Deux balles, un sourire – Jean-Jacques Pelletier

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2017 (Hurtubise)
Genres : Enquête, Thriller
Personnage principal : Inspecteur-chef Henri Dufaux, Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM)

Au début de ce siècle, c’est Jean-Jacques Pelletier qui m’a fait prendre au sérieux le polar québécois à saveur internationale : Blunt, les treize derniers jours (Alire, 1996) fut pour moi la révélation. Jusqu’en 2015, j’ai lu tous les Pelletier avec plaisir et passion. Puis, entre 2004 et 2009, Pelletier fit une pause; moi aussi, forcément. Et les retrouvailles n’ont pas été faciles. Après quelques déceptions, j’ai essayé Deux balles, un sourire, dont on a dit pas mal de bien.

On découvre à Montréal deux cadavres qui sont morts le sourire aux lèvres : Gaylor Raines, de la Toronto Royal Bank of Commerce, « vice-président aux paradis fiscaux », et John Maynard, ou « Monsieur Pipeline », contractuel comme Raines pour la compagnie minière Pure Gold, profiteur lui aussi des profits générés par les industries minières et pétrolières.

Un groupe éco-terroriste, Vert Demain, revendique leur élimination et en promet bien d’autres, puisqu’il s’agit de « légitime défense contre ceux qui détruisent notre planète, polluent nos eaux et souillent notre air ».

L’industrie entend bien riposter avec vigueur mais, alors que Vert Demain recommandait de se défendre efficacement mais sans douleur, on semble vouloir maintenant, par mesure de représailles, se débarrasser avec violence des responsables de la pollution, liés à l’extraction et au commerce de l’or. Des gens qui portent des bijoux en or se font même attaquer dans la rue. Et les cadavres s’accumulent.

Le SPVM est débordé, le groupe de Dufaux risque d’être démantelé, un traître semble agir dans l’ombre, Dufaux lui-même est victime de sérieux harcèlements et assassiné électroniquement : ses comptes bancaires et ses multiples cartes sont invalidés. On le considère comme officiellement mort. En haut lieu, on souhaite le démettre de ses fonctions.

J’ai retrouvé plusieurs éléments qui m’avaient séduit chez Pelletier : des personnages principaux bizarres; des situations mystérieuses apparemment absurdes; et l’alternance entre les tracas de la vie quotidienne (les cônes oranges, les nids de poule, l’abus des sigles…) et un sérieux problème de fond (les exactions causées par les compagnies minières et pétrolières)1.

Pourtant, je n’ai pas retrouvé le plaisir d’antan. C’est tout le contraire d’un roman qui ferait un bon film : Pelletier manie bien les dialogues, mais ça parle tout le temps. Et les ordinateurs, les téléphones intelligents, les mouchards et maintenant les drones font la plus grande partie du travail. Il en résulte que les personnages manquent de chair, même les membres de l’équipe de Dufaux auxquels il est difficile de s’attacher. Dufaux lui-même est assez mou, et reste peu convaincant dans sa défense de la loi et l’ordre qui couvrent les grands exploiteurs. En un sens, tant mieux ! Mais dramatiquement, privé de l’affrontement entre deux grandes idéologies opposées, le problème de fond ne lève pas beaucoup. Le personnage le plus sympathique (et le plus vivant), c’est finalement Tonino, le barman du 3845.

1 Sur l’implication canadienne, on lira avec profit : Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique, par A Deneault, D Abadie et W Sachen (Écosociété, 2008, Montréal)

 Extrait :
Communiqué de Vert Demain
Les pollueurs exploitent sans scrupule l’environnement, détruisent l’écosystème qui nous permet de vivre. C’est pourquoi ils seront détruits. Sans plaisir. Sans violence inutile. Mais impitoyablement.
Cette planète est l’écosystème qui rend notre vie possible. Sans elle, nous sommes morts. Et ils la détruisent en l’exploitant à outrance. En éliminant des formes de vie essentielles à son équilibre.
Ils saccagent la terre, qui est le support de toute vie. Ils empoisonnent l’eau, qui est la source de toute vie. Ils polluent l’air qui assure le maintien de toute vie.
Rien ne sert d’attendre un miracle technologique. Le sort de notre planète est entre nos mains. Il faut lutter pour la protéger. Lutter pour que cesse cette destruction (…) Lutter contre ce qui détruit les conditions de notre survie collective est un devoir.

Chaque fois qu’on élimine un pollueur, on renforce l’espoir. On contribue à sauver la planète. Chaque personne dont la conscience est éveillée par notre action est une raison de plus d’espérer.
C’est pourquoi Vert Demain a décidé d’agir. Éliminer des pollueurs n’est pas un crime, c’est de la légitime défense.

Niveau de satisfaction :
(3,7 / 5)

 

 

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