Au nom du père et du crime – Philippe Bouin

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2019 (Moissons noires)
Genre : Enquête policière
Personnage principal : Charlotte Auduc, commandant de police à Limoges

Dans la petite cité de G*…, dans le Limousin, tout dépend du maire, surtout l’emploi. Victor Juillet règne sur sa ville, il en est à son sixième mandat et il prépare le septième. Il est propriétaire de quasiment toutes les entreprises. Le contrat entre le maire et ses administrés n’est pas écrit mais il est cependant connu de tous : ne vous mêlez pas de mes affaires et vous aurez du boulot. Dans ce contexte personne ne s’oppose à lui, sauf le curé, le père Piffaud. Chaque dimanche celui-ci fait des sermons au lance-flammes contre le système municipal. Le maire et ses amis en veulent à mort à l’ecclésiastique. Et voilà justement qu’un jour on trouve le curé assassiné, éventré et nu sur le plateau de l’autel de l’église. Le maire ne peut faire autrement que demander une enquête mais comme il a le bras long, il demande qu’elle soit menée dans la plus grande discrétion. Charlotte Auduc, commandant de police à Limoges, est missionnée pour conseiller les forces locales de gendarmerie. La discrétion n’est pas vraiment son truc à Charlotte. Sa méthode serait plutôt le coup de pied dans la fourmilière. L’enquête sera mouvementée.

L’intrigue est assez classique, elle évoque un peu l’opposition entre Don Camillo et Peppone en beaucoup moins amical et beaucoup plus sanglant. Le cadre choisi, une petite ville du Limousin, explique l’omnipotence du maire et l’opposition du curé, comme dans ces temps anciens où, dans les villages, ces deux personnages étaient les plus importants, parfois en conflit pour des raisons idéologiques. Ici ce qui les oppose, ce sont les méthodes de gestion du maire que le curé ne supporte pas et comme en plus il sait des choses très gênantes pour l’élu municipal, la tension est grande entre eux. Mais le meurtre du curé, s’il arrange le maire, fait aussi peser sur lui de lourds soupçons.

Dans ce contexte, débarque un autre personnage fort : une femme, Charlotte Auduc, commandant de police, ancienne du Raid. Elle a eu une main arrachée en opération et elle a la reconnaissance du Grand Chef à qui elle a sauvé la vie. Maintenant elle a une main artificielle très élaborée qu’elle appelle La Chose. Elle est accompagnée en toute circonstance de Rap, un chien, solide beauceron, très intelligent. Elle, elle est beaucoup moins maniable que les gendarmes locaux, le maire va s ‘en apercevoir très vite. En plus Charlotte est originaire du village et elle a l’intention d’éclaircir par la même occasion les circonstances de la mort de ses parents.

Le ton du récit est acerbe et sarcastique. Il y a aussi quelques charges bien senties contre les réseaux et l’hypocrisie des hommages posthumes notamment.

L’enquête, classique mais bien rythmée par un nombre de morts tout à fait dans les standards du genre : trois poignardés plus un flingué. Nous avons là un bon vieux polar à l’ancienne tout à fait réjouissant, tonique et bien divertissant.

Extrait :
Au centre de ce groupe, rigide comme un manche à balai, Victor Juillet faisait mine de se recueillir. La statue du curé d’Ars semblait rigoler en le regardant prier. Non parce qu’il paraissait sincère – la pratique du pouvoir l’avait formé à faire semblant en tout –, mais parce qu’il ne venait jamais à ces « chiatiqueries de messes ». Sa ferveur religieuse était égale à celle qu’il accordait à la politique. Juillet ne croyait qu’en lui. Ce à quoi le Très-Haut s’en battait les nuages. Depuis que la Terre existait, Il n’avait jamais craint la concurrence.
Autour de Juillet, le clan des pleureuses assurait sa part de mise en scène. Les deux élues du conseil municipal faisaient assaut de mouchoirs. Les notablesses en titre et les épouses de notables affectaient des figures de deuil. Ces dames n’avaient pas à se forcer, leurs tronches habituelles étant tout aussi moches. Leurs maris, eux, se contentaient d’imiter le maire. Certains mieux que d’autres en fermant les yeux et en remuant les lèvres.

Niveau de satisfaction : 
4.1 out of 5 stars (4,1 / 5)

 

 

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