Une tombe parfaite – Rick Mofina

Par Michel Dufour

Date de publication originale : 2007
(A Perfect Grave)

Date de publication française : 2017 (Alire)
Traduction : Pascal Raud
Genres : Enquête, Thriller
Personnages principaux : Jason Wade, journaliste au Seattle Mirror

C’est le genre de roman à lire pendant une pandémie : Mofina nous inquiète, nous angoisse, nous torture, et tout finit bien. Le roman policier classique fonctionne un peu de cette façon : le problème posé nous trouble, la solution du détective nous apaise. Chez Mofina, le schéma est adapté à la mode du thriller. Comme dans le montage d’une télésérie, plusieurs histoires différentes se poursuivent en s’entrecoupant jusqu’à la synthèse finale. Pour réussir une telle construction, l’auteur doit aimer jouer avec le lecteur, qui doit aussi être beau joueur.

La trame principale est celle de l’assassinat de la sœur Anne Braxton, une religieuse qui se donne depuis des années aux habitués du Cœur Compatissant de la Miséricorde, un refuge pour les démunis, les repris de justice, et les victimes de burn-out plus ou moins récupérables. Elle les nourrit et surtout les console des duretés de la vie. Sa générosité lui vaut les respect de ses consœurs, avec qui elle partage un regroupement de maisons de ville de Yesler Terrace, dominées par les condominiums de luxe de First Hill et situées entre le quartier de Seattle où s’élève majestueusement la Space Needle (tour futuriste construite pour l’Exposition Universelle de 1962) et les stades des Mariners (baseball) et des Seahawks (football). Tous les réfugiés l’aiment comme une mère ou une grande sœur qu’ils n’ont jamais eue, ou qu’ils ont perdue. Tous sauf un, semble-t-il.

C’est Grace Garner, inspectrice à la police de Seattle, qui est chargée de l’enquête. Elle sera, malgré elle, appuyée et souvent précédée, par Jason Wade, journaliste au Seattle Mirror. Leurs relations sont difficiles, comme c’est de mise entre la police et la presse, et surtout entre deux anciens amoureux. On relève peu d’indices sur la scène de crime où sœur Anne a été étranglée jusqu’à ce que sœur Denise découvre, en nettoyant la chambre d’Anne, son journal dissimulé sous le plancher.

Entretemps, le père de Jason, ex-flic tourmenté depuis 25 ans par le suicide de son partenaire, le départ de sa femme, la dépendance à l’alcool et un problème angoissant qu’il ne parvient pas à communiquer, requiert l’aide de Jason pour une démarche délicate.

Par ailleurs, Brady, le jeune garçon de Rhonda Boland, une faible femme maltraitée par la vie et par son ex maintenant décédé, qui doit être bientôt opéré pour une tumeur au cerveau, est kidnappé par un malfrat qui réclame un million de dollars, alors que Rhonda se cherche un deuxième emploi pour payer le coût de l’opération. Grace suit une piste parmi les habitués du refuge; Jason, à qui sœur Denise a confié le journal de sœur Anne, s’envole pour Pincher Creek, via Calgary, pour rencontrer la religieuse qui avait étudié la vie d’Anne avant de l’admettre comme membre de sa communauté. Les deux enquêteurs sont victimes des pressions de leurs supérieurs pour en finir avec la mort de sœur Anne. Or, Grace est distraite par l’enlèvement de Brady et Jason est entraîné par son père dans la poursuite de Dean Sperbeck, l’auteur du vol de 3 millions commis il y a 25 ans, et supposément décédé depuis sa sortie de prison.

Mais quel est le lien entre le vol de 3 millions, le meurtre de sœur Anne, l’enlèvement de Brady et la poursuite de Sperbeck ?

C’est un beau casse-tête, dont Mofina assemble toutes les pièces avec rigueur. Lui servent d’appoint, sa connaissance du travail policier et des techniques utilisées : empreintes de pied, interrogatoires… Sa compréhension aussi de la coordination des corps de police, et sa familiarité avec la ville de Seattle. Est assez évident également son plaisir de nous égarer, puis de nous rassurer en illustrant, une fois de plus, la victoire des bons sur les méchants.

Extrait :
Une planche grinça et, avant qu’elle puisse réagir, une puissante main gantée surgit par derrière et lui couvrit la bouche. Un bras dur comme du roc serra son cou tel un étau, écrasant sa trachée, soulevant son corps. Ses orteils frôlaient à peine le plancher tandis qu’on la transportait dans la salle de bains et qu’on poussait son visage contre le miroir.
Elle rencontra les yeux de son attaquant dans le reflet.
Il la tint ainsi assez longtemps pour qu’elle le reconnaisse et exhume la souffrance qu’elle enterrait depuis si longtemps. Puis un couteau brilla contre sa gorge.
Crie et tu es morte. Tu comprends ?
Elle acquiesça. Il desserra son emprise sur sa bouche.
Tu sais pourquoi je suis là.
Elle le savait.
Il n’est plus là, dit-elle en déglutissant. Je te l’ai dit. Il n’est plus là.
Tu mens. Où est-il ?
Il resserra sa prise. Elle gémit. La lame du couteau écorchait sa peau, la perçait. Du sang coula sur son cou, des larmes emplirent ses yeux et elle dit :
Nous ne pouvons jamais effacer les péchés de notre passé.
La rage de l’homme brûlait.
Non, mais on peut payer pour eux.
Les yeux de sœur Anne s’écarquillèrent alors que le couteau tranchait profondément sa gorge. De ses mains, elle tenta d’endiguer le flot de sang.
Elle murmura :
Je te pardonne.

Seattle et la Space Needle

Niveau de satisfaction :
4.3 out of 5 stars (4,3 / 5)

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