Les chemins de la haine – Eva Dolan

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (Long Way Home)
Date de publication française : 2018 – Liana Levi
Genres : Enquête, social, roman noir
Personnages principaux : Inspecteur Zigic et sergent Ferreira, policiers de la section des crimes de haine à Peterborough

Dans un quartier au nord de Peterborough, un abri de jardin a été incendié. Il y avait un homme à l’intérieur. Le cadavre calciné est difficilement identifiable. L’inspecteur Zigic et le sergent Ferreira de la section des crimes de haine sont chargés de l’enquête. Ils arrivent rapidement à identifier la victime. C’est un travailleur immigré estonien qui avait squatté le lieu. Cependant l’enquête va connaître des rebondissements, ce sera l’occasion de pénétrer dans le monde de l’économique parallèle, celle de l’exploitation des immigrés.

Ce roman comporte deux volets qui s’imbriquent. Il y a l’enquête, elle-même qui doit déterminer si c’est un meurtre et dans ce cas découvrir les identités de la victime et du coupable. Et d’autre part il y a le volet social qui décrit les conditions terribles imposées travailleurs immigrés, venant des pays de l’est. Cette main d’œuvre taillable et corvéable à merci, n’a aucun droit puisque souvent entrée dans le pays clandestinement. C’est une formidable opportunité pour des gangmasters sans scrupules. C’est le retour à l’esclavage.

Dans ce contexte, l’inspecteur Zigic et sa partenaire, le sergent Ferreira, mènent une enquête compliquée qui va déborder de l’affaire du cadavre dans l’abri de jardin brûlé. La hiérarchie policière avait fait un choix politique : elle avait tenu à ce que la section des crimes de haine soit dirigée par un immigré de troisième génération, quelqu’un juste ce qu’il faut de différent. Dans un pays en crise économique où les immigrés sont considérés comme des parasites, profitant des allocations et volant les premières places sur les listes d’attribution des logements sociaux, le serbe Zigic et la portugaise Ferreira, bien que nés en Angleterre, n’ont pas la tâche facile.

Eva Dolan nous livre un roman dont le contexte est actuel et dont le plus grand mérite est de montrer les conditions misérables dans lesquelles les travailleurs immigrés sont obligés de vivre. Envolé leur rêve d’une vie meilleure ! L’auteure montre que ce sont des victimes, pas des profiteurs. Des profiteurs, il y en a. Ce sont ceux qui exploitent toute cette misère : les entreprises de BTP ou agricoles qui se procurent ainsi une main d’œuvre à bas coût, voire gratuite, ceux qui prostituent les filles, ceux qui louent des logements insalubres …

Un polar dans l’air du temps, plus social que policier. Un roman engagé mais sans discours politique, qui montre simplement un autre aspect de la mondialisation et de l’économie libérale. Sans esbroufe mais diablement efficace.

Extrait :
Ferreira prit sa boîte à tabac de sa poche et se roula une cigarette sans vraiment l’écouter. Elle repensait aux hommes du campement, l’air effrayé et incrédule quand, les portes des caravanes enfoncées, ils avaient enfin pu sortir dans l’air frais du matin. Deux hommes avaient essayé de prendre la fuite, mais avaient été vite rattrapés. Ils n’avaient pas assez de force pour courir, trop amaigris et épuisés pour dépasser les grilles de l’entrée. Plusieurs étaient sans papiers, et Ferreira éprouvait une profonde pitié à leur égard.
Une fois qu’ils auraient fait leur déposition au commissariat, ils seraient conduits par bus au centre de rétention d’Oakington où ils attendraient, quelques jours ou quelques semaines, avec un peu plus de confort que ce à quoi ils avaient eu droit jusqu’à présent, mais pas libres pour autant. Puis une fourgonnette viendrait les chercher pour les amener à l’aéroport de Stansted. Ils seraient embarqués de force dans des avions qui les renverraient chez eux, dans des pays où ils devaient encore de l’argent aux passeurs qui les avaient fait venir jusqu’ici.

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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