La route 117 – James Anderson

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2018 (Lullaby Road)
Date de publication française : 2020 chez Belfond
Traduction : Clément Baude
Genre : roman noir
Personnage principal : Ben Jones, chauffeur-routier dans Utah

« S’IL TE PLAÎT, BEN. GROSSE GALÈRE. MON FILS. – EMMÈNE-LE AUJOURD’HUI. IL S’APPELLE JUAN. – CONFIANCE À TOI SEULEMENT. – NE LE DIS À PERSONNE. PEDRO. » Ce message est agrafé sur la chemise d’un petit garçon de cinq ou six ans, accompagné d’un gros chien, qui attendent Ben près de la pompe numéro huit de la station où il fait le plein. Ben Jones est chauffeur-routier indépendant à Price dans L’Utah. Ses clients sont en majorité situés le long de la route 117. Il leur livre de l’eau, du propane, des pièces détachées et un tas d’autres marchandises mais jusqu’à ce jour aucun colis humain ne lui avait été confié. Et comme si ça ne suffisait pas son amie Ginny lui colle d’autorité son bébé pour la journée. Ben, qui a l’habitude de voyager seul, se retrouve avec un jeune garçon, un bébé et un chien dans sa cabine. Et pour corser le tout la route est enneigée et glacée. Le petit garçon s’avérera un peu plus tard être une petite fille. Ce n’est que le début de ses surprises … et de ses ennuis.

Le désert de l’Utah est le cadre de ce roman. La route 117 longe la mesa aride, érodée par les vents la pluie et la neige. L’ambiance dans ce lieu est tout à fait spéciale et elle influe sur le caractère des gens qui sont durs, peu causants et plutôt méfiants. Ainsi nous trouvons quelques spécimens hauts en couleurs : – Walt, l’octogénaire le plus en forme du monde est aussi un type complètement imprévisible et qui peut se montrer redoutable et féroce – Dan habite une maison en tourbe, il s’est marié et divorcé sept fois. Il se prépare à un huitième mariage – Roy a une drôle de dégaine avec ses bottes de cow boy, son chapeau noir, son holster et son pistolet mais le plus étrange est sa monture : un vélo d’enfant. Roy a construit la niche du futur en utilisant de vieux pneus – Et puis il y a John le Prêcheur qui sillonne la 117 en se coltinant une croix de bois de grandeur nature sur l’épaule pendant des kilomètres tous les jours. John et Ben sont amis, quand Ben aperçoit la silhouette caractéristique du Prêcheur au bord de la route, il s’arrête pour une courte conversation en partageant une cigarette fictive : ni l’un ni l’autre fume mais ils miment les gestes, ça facilite la discussion. Un jour John se fait écraser et le chauffard s’enfuit. Il doit sa survie à un médecin qui vit reclus, ne veut voir personne et accueille les gens à coup de fusil. Ben, lui-même, a des origines indiennes et juives. Avant de devenir camionneur, il a eu un passé tumultueux. Il a aussi perdu celle qu’il aimait de façon tragique. Son souvenir le hante toujours. Ben est attiré par le désert, il s’y sent bien.

Dans ce désert il se passe des choses étranges. La petite fille que Ben récupère, on ne sait pas qui elle est ni d’où elle vient et comme elle est parfaitement mutique, ce pas par elle que l’on apprendra quoi que ce soit. Il y a aussi ce camion rouge qui roule à tombeau ouvert et qui évite la police. L’accident de John le Prêcheur n’en était pas vraiment un, il a été renversé volontairement, mais qui peut s’en prendre à ce prêtre un peu fou mais sympathique ? Et puis surviennent les assassinats. La vie de Ben est aussi menacée. Après les énigmes, l’action s’accélère et la tension monte.

Tout le talent de James Anserson dans cet ouvrage est d’avoir su installer l’atmosphère à la fois âpre, dangereuse mais attirante du désert de l’Utah, d’avoir mis en place des personnages farfelus et attachants et d’avoir construit une intrigue prenante. Dans La route 117, le rocambolesque, l’inquiétant et le sordide se mêlent pour constituer un excellent roman noir.

Extrait :
John, ou le Prêcheur, comme les gens l’appelaient, était un vrai mystère. Personne ne connaissait son nom de famille ni ne savait exactement quand il était arrivé dans le coin, sinon que c’était après la fermeture de la mine de charbon, presque vingt ans plus tôt. Son église, si l’on pouvait employer ce terme, s’appelait la Première Église de la Croix du Désert, religion inconnue au bataillon. Installée dans un ancien magasin de bricolage bon marché au centre de Rockmuse, elle se résumait à quelques transats sur un sol au plancher abîmé et à pas grand-chose d’autre. Quand John était en ville, il prêchait devant cette congrégation de transats vides. Il dormait sur un lit de camp, derrière une chaire improvisée, en réalité deux cageots en plastique fixés par du ruban adhésif.
… Depuis ce jour, si j’en avais le temps, s’il était à l’heure et si nous en avions tous les deux envie, je m’arrêtais souvent pour discuter avec lui. Il était capable de parcourir environ quinze kilomètres par jour. Le soir, il dressait le camp sur une de ses officieuses Stations de la Croix, au bord de la route. Il avait attaché le montant et le pneu en caoutchouc d’une brouette sur la base de la croix, côté route, et sanglé plus haut un baluchon contenant du matériel de camping. En dehors de ça, sa croix était authentique – jusqu’aux dimensions et au bois sculpté à la main – et sacrément lourde.

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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