Terminal Grand Nord – Isabelle Lafortune

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2019 (Éditions XYZ)
Genre : Enquête
Personnage principal : Émile Morin, Sûreté du Québec

C’est toujours émouvant de lire le premier roman d’un auteur. Isabelle Lafortune, diplômée de l’UQAM en études littéraires, a travaillé plusieurs mois à l’Hôtel Royal de Schefferville, ex-ville minière florissante, perdue quelque part dans le Grand Nord québécois. Aujourd’hui déclinante économiquement, la ville compte environ un millier d’habitants qui survivent tant bien que mal, pouvant toujours compter sur la chasse et la pêche. C’est cette sorte d’huis-clos qui a donné à Lafortune l’idée d’écrire un roman policier qui lui permettrait de retrouver ses amis autochtones, leur mode de vie difficile, et une nature ingrate mais si belle.

En avril 2012, les corps de deux jeunes filles autochtones, Natasha et Gina, sont retrouvés dans un sentier enneigé de Schefferville; violées et assassinées. La Sûreté du Québec charge le policier d’expérience et Directeur des enquêtes criminelles Émile Morin de régler cette affaire sans tambour ni trompette. Morin sera accompagné de l’écrivain Giovanni (Johnny pour les vieux amis autochtones) Celani qui, ayant déjà vécu à Schefferville, connaît bien ses habitants et sera en mesure de conseiller le policier. Celani est un peu le Watson de Morin; c’est lui qui raconte cette histoire tragique dans laquelle il s’implique à fond.

Par où commencer l’enquête ?
D’abord, qui sont ces jeunes Innues qui sont venues de Maliotenam (quelques centaines de kilomètres plus au sud), et qu’est-ce qu’elles font à Schefferville ? Sont-elles impliquées dans le trafic de drogues de leur ami Lucas ? Des photos compromettantes les relient au ministre chargé de négocier les conditions d’exploitation minière de la compagnie Métald’Or; quel rapport ? Voulait-on faire chanter le ministre ? C’est apparemment le chef de bande de Uashat-Maliotenam, Joe Cardinal, qui aurait présenté Natasha à Marc, un gars mystérieux qui épongeait les dettes de Joe en l’incitant à parler en faveur des projets miniers de Métald’Or. Pour mettre un peu plus de pression, un message dénonçant ses exploits sexuels avec des jeunes femmes, photos à l’appui, et le reliant explicitement aux deux Innues assassinées, pourrait être divulgué publiquement. Quel rapport entre les intérêts de Métald’Or et l’assassinat des deux jeunes filles ?

Émile et Giovanni cherchent à comprendre. Le vieil ami de Giovanni et propriétaire de l’Hôtel de la ville, Antoine, qui connaît tout le monde, ne les aide pas beaucoup. Sam, un Innu de la réserve voisine, semble comprendre davantage ce qui se passe, mais ses propos énigmatiques s’avèrent peu éclairants pour les enquêteurs. Et quand les choses paraissent se clarifier, la fille adoptive d’Émile, Angelune, disparaît. On n’est pas sorti du bois.

L’intrigue policière est complexe et le lecteur est souvent dérouté par les ramifications politiques, sociales et économiques où on est conduit. L’auteure ne cache pas son désir de recréer cette société isolée et vulnérable où elle a vécu. Au début de plusieurs chapitres, en exergue, une citation de Machiavel souligne les jeux de pouvoir politiques et économiques qui polluent une telle société et dont sont victimes les Autochtones. La dimension policière n’est pas pour autant négligée, et Lafortune combine plusieurs problèmes avec bonheur. Mais ça reste un prétexte pour peindre une région et des gens qu’elle a aimés. Pas surprenant qu’un film inspiré du roman soit en préparation.

On est dérouté aussi par le grand nombre de personnages et par la discontinuité chronologique des événements; celle-ci m’a paru nécessaire pour nous faire sentir la mauvaise surprise des victimes du tueur (et du lecteur). Par contre, le grand nombre de personnages implique qu’ils ne sont pas suffisamment décrits pour qu’on s’y attache vraiment.

Le roman a été bien accueilli par les critiques. J’espère que ça va encourager Isabelle Lafortune à récidiver. Comme elle est encore trop jeune pour être retraitée, on sait bien que la tâche ne sera pas facile; mais, comme le disait Machiavel : « Là où la volonté est grande, les difficultés diminuent ».

Extrait :
– Nous venons tout juste d’apprendre que les deux jeunes filles qui étaient portées disparues dans la région de Sept-Îles depuis le mois de mars dernier ont été retrouvées mortes à quelques kilomètres de Schefferville. Il s’agit vraisemblablement d’un double homicide. Avec nous pour en parler, notre journaliste d’enquête, Pierre Rabouin.
– Bonjour, Pierre. Dites-nous, il s’agit bien de ces deux jeunes filles innues disparues qui ont été retrouvées ?
Absolument, Gilles. Selon la police, il s’agit de deux meurtres. Il n’y a, pour l’instant, aucun indice sur les motivations du ou des meurtriers. Nous ne sommes pas sans savoir qu’il y a beaucoup de tensions, de drogues et d’alcool dans les réserves. Il faut comprendre qu’il y a de la méfiance aussi envers la SQ du côté des Premières Nations, après le scandale de l’affaire Gabriel et Ambroise à propos des comportements inappropriés de certains policiers…

Schefferville

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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2 réponses à Terminal Grand Nord – Isabelle Lafortune

  1. lorraine viau dit :

    J,ai déja terminer ce roman qui a mon avis est un des tres bons roman policier il nous tient tout au long de la lecture ,pour les mordus de suspense, d,intrigues ,et d,amour interdit c,est fort réussie merci a l,auteure et bonne continuité ,nous sommes impatients de voir la suite ,et le déroulement cinématographique a venir encore bravo

  2. michel dufour dit :

    C’est avec plaisir que je transmettrai vos commentaires à l’auteure. C’est, en effet, un premier roman très réussi et faut encourager Madame Lafortune à persévérer.
    Michel D

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