Population : 48 – Adam Sternbergh

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2017 (The Blinds)
Date de publication française : 2018 (Super 8 Éditions)
Traduction : Charles Bonnot
Genre : Thriller
Personnage principal : Calvin Cooper, shérif de Caesura au Texas  

Aucune visite – Aucun contact – Aucun retour. Bienvenue à Caesura, au Texas ! À Caesera, pas de réseau pour les téléphones portables, pas d’internet. Une ligne téléphonique et un fax sont les seuls liens avec le monde extérieur. Pas de monnaie en circulation non plus. 48 habitants et rien autour dans un rayon de 150 kilomètres. Tout nouvel arrivant doit choisir un nouveau prénom en piochant dans une liste d’acteurs et d’actrices célèbres, et un nouveau nom de famille dans une liste d’anciens vice-présidents. Les résidents ne savent pas eux-mêmes qui ils sont, ils ont oublié leur vrai nom. Certains peuvent être des criminels, d’autres des témoins qu’il faut protéger. On ne sait pas qui est qui. Pendant huit ans cette communauté a vécu tranquillement mais ces deux derniers mois il y a eu deux morts par balles alors que théoriquement il n’y a pas d’armes à Caesura. Calvin Cooper fait office de shérif. Ces morts brutales le contraignent à sortir de sa routine d’autant plus qu’un policier venu de la ville d’Amarillo a aussi l’intention d’enquêter. Le passé enfoui de chaque habitant refait surface. C’est ce qu’il fallait éviter pour continuer à vivre en paix.

L’intrigue est complexe et habilement élaborée. L’auteur nous livre l’histoire de Caesura par strates successives. Nous découvrons ainsi progressivement comment a été conçue cette étrange communauté et qui sont réellement ses habitants. Car Caesura est le fruit d’un projet. C’est une expérimentation basée sur le travail sur la mémoire. Je n’en dévoilerai pas plus, mais c’est intrigant, non ? Alors qu’au départ on imagine un genre huis clos en plein air, on va de surprise en surprise en découvrant toutes les ramifications imaginées par un auteur qui semble prendre un malin plaisir à nous amener dans des directions inattendues.

Les personnages, les habitants de Caesura, sont tous des gens sans passé. Un passé ignoré d’eux en tout cas, et c’est préférable pour beaucoup d’entre-eux, mais connu par ceux qui ont imaginé la ville. Ils ne sont pas là par hasard, ils ont été choisis, sélectionnés, en fonction de ce qu’ils ont été justement.

Pour tous Caesura, c’est Blind Town, une ville aveugle : on ne voit pas le monde extérieur et il ne nous voit pas non plus. Mais Blind Town a aussi une autre signification, c’est la ville des dossiers aveugles : chaque habitant est considéré comme un dossier aveugle. Une affaire classée, une vie archivée et une destinée placée entre les mains d’une scientifique ambitieuse qui n’imaginait pas que son projet puisse prendre une telle tournure.

Le récit est teinté d’un humour discret. Un humour noir bien agréable. La partie finale bascule parfois dans la grandiloquence et les envolées lyriques sans que cela altère la qualité globale du roman.

Population : 48 est un thriller bien conçu et original avec une touche de science-fiction dans un décor de western. Vous ne vous ennuierez pas un seul instant à la lecture de ce roman.

Extrait :
Holliday expliqua que Caesura offrait une alternative idéale : vous ne savez même pas qui vous êtes ni ce que vous avez fait. Si tu veux garder un secret, commence par le protéger de toi-même fut le credo fondateur de la ville. Un nouveau vous, une nouvelle vie, un nouveau départ. Les responsables du WITSEC furent séduits par Caesura, y voyant un moyen de se débarrasser de leurs témoins les plus répugnants : les tueurs, les violeurs en série, les pédophiles, ceux qui avaient des informations et une marge de négociation pour pouvoir offrir leur témoignage contre une amnistie, mais pour qui il était difficile, politiquement, de justifier un compromis et une mise en liberté. L’idée d’un effacement volontaire de la mémoire suivi d’un internement consenti dans une communauté isolée sécurisée, surveillée par les pouvoirs publics et laissée aux bons soins de l’Institut, paraissait à la fois plus facile à digérer pour l’opinion publique et plus humain vis-à-vis des témoins : c’était du moins ce que tout le monde s’est dit le jour où on a coupé le ruban à l’entrée de Caesura.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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