôle important dans notre appréciation des romans.

Il y a quinze ans, une adolescente, Manuela, passe par-dessus le garde-fou d’un pont et chute dans le canal. Elle sera repêchée in extremis, mais ses capacités intellectuelles resteront diminuées. Sa grand-mère, la comtesse Lando-Continui, riche mécène et amie de Paola, profite de l’occasion d’un gala de charité pour approcher le commissaire et lui demander d’enquêter sur cet événement, rapidement classé par la police, selon elle, et qui serait plus un meurtre qu’un simple accident. Touché par l’aimable comtesse qui craint de mourir minée par un lancinant sentiment de culpabilité, Brunetti décide de jeter un œil sur cette affaire.

Donna Leon profite de ce prétexte d’une enquête sur un drame qui s’est produit il y a quinze ans pour décrire la vie quotidienne à Venise au début du XXIe siècle autour d’une aristocratie soucieuse de l’art et de la culture et d’une bourgeoisie montante avide de réputation. Comme aucune cause sociale particulière ne fait l’objet du récit, sauf le sentiment de puissance et la certitude d’impunité des riches, l’enquête reste importante : elle aboutit d’ailleurs à un autre crime. La commissaire Claudia Griffoni donne un coup de main à Brunetti, ce qui tombe bien parce que les démarches des enquêteurs se poursuivent dans le secteur de l’élevage des chevaux et de la formation des cavaliers, et que Griffoni est une ancienne médaillée dans cette discipline. Manuela était aussi une bonne cavalière, ce qui rapproche les deux femmes.

Pour avoir les mains libres, Brunetti embobine Patta et Elettra menace Scarpa de dénoncer ses envois de courriels frauduleux qui répandaient des fake news, comme dirait l’autre. Enfin, un beau hasard permet aux enquêteurs d’identifier un suspect, probablement coupable de l’agression contre Manuela il y a quinze ans, ainsi que du meurtre récent de Pietro Cavanis.

Donna Leon veut probablement signifier que l’enquête et la découverte du ou des coupable(s) ne sont pas les éléments les plus importants de son roman : elle rédige un dernier chapitre, un peu prévisible, mais pas moins émouvant, sur le thème : ce qui compte, c’est de faire plaisir aux personnes qu’on aime.

Si on ne s’attend pas à lire un roman d’enquête époustouflant, à rencontrer un enquêteur surdoué, des mystères qui défient l’intelligence, des cascades audacieuses et des rebondissements spectaculaires, et qu’on se contente d’un récit sociologiquement réaliste où triomphent les bons sentiments et où on retrouve des personnages qu’on aime bien, vous ne serez pas déçus.

Extrait :
Elettra actionna quelques touches de son ordinateur, les yeux rivés sur son écran. « Venez jetez un coup d’œil », lui dit-elle vivement, en lui faisant signe de rester derrière elle.

Brunetti vit la une du Gazettino. La mise en page était encore celle de l’époque et l’article remontait à quinze ans auparavant. « Une jeune aristocrate blessée dans un accident, lut-il. Hier soir, vers minuit, Manuela Lando-Continui, fille de Teodoro Londo-Continui et de Barbara Magello-Ronchi, et petite-fille de feu le comte Marcello Lando-Continui et de la comtesse Demetriana Lando-Continui, a été sauvée des eaux du canal San Boldo. Un passant qui l’a vue s’agiter dans le canal a plongé et l’a sauvée en la tirant des sombres eaux du canal, puis a lui-même perdu connaissance. Une autre personne est venue à leur secours; cet homme a réanimé la jeune fille, qui a ensuite été transportée à l’Hôpital civil, où l’on a diagnostiqué un état « critique ». La police, dépêchée sur place, considère cet incident comme un accident.

Rio San Boldo

Niveau de satisfaction :
(3,8 / 5)

 

 

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