La mort du Temple (T 1, Secretum templi) – Hervé Gagnon

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2020 (Hugo & Cie)
Genre : Aventure, historique
Personnages principaux : Hugues de Malemort, templier

Hervé Gagnon est bien connu pour ses séries historiques qui frisent souvent l’ésotérisme (Le Talisman de Nergal, Damné, Vérité et, dernière en liste, La mort du temple), ainsi que pour ses romans policiers (Joseph Laflamme, journaliste, fin XIXe siècle, et Patrick Kelly, détective privé contemporain). Secretum templi est le premier tome de la série La mort du Temple. Et le tome II sera vraiment la suite, dans la mesure où l’autonomie du tome I est très relative, ce qui rend relatif également le jugement que je porterai sur ce premier tome.

Paris 1307 : l’Ordre des templiers, religieux et militaire, fondé en 1129, a du plomb dans l’aile depuis la perte de la Terre Sainte en 1291. On ne recrute plus, les chevaliers ont vieilli, les missions se font rares. On se contente d’administrer les richesses amassées depuis deux siècles. Le roi Philippe IV le Bel est lourdement endetté au profit de l’Ordre. Comme le lustre des Templiers a perdu de son éclat et comme le pape Clément V est soumis à Philippe, il semble que le temps soit venu pour le roi de faire dissoudre l’Ordre et de récupérer ses richesses.

Cette rumeur a couru, cependant, jusque dans la Commanderie de Paris. Maître Jacques de Molay décide donc de déménager en douce le trésor du Temple (or et pierres précieuses) dans un endroit sûr. Le sergent vieillissant Hugues de Malemort et trois de ses amis sont chargés de mener un convoi hors de Paris; il contient, en apparence, des barriques de vin et des caisses de nourriture; des pierres précieuses sont, cependant, dissimulées dans une barrique. Ce n’est pas la première fois qu’un tel chargement est expédié; mais c’est la première fois qu’il se fait attaquer et dépouiller de ses richesses. Les quatre templiers combattent jusqu’au bout de leurs forces; un sifflet met soudain fin au combat, les assaillants se sauvent; la barrique irremplaçable est disparue.

Hughes avait déjà le projet de venger un de ses vieux amis qui a été égorgé dans l’écurie de la commanderie. Il n’aura maintenant de cesse de trouver ceux qui ont volé les pierres et celui qui leur en a donné l’ordre. Ses vieux complices Déodat, Raoul et Besson lui donneront un coup de main, mais c’est surtout sur l’aide de l’étrange Gessande de Bentivoglio qu’il devra compter. Gagnon ne nous épargne pas, probablement dans un souci de réalisme, la pauvreté, la saleté, la crasse et les odeurs écœurantes qui caractérisent plusieurs quartiers de la ville. Qu’on retrouve le cadavre d’un borgne dans un tas d’immondices est la moindre des choses. Par ailleurs, les templiers ne se lavent pas souvent et les pieds de Hughes, selon un de ses camarades, sentent un vieux fromage qu’on n’oserait même pas déballer.

Après bien des péripéties, Hughes finit tout de même par se retrouver dans un lieu secret, entouré d’une confrérie bizarre, où il apprend que l’or et les pierres précieuses n’étaient pas l’essentiel du trésor du Temple. Et toutes les phrases mystérieuses, tous les symboles incompréhensibles, et même toutes les mutilations de cadavres qui ont accompagné son enquête prennent soudain du sens pour lui. Heureusement, parce que ce n’est pas évident pour tout le monde et on compte sur la suite pour nous éclairer davantage.

Gagnon a une formation d’historien et je le soupçonne d’avoir voulu démystifier ces preux chevaliers beaux et propres qu’on rencontre (au cinéma, par exemple) dans la quête du Graal ou dans les Croisades. Ici, ils ne sont pas beaux, ils jurent comme des…templiers, ils sont violents, chauvins, sales et ils puent. Leur Paris est en grande partie dégueulasse. Ce n’est pas la beauté du décor qui va nous séduire. Toutefois, ce réalisme est, selon moi, un peu affaibli par l’exagération des jurons et des mutilations : on se retrouve souvent entre le burlesque et le gore.

Points positifs : à plusieurs reprises, l’auteur résume la situation et rappelle les bouts de phrases cryptiques qu’il s’agit de décoder.

L’enquête est lente et c’est malgré lui que Hughes découvre une partie de la vérité. Ce n’est pas un roman policier sobre et rigoureux du genre whodunit. Plutôt un récit d’aventure à tendance hermétique, du genre Indiana Jones, sans la beauté des paysages, la débrouillardise du héros, et la fébrilité du rythme.

Extrait :
Comme chaque matin depuis son admission au Temple, sauf les jours de combat, alors que l’épée avait été sa messe, Hughes de Malemort émergea du sommeil avant le lever du soleil. Il avait espéré traverser la nuit sans mauvais rêve, mais en vain. Il s’était à nouveau réveillé en nage, le cœur battant, un cri encore en travers de la gorge. Cette fois, Jacques de Molay, agonisant, l’avait à nouveau supplié de l’aider à mourir, et Guillaume le Flamand lui avait intimé de retrouver la clé « car la mort devait vivre ». À eux s’était ajouté le mendiant près du portail de Sainte Anne, qui lui avait redit la même chose que le matin même : « Le Mal est dans le Temple. Il veut tuer la mort. Il a la clé ».
Malemort s’assit sur le bord de sa paillasse, tout en respirant pour chercher à ralentir son cœur, et se frotta le visage jusqu’à en faire rougir sa peau autrefois buriné par le soleil. Ces derniers temps, il avait passé ses journées à faire face à l’horreur et ses nuits à en rêver. C’était à se demander si on ne lui adressait pas un message. Trop effrayé, il rejeta rapidement l’idée. Point d’extases mystiques pour lui. Ce genre de choses était pour les saints, ceux qui touchaient la lumière divine à force de prier et de discipliner la chair. Il n’était qu’un sergent du temple qui se contentait de peu et qui, au nom de Dieu, avait tué plus que sa part d’hommes. Sans trop se poser de questions, il se souvenait s’être tout de même demandé si, sachant que tous les hommes étaient les enfants de Dieu, les mahométans l’étaient aussi ? Et ainsi, si leur mort faisait de lui un pécheur ?

La Commanderie de Paris

Niveau de satisfaction :
3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

 

 

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