La sentence – John Grisham

Par Raymond Pédoussaut

 Date de publication originale : 2018 (The Reckoning)
Date de publication française : 2020 – JC Lattès
Traduction : Dominique Defert
Genres : Thriller, roman noir Personnage principal : Pete Banning, planteur de coton et héros de la guerre des Philippines

Octobre 1946 – Clanton Mississipi.
Pete Banning prend son colt 45, se met au volant de son pick-up Ford pour se rendre à l’église méthodiste de Clanton, entre dans le bureau du révérend Dexter Bell, un ami de la famille, et lui tire trois balles : deux dans le cœur et une dans la tête. Il se laisse ensuite arrêter sans opposer la moindre résistance. Stupeur dans la petite ville de Clanton peu habituée aux crimes entre blancs. D’autant plus que le meurtrier est un notable respecté : c’est un des grands planteurs de coton de la région et un héros de la guerre des Philippines. La victime, le pasteur Bell, en poste depuis cinq ans, était lui aussi apprécié et aimé de la population. La grande question que tout le monde se pose est : pourquoi ? Quand on interroge le meurtrier il se borne à répondre : « Je n’ai rien à dire. » Il est condamné à mort. Lorsque le gouverneur du Mississippi lui propose de le gracier à condition qu’il explique pourquoi il a tué le révérend, il fournit toujours la même réponse : « Je n’ai rien à dire. » Personne n’arrivera à obtenir de Pete une autre réponse. Que s’est-il passé de si terrible entre ces deux hommes pour que l’un tue froidement l’autre et qu’il s’enferme ensuite dans un silence qui le condamne lui aussi à mort ?

L’auteur ne se contente pas de développer l’affaire Banning-Bell. Dans la deuxième partie une longue parenthèse raconte la jeunesse de Banning puis sa participation à la guerre des Philippines qui a opposé les États-Unis et le Japon. Le roman se transforme alors en récit de guerre. Grisham décrit de façon détaillée les horreurs de la marche de la mort de Bataan et du camp de prisonniers de O’Donnell. C’est l’occasion de montrer comment Banning a souvent frôlé la mort puis est devenu un héros de guerre. C’est quelqu’un de particulièrement courageux, déterminé et solide, ce qui rend le meurtre qu’il commettra encore plus étrange.

Dans la troisième partie nous revenons dans le Mississippi pour assister au prolongement de l’affaire Banning-Bell. John Grisham est avocat de formation et ça se sent. Il décrit finement les batailles juridiques concernant la défense ou l’appropriation des biens de la famille Banning. Il montre aussi comment un homme envieux et avide tente de dépouiller les enfants du meurtrier en utilisant toutes les ficelles de la loi américaine.

En écrivain expérimenté, l’auteur arrive à amener jusqu’au bout les questions : Pourquoi Pete Banning a-t-il tué le révérand Dexter Bell ? Et pourquoi a-t-il voulu ne rien dire ? D’autres événements tout aussi inexpliqués renforcent cette impression de mystère, comme par exemple l’internement de l’épouse de Banning. Nous finirons par avoir ces réponses, bien sûr, mais il faudra attendre les dernières pages. Avec la malice d’un auteur chevronné Griham nous laisse entrevoir une explication évidente avant de nous réserver une belle surprise. C’est d’ailleurs étonnant qu’après avoir étiré l’histoire en longueur il boucle l’affaire en quelques lignes.

Il n’y a aucune fioriture dans l’écriture de Grisham. Ce sont des phrases simples, courtes, qui s’enchaînent facilement avec une redoutable efficacité. Sans le moindre effet de style l’auteur arrive à nous captiver. Dominique Defert, le traducteur, a parfaitement réussi à rendre cette sobriété.

Ce pavé de 500 pages est palpitant. Par une construction habile Grisham maintient la curiosité et le suspense tout au long de cette étrange histoire marquée par le poids d’un secret inavouable. La sentence est un bon roman, solide et consistant.

Extrait :
— Alors voilà, monsieur Banning, comme vous le savez, j’ai le pouvoir de commuer la sentence de mort en peine de prison à perpétuité, et c’est la raison de ma présence aujourd’hui. Je ne vois pas quel bénéfice votre exécution apporterait à l’État du Mississippi.

Pete l’écouta avec attention puis répondit :
— Je vous remercie, monsieur le gouverneur, mais je n’ai rien demandé.
— Ni vous ni personne. C’est une initiative tout à fait personnelle de ma part. Je suis décidé à accorder ma grâce et à empêcher cette exécution, à une condition : que vous expliquiez à moi, au shérif et à votre avocat, pourquoi vous avez tué ce pasteur.
Pete fusilla Wilbanks du regard comme s’il était l’auteur d’un guet-apens. L’avocat secoua la tête.
Pete reporta son attention sur le gouverneur et, d’un ton glacial, répondit :
— Je n’ai rien à dire.
— C’est votre vie qui est en jeu, monsieur Banning. Je suis sûr que vous n’avez aucune envie de vous retrouver sur la chaise électrique dans quelques heures.
— Je n’ai rien à dire.
— Je suis sérieux, monsieur Banning. Exposez-nous les raisons de ce meurtre, et il n’y aura pas d’exécution.
— Je n’ai rien à dire.
John Wilbanks baissa la tête et s’éloigna vers la fenêtre. Nix Gridley poussa un soupir agacé, comme pour signifiez : « Je vous avais prévenu ! » Le gouverneur regarda fixement Pete qui ne sourcilla pas.
Finalement, Wright jeta l’éponge :
— Très bien. Comme vous voudrez.
Il se leva et quitta le bureau. Il sortit de la prison, ignora encore une fois les journalistes, et partit en voiture chez un médecin de Clanton où on l’attendait pour dîner.

Champ de coton

Niveau de satisfaction :
4.5 out of 5 stars (4,5 / 5)    

 

 

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