Les féroces – Jedidiah Ayres

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Fierce Bitches)
Date de publication française : 2018 (Les Arènes)
Traduction : Antoine Chainas
Genre : Roman noir
Personnages principaux : María, prostituée à Politoville

Une demi-douzaine de baraques dans le désert, au Mexique, près de la frontière américaine : c’est Politoville. Ce camp a pris le nom du trafiquant Harlan Polito. C’est là qu’il envoie les mercenaires qu’il a payé pour une mission, quand il ne veut pas qu’on remonte jusqu’à lui par les gars employés habituellement. C’est dans cette planque mexicaine que disparaissent les hommes de main temporaires du bandit. C’est juste un dépôt de marchandises et des prostituées. Baise à volonté et bronzage nickel. Mais au bout de quelque temps tout le monde veut se barrer de ce trou à rats. Il y en a qui vont réussir. D’autres vont échouer et mourir.

Ce court roman se distingue d’abord par son décor et son ambiance. Décor c’est beaucoup dire pour ce coin de désert aride ou il n’y a que poussière et merde de lézard. C’est un camp avec quelques baraques délabrées, un dépôt de marchandises tenu par Ramón, sorte de gardien du camp, des fripouilles qui ont besoin de se faire oublier et des putes. La vie se résume à supporter la canicule et l’ennui avec comme seules distractions l’alcool, la drogue et le sexe tarifé. Les prostituées n’ont pas choisi d’être là, elles ont été capturées et réduites à l’esclavage. Les clients ne font même pas l’effort de retenir leurs prénoms, ils les appellent toutes María, c’est plus simple ! Plusieurs María vont s’évader, se retrouver pour former une redoutable bande sans pitié. Elles vont devenir les féroces. Les rencontrer, c’est perdre ses dents … et la vie en même temps ! C’est le retour à la barbarie.

L’auteur ne se perd pas à faire des phrases alambiquées. Le style est sec comme le climat, en accord avec l’ambiance du roman. C’est noir, violent, cruel.

Un roman court et efficace, qui ne fait pas dans la dentelle. Il installe une ambiance de décadence et de sauvagerie tout à fait réussie. Attention il y a un piège : sur le bandeau qui orne la couverture l’auteur proclame : C’est la plus douce histoire d’amour que j’aie jamais écrite. Ne vous y fiez pas, c’est ironique. Si vous êtes amateur des romances à l’eau de rose, vous serez horrifié par l’âpreté de ce livre. Par contre ceux qui cherchent des romans différents de la production courante peuvent se lancer dans cette lecture.

Extrait :
Des années de prostitution, suivies d’un exode sanglant et d’une vie de recluses, le lointain toujours en point de mire et les cris des âmes maudites dans leur dos, avaient balayé toute velléité de compréhension. Incarner la colère divine avait un prix. Fini les petits jeux, les sourires aguicheurs et autres formes de manipulation. Toute coercition plus subtile qu’un coup de pied au ventre, un doigt dans l’œil ou un couteau dans le cœur était proscrite. Elles allaient s’établir dans une région plus fertile et y prospérer. Elles survivraient à l’absence de Ramón comme elles avaient survécu à sa présence.
Il avait aimé chacune d’elles. Ses chiennes féroces.

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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