1984 – George Orwell

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 1949
Date de publication française : 1950 (Gallimard) – Réédition 2018 (Gallimard) Traduction : Josée Kamoun
Genre : Science-fiction, dystopie
Personnage principal : Winston Smith, employé du ministère de la Vérité

1984 – Londres, en Océanie.
C’est le règne de Big Brother. Big Brother est une entité qui gouverne le pays. Elle est omniprésente par l’intermédiaire de télécrans, sortes d’émetteurs-récepteurs qui jouent à la fois le rôle de caméras de surveillance et de diffuseurs de messages du parti. Toute transgression des ordres est réprimée par la Mentopolice. Les individus désobéissants sont considérées comme des mentocriminels et aussitôt vaporisés, c’est à dire assassinés avec effacement des traces de vie, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Winston Smith est employé au ministère de la Vérité, au service des Archives. Son rôle est de réécrire le passé pour le rendre compatible avec les orientations voulues par Big Brother. Toute trace des événements tels qu’ils se sont déroulés est détruite et remplacée par la nouvelle version officielle qui glorifie Big Brother qui ne peut ainsi jamais se tromper. Winston est un peu trop conscient de cette falsification d’autant plus qu’il en est un des auteurs et qu’il lui reste ses propres souvenirs du passé, complètement différents de la version étatique. Il n’adhère pas aux thèses du parti et se rapproche d’une organisation de résistance, la Fraternité, dont le chef Emmanuel Goldstein est l’opposant honni de Big Brother. C’est courageux mais aussi très risqué.

Publié pour la première fois en 1949, le livre d’Orwell est une anticipation, pour l’époque, d’événements sensés se dérouler en 1984. Il est très dense. C’est tout à la fois une critique d’un régime totalitaire, un avertissement sur une évolution néfaste des technologies de surveillance et une dénonciation des manipulations utilisées par les gouvernants pour conserver le pouvoir. 70 ans après sa parution il pourrait être complètement dépassé. Ce n’est pas le cas. Bien sûr les technologies ont évolué mais les concepts inventés par Orwell sont toujours d’actualité. Certains sont entrés dans le langage courant : – Big Brother est utilisé pour qualifier une atteinte aux libertés et à la vie privée – Novlangue (ici traduit par néoparler) est le langage utilisé par les médias dominants et les hommes politiques dans le but d’empêcher de penser les choses telles qu’elles sont – Police de la pensée (ici traduit par Mentopolice) désigne les pressions physiques et psychologiques pour imposer la pensée unique, celle des gouvernants. On ne retient souvent de ce roman que l’aspect Big Brother : la surveillance généralisée partout tout le temps, mais à mon avis le côté destruction de la langue est au moins aussi important. Un des personnages explique : Ne vois-tu pas que tout le propos du néoparler est de rétrécir le champ de la pensée ? À terme, nous rendrons littéralement impossible le mentocrime pour la bonne raison qu’il n’y aura plus de mots pour le commettre.

Le néoparler (ou novlangue) a été adopté en partie et il est régulièrement employé aujourd’hui dans les médias, les milieux politiques ou bureaucratiques.
Pour le plaisir, quelques exemples de néoparler (ou novlangue) contemporains que vous avez entendu ou entendrez régulièrement :
– Plan de sauvegarde de l’emploi = licenciement économique
– Faits alternatifs = mensonges
– Situation de non emploi = chômeur
– Frappé violemment à la vision = éborgné
– Coup de couteau circulaire au niveau de la gorge = égorgement
– Frappes chirurgicales = bombardements
– Dommages collatéraux = victimes civiles
– Français les plus aisés = Français riches
– Faire bouger les lignes = changer
– Ce n’est pas un sujet tabou = pas de crainte pas d’en parler
– Envoyer un signal fort = rassurer
– Tenue commune = uniforme
– Nouvelle ressource = nouvel impôt
– S’intègre dans un nouveau calendrier = décalé, voire supprimé
– …
Nous sommes dans le monde d’Orwell !

Je ne vais pas détailler davantage ce livre, référence de la science-fiction, abondamment commenté par ailleurs, mais je vous engage à le (re)lire. Même si cette œuvre date de 70 ans, nul doute que vous y trouverez des similitudes avec le monde actuel. C’est une dystopie sombre et pessimiste, intégrant une analyse profonde sur la façon dont s’exerce le pouvoir et sur les manipulations développées pour le garder. Effrayant mais édifiant !

Extrait :
… Le pouvoir s’éprouve en infligeant douleur et humiliation. Le pouvoir se réalise en mettant en pièces la pensée de l’homme pour la recomposer ensuite à sa guise. Est-ce que tu entrevois, maintenant, quel monde nous sommes en train de créer ? C’est l’antithèse exacte des niaiseries utopiques et hédonistes rêvées par les anciens réformateurs. Un monde de peur, de traîtrise et de tourment où on a le choix entre piétiner et être piétiné, un monde qui sera de plus en plus impitoyable, et non de moins en moins, à mesure qu’il se raffinera, qui ira vers toujours plus de douleur. Les anciennes civilisations prétendaient être fondées sur l’amour, ou la justice. La nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n’y aura plus d’émotions, sinon la peur, la rage, le triomphe et l’avilissement de soi. Tout le reste, nous le détruirons, sans exception aucune. Déjà, nous brisons les habitudes de pensée qui datent d’avant la Révolution. Nous avons rompu le lien entre parents et enfants, entre les hommes, entre l’homme et la femme. Plus personne n’ose faire confiance à une épouse, à un ami. Mais dans l’avenir, il n’y aura plus ni épouses ni amis. Les enfants seront retirés à leur mère sitôt nés, comme on retire ses œufs à la poule. L’instinct sexuel sera éradiqué. Procréer deviendra une formalité annuelle, comme de faire renouveler sa carte de rationnement. Nous allons abolir l’orgasme. Nos neurologues y travaillent. Il n’y aura plus de loyauté, sinon envers le Parti. Plus d’amour, sinon pour Big Brother. Il n’y aura plus de rire, sinon le rire de triomphe devant l’ennemi défait. Il n’y aura plus d’art, de littérature, de science. Lorsque nous serons tout-puissants, nous n’aurons plus besoin de la science. On ne fera plus la différence entre la beauté et la laideur. Il n’y aura plus de curiosité, plus de plaisir à vivre les âges de la vie car tous les plaisirs qui nous feraient concurrence seront éliminés. Mais toujours — ne l’oublie pas, Winston — demeurera l’ivresse du pouvoir qui ne fera que croître et gagner en subtilité.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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