Meurtre en écho – Anne Perry

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2016
(An echo of Murder)
Date de publication française : 2017
(Éd. 10/18)
Genres : Enquête, historique (Londres 1870)
Personnage principal : Commissaire Monk

Dans un entrepôt du bord de la Tamise, on découvre un cadavre victime d’un meurtre sauvage : doigts disloqués, lèvres découpées, le corps transpercé d’une baïonnette et entouré de 17 bougies trempées dans son sang. Il s’agit d’un Hongrois, Imrus Fodor, un citoyen tranquille et aimable, un veuf qui a travaillé dur pour réussir, apprécié dans sa communauté par tous (moins un). Monk et Hooper entreprennent une enquête difficile, qui stagnera pendant des semaines.

Pendant ce temps, on fréquente Crow qui soigne des centaines de pauvres dans son dispensaire, assisté de Scuff, gamin des rues qui a été adopté par Monk et sa femme Hester, devenu un grand jeune homme qui vise à devenir médecin. Devant le cas grave d’un individu qui ne parle que la langue hongroise, Scuff obtient l’aide d’Herbert Fitzherbert, un Anglais qui a vécu assez longtemps en Hongrie pour maîtriser la langue. Il était médecin en Crimée où il a connu les pires horreurs en compagnie d’Hester. Au dispensaire, des cas lourds se succèdent et Fitz décide de rester pour donner un coup de main à Scuff et Crow. Ses retrouvailles avec Hester sont émouvantes.

Au tiers du roman, alors que l’enquête semble se poursuivre sans résultat, on découvre un autre cadavre, assassiné selon le même mode que le précédent; un autre Hongrois d’un certain âge, aussi inoffensif que le premier.

Au dispensaire, on assiste en détail aux moyens utilisés à la fin du XIXe siècle pour combattre la gangrène, couper un bras et se servir de fers chauffés à blanc. Dure école pour Scuff. En même temps, belles expériences de solidarité entre ces soignants pourtant si différents au départ. Fitz se mérite le respect de Scuff et de Crow, mais il est accablé de terribles cauchemars et de violentes hallucinations qui l’entraînent dans une autre réalité. Hester a connu aussi les angoisses causées par les traumatismes vécus en Crimée.

Au deuxième tiers du roman survient un autre meurtre, toujours mis en scène selon le même modus operandi. L’enquête ne donne toujours pas de résultat et les policiers doivent maintenant se méfier des réactions violentes de la communauté hongroise, impatiente et terrifiée. Suite à une quatrième boucherie, Monk et Fitz sont poursuivis par une foule qui veut leur peau. Monk doit alors mettre Fitz sous arrêt pour lui sauver la vie. Un procès suivra. Fitz n’a pas d’alibi et, à cause de ses pertes de conscience occasionnelles, se demande s’il n’est pas lui-même l’assassin. Hester aura recours à Rathbone, un ami et un des meilleurs avocats du royaume.

Ces événements donneront l’occasion à Hester de revoir son frère Charles à qui elle n’avait pas donné de nouvelles depuis la guerre de Crimée, ce qui nourrissait un sentiment de culpabilité qui la rongeait de l’intérieur.

Et l’intrigue policière là-dedans ? On a des cadavres, on mène une enquête, on trouve quelques suspects et on élucidera sans doute les conditions de ces drames. On aura deviné que ce n’est pas surtout cet aspect de son histoire qui intéresse Perry. Les motifs des meurtres sont peu convaincants et la façon de les découvrir relève d’un beau hasard.

Ceci dit, peut-être parce que je suis un lecteur acharné d’Anne Perry (j’ai lu tous les Pitt et tous les Monk), j’ai été très intéressé et souvent ému par ce roman. C’est comme si l’auteur avait voulu nous faire connaître de plus près des personnages secondaires mais récurrents dans les histoires de Monk; et nous présenter Hester sous un nouvel angle, ses expériences traumatisantes de la guerre de Crimée, son amitié avec le vieux complice qui a vécu avec elle l’enfer de la guerre, les retrouvailles avec son frère Charles, qu’elle redoutait, parce qu’elle avait l’impression de l’avoir laissé tomber comme d’avoir laissé tomber Fitz. Sentiment de culpabilité un peu agaçant mais pratiquement inévitable quand on veut sauver le monde entier. Tout compte fait, avant d’être un polar, c’est un roman aux observations psychologiques subtiles et aux descriptions sociologiques pertinentes.

Si l’aspect historique avait été moins réussi, j’aurais certainement été indisposé par l’aspect un peu facile de l’intrigue. Alors que, dans ce cas-ci, j’ai lu avec émotion un grand roman.

Extrait :
Les hommes se pressaient autour de la porte. Plusieurs d’entre eux tenaient des gourdins et des pioches. L’un brandissait une paire de ciseaux à couture. La lumière se reflétait sur les lames, suffisamment aiguisées pour découper du bon tissu sans tirer un seul fil.
Un des hommes fit deux pas en avant.
– Vous n’allez pas vous sauver, ce coup-ci, dit-il dans un anglais très clair.
Puis son regard alla de Fitz à Monk.
– Ne nous causez pas d’ennuis, et nous ne vous ferons pas de mal.
Monk savait exactement ce qu’il allait faire. Il avait vu le bac se diriger vers eux, répondant à son signal.
– Vous n’allez pas me faire de mal, répondit-il. Si vous m’attaquez, vous allez devoir me tuer. Et le meurtre d’un policier en toute connaissance de cause, alors qu’il fait son devoir, vous conduira à la potence, vous tous qui y aurez participé. Est-ce cela que vous voulez pour votre communauté ? Pour vos familles ? Cinq ou six d’entre vous jugés et pendus pour le meurtre du chef de la brigade fluviale ? Vous pensez que vous avez peine à nourrir vos familles à présent ? Attendez que vos veuves et vos enfants découvrent ce qu’est la vraie misère !
– Vous protégez un homme qui a assassiné quatre des nôtres, qui les a tués comme une bête sauvage, et même pire !
Ses compagnons grognèrent leur assentiment et s’avancèrent à leur tour.
– Je ne fais que vous protéger d’un crime sur lequel vous ne pourrez jamais revenir, imbéciles ! riposta Monk, furieux. Je l’arrête et je l’emmène pour qu’il soit jugé ! Si vous voulez qu’il soit condamné, vous déposerez vos armes et commencerez à vous comporter comme les bons citoyens que vous prétendez être !

La Tamise des entrepôts

Niveau de satisfaction :
(4,2 / 5)

 

 

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