Un monde idéal – Sylvie Granotier

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2019 – Albin Michel
Genre : Roman noir
Personnages principaux : Catherine Monsigny, avocate – Émilie Michaud jeune étudiante radicalisée

Catherine Monsigny, brillante avocate, reçoit dans son cabinet une femme en burqa et gants noirs. La femme voilée c’est Émilie Michaud, étudiante en khâgne au lycée Claude-Monet. Elle est issue d’un milieu bourgeois. Elle vient pour son fiancé algérien incarcéré pour agression. Il faut le faire sortir de prison, il est accusé injustement dit-elle. L’argent n’est pas un problème, ses parents paieront pour sa défense. Malgré ses réticences et le peu d’empathie qu’elle ressent envers la fiancée en voile intégral, Catherine accepte de défendre l’homme emprisonné. Mais l’affaire n’est pas si simple qu’il y paraît du premier abord. L’avocate va découvrir que derrière cette libération, il y a d’autres enjeux plus graves.

Dans ce roman Sylvie Granotier essaie de décortiquer les mécanismes de la radicalisation religieuse des jeunes. Pour le faire elle prend l’exemple d’une jeune fille bourgeoise qui se soumet à l’endoctrinement d’un frère aîné parti combattre avec Daesh en Syrie. Il y a de longues séances pendant lesquelles la fille dialogue par téléphone avec son frère. Dialogue n’est pas vraiment le mot qui convient dans ce cas : la fille reçoit béatement les ordres et les recommandations du frangin comme si c’étaient des paroles d’évangile. Elle est soumise, sous la domination totale du grand frère. J’avoue avoir eu du mal à avaler ce scénario. Comment une jeune fille, élève brillante, peut-elle se transformer si rapidement en une décérébrée qui se prosterne devant une idole, abandonnant totalement tout jugement ? L’entrée en religion semble lui avoir grillé le cerveau. Quant au frère on sait seulement qu’il est parti combattre en Syrie et qu’il lui téléphone pour lui farcir la cervelle. Et leurs parents ? Parlons-en : bourgeois aisés, ils n’ont pipé mot quand leur fils est parti pour le djihad, pas plus lorsqu’ils constatent que leur fille suit le même chemin. Pire, ils financent sans broncher la défense du fiancé de la demoiselle, un délinquant du milieu islamiste.

Il aurait été judicieux de nous montrer comment ces enfants qui n’ont manqué de rien, qui ont fait de bonnes études, ont été attirés par l’obscurantisme et la violence. Rien de cela : quand nous prenons l’histoire le frère est déjà en Syrie et la sœur est convertie, habillée en burqa. La relation du frère et de la sœur n’est pas du tout fraternelle, c’est celle d’un gourou et d’une disciple. On ne sait pas comment ils en sont arrivés là.

Les personnages ne m’ont inspiré aucune empathie : l’avocate Catherine Monsigny est sensée être une pointure du barreau mais en dehors de son travail c’est une femme peu sûre d’elle qui souffre de solitude. Les parents des jeunes sont mous et exaspérants de laxisme. Émilie se soumet à la pression mentale de son frère comme un veau va à l’abattoir. Seule Prudence, une bénévole d’une association d’aides aux sans-papiers est attachante : elle est vive, marrante, avec un franc-parler réjouissant … mais elle cache son jeu.

Dans ce livre l’auteure essaie de nous faire comprendre comment fonctionne l’endoctrinement et la radicalisation islamique mais rien n’est vraiment expliqué, ce que nous voyons surtout c’est une femme sous emprise mentale d’un frère plus fantasmé que réel, un pion à qui on fait miroiter un paradis rêvé.

Pas vraiment emballé par ce roman.

Extrait :
L’avocate lâche son stylo et scrute le visage impassible de la jeune fille qui soupire :
– Ah oui, pour vous, femme voilée égale femme sans intelligence ni culture.
– Non, pour moi, femme voilée égale femme autoflagellée, autodénigrée, auto plein de trucs affligeants.
– Vous êtes dans la bien-pensance de l’époque. C’est votre droit. Et le mien de penser que le port du voile est rationnel et valorisant. C’est-à-dire de penser autrement que vous. Émilie Michaud marque un temps de réflexion avant de clore le sujet avec condescendance :
– Disons, pour résumer, que le voile me protège.
– De quoi ?
– Entre autres, du regard prédateur des hommes que je croise dans la rue. Il signifie que je ne suis pas sur le marché du sexe.
– Contrairement aux autres femmes ?
– Regardez les unes de magazines, les affiches publicitaires. Oui, je crois qu’on a intérêt à poser un interdit manifeste aujourd’hui.
– En ces temps d’attentats islamistes, vous ne trouvez pas qu’afficher un voile intégral, c’est une forme de collaboration avec l’ennemi ?
Et vous vous dites avocate ?

Niveau de satisfaction :
2.5 out of 5 stars (2,5 / 5)

 

 

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