Angélus – François-Henri Soulié

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2020 (10/18 Grands détectives)
Genres : Historique, enquête, thriller
Personnages principaux : Raimon de Termes, jeune chevalier – Jordi de Cabestan, maître sculpteur de pierre – Aloïs de Malpas, tisserande cathare

An 1165 en Occitanie.
Des anges vont mourir. Ce sont les derniers mots que l’homme souffle à Aloïs de Malpas avant de trépasser. Aloïs était là pour lui donner le consolament, le baptême des mourants dans la religion cathare. Cette divination va se réaliser : on découvre un homme assassiné, hissé sur une branche d’arbre et affublé d’ailes qu’on lui à fixées dans le dos. Une sinistre imitation d’ange. C’est un des ouvriers de Jordi de Cabestan, maître sculpteur de pierre, qui a été ainsi immolé. Quand un autre compagnon du maître est découvert mort dans le clocher d’une abbaye, déguisé de façon identique, on commence à penser qu’un tueur en série est à l’œuvre. Maître Jordi de Cabestan se sent visé, lui et ses hommes, il se lance alors à la recherche du meurtrier. De son côté l’archevêque de Narbonne confie au tout nouveau chevalier, Raimon de Termes, la mission d’arrêter le coupable. Aloïs de Malpas va aussi chercher à dénouer les fils de cette affaire pour innocenter ses compagnons cathares mis en cause par le clergé catholique qui ne laisse pas passer l’occasion de s’en prendre à ceux qui osent le contester. Trois enquêtes, trois motifs différents pour découvrir le responsable de ces crimes avec mise en scène macabre.

Le cadre de cette histoire est la région qui correspond aujourd’hui au département de l’Aude, entre Carcassonne et Narbonne avec ses deux abbayes de Saint-Hilaire et de La Grassa (Lagrasse). C’est dans ce territoire que s’est notamment implantée la religion dite cathare qui conteste l’Église catholique à qui elle reproche, entre autres, sa puissance, sa richesse et son faste.

Le roman est bâti autour de trois personnages principaux :
– Le chevalier Raimon de Termes, fraîchement adoubé devant la noblesse régionale. Il est jeune, brillant et fougueux. Il sera choisi par l’archevêque de Narbonne pour arrêter le criminel.
– Jordi de Cabestan, maître sculpteur de pierre, est le meilleur dans son art. L’Église fait souvent appel à son talent pour décorer les édifices religieux. Ses ouvriers sont assassinés, il estime être de sa responsabilité de trouver le coupable. C’est un homme d’âge mûr, calme et tenace.
– Aloïs de Malpas, simple tisserande, est adepte de la nouvelle religion cathare. Elle a été élevée au rang de Parfaite et peut donner le consolament, seul sacrement de cette religion. C’est une jeune femme avec une belle prestance mais toujours vêtue modestement. Elle est compréhensive et pleine de sagesse. Elle a été choisie par ses compagnons pour essayer de les disculper des accusations que l’Église ne manque jamais de porter contre eux.

L’intrigue, assez complexe, mais fort bien ficelée, outre qu’elle entretient le suspense, permet aussi de montrer la richesse et la puissance de l’Église catholique. Mais aussi ses rivalités intestines qui opposent les membres du haut clergé. Hypocrisie, mensonges, pièges, sont monnaie courante pour ces gens de pouvoir, plus près des hommes politiques ambitieux que des croyants sincères animés par la charité chrétienne. Mais tous ces adversaires se retrouvent unis quand il s’agit d’opprimer les hérétiques, ceux qui osent contester la pureté de l’Église de Rome. Par l’exemple, le désintéressement et le dénuement que ses membres montrent, par opposition à la richesse et au luxe que déploie l’Église, cette nouvelle religion trouve de plus en plus d’adeptes. Elle réussit même à s’implanter dans la noblesse régionale.

Dans un contexte historique passionnant, François-Henri Soulié nous offre un voyage dans le passé en déployant une histoire contenant tous les ingrédients d’un thriller moderne. Angélus est un roman captivant.

Extrait :
Raimon plante dans le regard du mestre ses yeux où l’effroi le dispute à l’incrédulité.
— Vous aidez des hérétiques ?
Le vieil homme a laissé retomber sa main.
— Hérétiques est le nom que nous donnent les serviteurs du pape, mais nous sommes les serviteurs de Jésus. Nous sommes les Vrais Chrétiens.
L’aveu de l’apothicaire sonne aux oreilles du chevalier comme le glas de ses propres croyances. Déjà son séjour à La Grassa a fait vaciller en lui nombre de ses certitudes. Voici le dernier coup de boutoir. Il y a trois jours de cela, au matin de son adoubement, il a juré de protéger l’Église. Mais quelle Église ? Celle de cet archevêque pétri de vices, infatué de son rang et ennemi déclaré des pauvres ? Celle encore de ces moines orgueilleux, félons et corrompus ?

Parfait cathare

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

 

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur les Cathares :
Histoire de France – les cathares

La fin des Cathares au château de Montségur

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