Attends-moi au ciel – Carlos Salem

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2014 (Muerto el perro)
Date de publication française : 2017 – Actes Sud
Genres : Thriller, humoristique
Personnage principal : Piedad de la Viuda, veuve séduisante

Piedad de la Viuda menait jusqu’ici une existence terne de dévote. Sa fortune était gérée par son époux Benito. Mais voilà que Benito se tue dans un accident de voiture. Sa vie va alors totalement basculer. D’abord elle va apprendre que son défunt mari, non content d’avoir amené l’entreprise familiale au bord de la faillite, se préparait à s’enfuir vers le Brésil en compagnie d’une jeune femme russe. Sous le choc, Piedad va se scinder en deux personnes : la Piedad de Toujours, qui continue de se conduire comme elle l’a toujours fait jusqu’ici, et la Piedad de Jamais qui devient capable de faire ce que normalement elle n’aurait jamais osé. Sous l’influence de cette dernière, Piedad va changer. Cela commence quand elle écrase sauvagement le chien du voisin. Et ce n’est que le début. Il n’y aura pas que le chien qui sera sa victime !

Les polars de Carlos Salem ne sont pas à prendre au sérieux. Ils sont en général complètement déjantés et totalement loufoques. Ainsi, c’est avec jubilation que l’on assiste à la transformation de Piedad de la Viuda. Elle qui est une belle femme mais qui, sous l’influence d’une mère bigote, cachait ses charmes sous des vêtements austères, va devenir une femme fatale qui ensorcelle les hommes. Et plus que ça : elle va se transformer en femme d’affaire avisée pour contrer tous les requins qui lorgnaient avec avidité sur ses richesses, elle qui auparavant se contentait de signer sans les lire les documents que lui présentait son magouilleur d’époux. Elle devient aussi redoutable physiquement, pas seulement à cause de son sex-appeal qui rend dingue ses prétendants, mais aussi par sa capacité à se défendre, comme le constatera trop tard le tueur au costume gris et à la tête d’assassin qu’elle va occire à coups de crucifix. Mais attention, même avec quelques meurtres à son actif, Piedad reste pieuse : elle envisage de se confesser au Père César et de noter chaque mauvaise action dans son carnet de péchés. En fait elle est vraiment bienveillante et généreuse : elle pardonne à son mari, aide ses anciennes maîtresses, essaie de sauver les emplois de son entreprise. Elle prend soin également des collections rassemblées par ses parents disparus : les aphorismes et les proverbes de son père et les boléros de sa mère. C’est une bonne fille. Devenir une femme d’action la débride aussi sexuellement : elle qui avait la chair triste devient une amante volcanique.

Se positionner dans le domaine de l’humour n’empêche pas Carlos Salem de bâtir une intrigue suffisamment complexe pour entretenir le suspense. Il y a des rebondissements et des surprises, même si la vraisemblance n’est pas la qualité majeure de cette histoire. Au passage l’auteur distribue quelques coups de griffes bien sentis, notamment à l’église catholique, mais toujours dans la dérision jamais dans le sérieux et l’emphase.

Dans ce polar, un salubre dédoublement de personnalité transforme Piedad, la bigote rigide, en une femme libérée, sensuelle et active sur tous les plans. Comme dans ses précédents romans (voir sur ce site Aller simple et Nager sans se mouiller) Carlos Salem signe dans Attends-moi au ciel un polar humoristique réjouissant par sa verve et son ironie, parfois grinçante.

Extrait :
Il s’approche en ouvrant sa braguette et sort son sexe encore flasque. Je me mets à pleurer. La voix en moi me maudit, mais je fonds en larmes tandis qu’il recule pour mieux s’exhiber et commence à se tripoter.
— Tu pleures, maintenant ? Merde, si on m’avait dit que tu étais une petite chose fragile…
— « La petite chose fragile, c’est celle qui pend entre tes jambes! » crie, la voix.
Mais c’est bien moi qui saisis la veste d’Amor par le col et ta fais tourner, lestée par le poids du crucifix dans la poche, puis la projette contre son sexe une fois, deux fois ; moi qui me lève et fracasse le crâne de l’homme en gris à la tête d’assassin, qui se couvre de rouge et a maintenant une tête de mort.
« Arrête, arrête, arrête, tu vas le… », m’avertit ma voix intérieure.
Puis elle se tait.
Parce que l’homme à la tête d’assassin est mort. Définitivement mort.
Et bêtement,  je songe que j’ai taché de sang son costume.

Niveau de satisfaction :
(4,1 / 5)

 

 

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