MotherCloud – Rob Hart

Par Raymond Pédoussaut

Date de publication originale : 2019
(
The Warehouse
)
Date de publication française : 2020 – Belfond
Traduction : Michael Belano
Genres : Anticipation, dystopie
Personnages principaux : Gibson Wells, créateur de MotherCloud – Paxton, agent de sécurité – Zinnia, espionne industrielle

MotherCloud est le nouveau modèle de l’économie américaine et, plus important encore, de la famille américaine. Ça c’est ce que dit la présentation de MotherCloud, mais en d’autres termes ce sont des gigantesques entrepôts de vente en ligne où l’on trouve de tout, dans lesquels vivent en autarcie les employés. Son créateur, Gibson Wells, est devenu le plus riche des Américains et la quatrième fortune mondiale. Il est aujourd’hui vieux et malade. Avant de mourir il décide de visiter autant de MotherCloud qu’il le pourra pour remercier ses employés. Parmi eux il y a Paxton, ancien gardien de prison, qui n’en pouvait plus de son métier, et qui a trouvé un autre job dans ce nouveau style de magasins. Il y a aussi Zinnia qui a été embauchée en même temps que Paxton. Malgré les apparences, elle n’est pas là pour trouver du boulot, elle est en mission. Bienvenue dans le monde merveilleux de MotherCloud !

Le roman est organisé autour de trois personnages : – Gibson a construit un empire, il en est fier et n’en voit que les avantages. Pour lui les Clouds ne sont pas de simples magasins, c’est une solution globale pour la nation. Les inconvénients, c’est ses employés qui les subissent : surveillance des performances, de la participation, des déplacements. – Paxton a été surveillant de prison, un métier qui lui déplaisait mais qu’il a exercé pendant quinze ans. Un job chez le plus grand employeur des États-Unis est une aubaine pour lui. Il ne rechigne pas à la tâche et accepte les règles du MotherCloud. Son expérience de gardien lui est utile dans le groupe sécurité où il est affecté. – Zinnia est un faux nom pour celle qui a été recrutée comme simple employée mais qui a une mission importante et très bien payée a accomplir pour un mystérieux commanditaire.

À travers la vision de ces trois protagonistes nous découvrons le fonctionnement des Clouds. Et si pour Gibson c’est merveilleux, ce n’est pas le cas pour les salariés soumis à une évaluation permanente, non seulement de leurs performances au travail, mais aussi de leur comportement en dehors. Il faut être positif et ne pas hésiter à en faire un peu plus afin de faire monter son évaluation indiquée sous forme d’étoiles de 0 à 5 : – 5 étoiles, c’est inatteignable. – 4 c’est bien, c’est le maximum qu’on peut espérer et c’est nécessaire pour avoir une promotion. – 3 c’est moyen, on conserve son job, mais il ne faut pas s’en satisfaire. – 2 on est viré lors des jours de coupe. Ces jours de coupe ont lieu quatre fois par an. C’est le grand ménage, c’est le jour où les Clouds se débarrassent de ceux qui ne sont pas assez performants, avant de procéder à de nouvelles embauches. Ainsi les employés sont soumis à une pression permanente qui les oblige à donner le meilleur d’eux-mêmes pour le plus grand bénéfice des Clouds. L’instrument de contrôle permanent est la CloudBand. C’est une montre que chacun porte à son poignet. Elle indique le chemin, ouvre les portes, paie les achats, veille sur la santé, mesure le rythme cardiaque, et, le plus important : dirige le travail. Sans CloudBand on ne peut rien faire, même pas sortir de sa chambre. C’est un système d’esclavage feutré.

Le Cloud où se passe l’action est installé au milieu de nulle part. Autour c’est le désert, un paysage dévasté, des maisons en ruines. Les travailleurs du Cloud vivent à l’intérieur du domaine. On leur affecte une chambre exiguë et ils peuvent dépenser leur salaire dans les nombreuses boutiques qui leur sont réservées. Ainsi l’argent des rémunérations revient à l’employeur sous forme de dépenses des employés. Du bon capitalisme financier à l’ancienne !

L’auteur a eu l’intelligence d’éviter les jugements manichéens. Il ne condamne pas, ne fait aucun discours engagé, il montre simplement le fonctionnement d’un de ces super magasins. Des visions contradictoires s’expriment : celle du grand chef s’oppose à celle d’un préparateur de commande.

Bien que l’époque ne soit pas précisée on peut penser que l’intrigue se situe dans un futur proche. On peut aussi imaginer que l’auteur s’est inspiré du système mis en place par Amazon : vente en ligne, grands entrepôts, livraisons par drones, pression managériale … MotherCloud c’est le futur immédiat.

Dans ce roman Rob Hart montre de façon éclatante comment les rêves de grandeur du créateur mégalomane, accompagnés de discours empreints de bienveillance, de générosité et d’écologie, se traduisent, au niveau du personnel, par un enfer où l’exigence de rentabilité et l’exploitation des gens atteignent le plus haut niveau. Pour le patron c’est une formidable réussite, un modèle. C’est un bagne pour ceux qui y travaillent.
Une bonne dystopie proche du monde actuel.

À noter que le livre sera bientôt adapté au cinéma par Ron Howard.

Extrait :
Ember soupira en s’approchant d’eux. « Laissez-moi vous raconter quelque chose à propos de Cloud. C’est nous qui les avons choisis. Nous qui leur avons donné le contrôle. Quand ils ont décidé de racheter les épiceries, nous les avons laissés faire. Quand ils ont décidé de faire main basse sur l’agriculture, nous les avons laissés faire. Quand ils ont décidé de s’emparer des médias, nous les avons laissés faire. Idem pour les fournisseurs d’accès à Internet, les compagnies de téléphonie mobile, nous les avons laissés faire. On nous avait répété que l’on paierait moins cher, parce que Cloud se soucie avant tout de ses clients. Que ses clients formaient une famille. Mais nous ne formons pas une famille. Nous sommes la pitance qu’avalent les grandes entreprises pour devenir encore plus grandes. La seule chose qui continuait à lui faire un peu d’ombre, c’étaient les gros détaillants pour centres commerciaux. Mais les Massacres du Black Friday sont survenus, et les gens ont eu peur de sortir de chez eux pour aller faire leurs courses. Vous croyez que c’était quoi, un accident ? Une coïncidence ?

Entrepôt Cloud

Niveau de satisfaction :
4.2 out of 5 stars (4,2 / 5)

 

 

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