Le roman de Jeanne – Lidia Yuknavitch

Par Raymond Pédoussaut

 Date de publication originale : 2017 (The Book of Joan)
Date de publication française : 2018 (Éditions Denoë)
Traduction : Simon Kroeger
Genre : Science-fiction
Personnages principaux : Jeanne la Terreuse, héroïne résistante à la tyrannie – Christine Pizan, artiste rebelle

2049. La terre est devenue une planète quasiment morte, complètement dévastée. Vue de l’espace c’est une boule de poussière, une vague tâche couleur sépia. L’espace c’est là où se sont réfugié les classes dirigeantes après le géocataclysme qui a balayé la terre. Ils sont quelques milliers, venus de pays aujourd’hui disparus à vivre dans la station orbitale CIEL. C’était l’élite, les pauvres, eux, sont restés sur cette terre inhospitalière. La station CIEL pompe les quelques ressources restant sur terre par l’intermédiaire des aéroducs, sorte de cordons ombilicaux. Mais dans CIEL tout n’est pas rose : la durée de vie ne dépasse pas 50 ans. Les humains ont muté, ils sont devenus des créatures blanches, sans cheveux, ni cils ni sourcils, au sexe atrophié, incapables de se reproduire. Sur terre quelques êtres vivants survivent, notamment Jeanne la Terreuse, héroïne emblématique qui représente la résistance de la terre face à la tyrannie de l’empereur du CIEL, Jean de Men.

Le point de départ du roman est que les hommes ont bousillé la terre et que les plus riches ont trouvé le salut dans l’espace. C’est l’occasion pour l’auteure de réécrire l’histoire d’une Jeanne d’Arc futuriste qui ressemble beaucoup à l’historique à quelques détails près : condamnée à être brûlée vive, elle réussit à s’échapper pour ensuite continuer son combat contre l’empereur du CIEL. Ce n’est plus l’épée son arme de prédilection, c’est le lance-roquette. Au sein même de la station CIEL, il y a des résistances mais elles sont durement réprimées. Et finalement c’est sur cette terre saccagée qu’il subsiste de la beauté et de la vie alors que dans le cocon artificiel qui héberge les puissants il n’existe que laideur et survie moribonde.

La science-fiction est le genre littéraire qui permet à l’imagination de s’exprimer complètement. Les auteurs ne s’imposent aucune contrainte : pas de réalisme, de vérité scientifique ou historique, de vraisemblance, à respecter. C’est bien le cas dans ce roman et l’auteure s’en donne à cœur joie en agrégeant plusieurs genres : post apocalyptique, anticipation, science-fiction, fantastique, écologie, poésie et même romance amoureuse. Il en ressort une impression générale d’un roman touffu, complexe et lyrique qui ravira les amateurs de SF. Par contre ceux qui ne sont pas férus du genre, ceux qui, comme moi, ne sont que des lecteurs occasionnels de science-fiction auront quelques difficultés à suivre les pérégrinations mystiques de Lidia Yuknavitch. Ce Roman de Jeanne est plus destiné aux vrais amateurs de SF qui sauront l’apprécier pleinement qu’aux lecteurs épisodiques du genre qui risquent d’être quelque peu désorientés par tant d’imagination débridée, même si on doit reconnaître que ce livre est vraiment troublant.

Extrait :
« L’extinction des organes génitaux. Notre corps n’était plus capable d’exprimer nos désirs les plus primaires, ni nos projets d’avenir les plus nobles. Dans notre désespoir, dans notre déni, nous nous sommes tournés vers notre seul espoir de salut, la technologie, et vers ceux qui en connaissaient les ficelles. Et une fois que nous étions tous lassés de la télévision et du cinéma, une fois que les réseaux sociaux ne pouvaient plus satisfaire notre appétit, une fois que les hologrammes, les réalités virtuelles, les drogues et les états de conscience de plus en plus hallucinés ne nous faisaient plus d’effet, l’un ou l’une d’entre nous a baissé les yeux de désespoir et remarqué la peau flasque de son bras. Une nouvelle frontière à explorer. »

La gorge de Jeanne se noue, ses yeux se mettent à piquer et elle se mord l’intérieur de la joue pour contenir l’émotion.
Une comptine.
Une comptine française.
Une comptine française qu’elle connaît par cœur :

Ballade à la lune

« Quant à la Terre, c’est cette boule moribonde … »

Niveau de satisfaction :
4 out of 5 stars (4 / 5)

 

 

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2 réponses à Le roman de Jeanne – Lidia Yuknavitch

  1. Ingannmic dit :

    Cela pourrait m’intéresser… J’ai lu La mécanique des fluides de cette auteure, complètement différent de ce titre, mais j’avais trouvé son écriture puissante, je retournerais donc volontiers vers son oeuvre, et ce que tu écris sur l’originalité de ce roman est très tentant.

    • Ray dit :

      Je ne connaissais pas cette auteure, je l’ai découverte dans ce livre. Tu as raison c’est une écriture puissante et lyrique. Il y a du souffle dans ce roman et de la poésie aussi. Mais on peut être désarçonné, quand on n’est pas féru de SF, devant tant d’imagination et par les envolées mystiques.

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