Délivrance – James Dickey

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1970 (Deliverance)
Dates de publication française : 1971 (Flammarion) – 1974 (J’ai lu) – Gallmeister (2013)
Genres : Aventures, Thriller
Personnages principaux : Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, quatre copains qui décident de descendre en canoë une rivière tumultueuse

Sous l’influence de Lewis Medlock, un aventurier, quatre copains décident de descendre en canoë une rivière tumultueuse au nord de la Géorgie, avant que l’endroit ne soit englouti sous les eaux par la construction d’un barrage. L’expédition, envisagée au départ comme un week end sportif en dernier hommage à une région sauvage vouée à la disparition, tourne rapidement à une épreuve de survie. Aux dangers naturels s’en ajoutent d’autres non prévus.

Ce roman pourrait se limiter à un récit d’aventure nous racontant la descente périlleuse d’une rivière. Mais c’est bien plus que cela. En première partie, intitulée « Avant », l’auteur nous présente les membres de l’expédition. Ils mènent tous les quatre une vie agréable, ce sont des cadres, des gens de la classe moyenne. Lewis est un athlète complet, il s’adonne à des sports très difficiles et très spécialisés qu’il peut pratiquer seul, il en tire ensuite une philosophie personnelle. Ed, le narrateur, n’est pas un grand sportif mais il est quand même devenu un archer d’un bon niveau sous le coaching de Lewis. Drew est un bon joueur de guitare et il possède un grand sens de la probité. Bobby est un joufflu au teint rose qui a un bon contact avec les gens. Seul Lewis est taillé pour ce genre d’aventures. Il est l’organisateur et le leader. Les autres le suivent en lui faisant totalement confiance.

La descente de la rivière dure plus longtemps que prévu. Des dangers inattendus mettent en péril l’expédition. La hiérarchie de l’équipe est bouleversée par la force des choses. Les hommes sont mis devant des choix difficiles et doivent prendre des décisions graves pour sauver leur peau. La conception idéalisée de la nature sauvage  se heurte aux dures réalités du terrain. Les citadins ont sous estimé la force et la violence de la rivière. Sans compter d’autres périls indépendants de la nature. Ceux qui en ressortiront seront profondément changés.

James Dickey fait alterner judicieusement les scènes d’action et les scènes calmes. Même dans les moments les plus frénétiques, il prend le temps de décrire les détails, comme par exemple les reflets et le bouillonnement de l’eau dans les rapides qui secouent les canoës où les fissures dans la falaise qu’un des protagonistes escalade. Cela donne un effet très visuel, cinématographique. Par ailleurs la description de la nature sauvage est très bien rendue.

Délivrance est un roman où l’intensité dramatique et le suspense sont permanents, ce qui n’exclut pas les moments de réflexion sur des sujets tels que : l’ennui, l’utilité de son travail, le respect des lois, la culpabilité, l’honnêteté, l’impunité … Un grand roman d’aventure qui a inspiré le film culte de John Boorman en 1972.

Extrait :
— Primo, partir dès que tu verras assez clair pour franchir les prochains rapides. Il fera sans doute encore trop noir pour tirer d’en haut. Même dans le cas contraire, il n’aura guère de chance de t’atteindre quand tu seras dans les rapides. Chaque fois que tu traverseras un calme, pousse de toutes tes forces et puis ralentis brusquement, ne garde jamais une vitesse constante. S’il essaie de tirer, fonce comme un fou sur les rapides suivants ou vers le prochain méandre. Si tu vois que tu ne peux pas t’échapper, c’est-à-dire s’il te prend en fourchette et que les coups se rapprochent, renverse le canoë et laisse-le filer. Essaye de sortir Lewis, reste avec lui et attends ; j’essaierai de ramener de l’aide. Si au bout de vingt-quatre heures tu ne vois rien venir, tu sauras que j’y suis resté. Alors, laisse Lewis et descends comme tu pourras, à la nage s’il le faut. Prends les trois gilets de sauvetage et laisse-toi flotter. Nous ne sommes sûrement pas à plus de vingt kilomètres d’un pont routier. Mais si tu es obligé de faire ça, pour l’amour du Ciel, rappelle-toi où tu as laissé Lewis. Sinon, c’est un homme mort. Ça ne fait pas un pli.

 Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

Le film de John Boorman

Le film de John Boorman est plus connu que le livre qui l’a inspiré. Le film est globalement fidèle au roman. Le fait que l’auteur du livre ait participé au tournage doit y être pour quelque chose (James Dickey interprète le rôle du shérif d’Aintry que l’on voit à la fin du film). Cependant on note quelques différences :
– Celle qui me paraît la plus importante est l’attitude de la bande des quatre citations quand ils arrivent sur les lieux de l’action. Dans le film, ils se conduisent comme des cow-boys arrivant en pays conquis. Ils donnent des ordres comme si les gens du coin étaient à leur service. La palme du parfait connard revient à Lewis, interprété par Burt Reynolds, tout en mâchoires serrées et regard qui tue. Le type est arrogant, sarcastique et donneur de leçon. Très antipathique, le garçon ! Il semble que Boorman ait forcé le trait pour montrer un Lewis décidé qui n’a peur de rien. Dans le roman, Dickey fait preuve de plus de nuances. Quant à Ed, pour montrer que contrairement à Lewis, c’est un gars cool, le réalisateur lui a collé une pipe dans la bouche. A-t’on déjà vu un fumeur de pipe excité ? Les personnages vus par Bormann font un peu cliché.
– Autre trait un peu (et même beaucoup) forcé : les ploucs du coin sont tous des dégénérés, laids comme des poux, handicapés, consanguins. Le roman est plus nuancé, même s’il décrit des gens frustes et peu accueillants.
– Les indignations de Lewis concernant la construction du barrage qui ouvrent le film, se voulaient d’une portée écologique pour l’époque, elles sont devenues aujourd’hui d’une naïveté consternante.

Par contre le film, tourné en décors naturels, montre de magnifiques images de la rivière, des forêts et des falaises. La sauvagerie et la force de la nature sont bien mises en évidence et par là même l’imprudence et l’inconscience des citadins qui se sont lancés dans un projet très risqué.

Le film de Boorman est une réussite concernant l’intensité dramatique, les décors et le côté spectaculaire. Par contre il me semble un peu vieilli concernant le jeu des acteurs d’une part et par la vision quelque peu outrancière des autochtones d’autre part. C’est un bon film mais pas un grand film.

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